• Jerome Chave Plantes et Sante

COP21 : Rencontres autour du vivant (7)

La forêt amazonienne absorbe de moins en moins le carbone émis par l’homme. Tel est le résultat d’une étude internationale parue dans la revue Nature. Jérôme Chave, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des forêts tropicales, nous explique pourquoi.


Plantes & Santé Quel rôle jouent les forêts dans la régulation du climat ?

Jérôme ChaveOn estime qu’un bon quart de nos émissions de carbone est absorbé par l’océan et un autre quart par les sols et la végétation. Les plantes « mangent » du carbone et relâchent de l’oxygène. Exactement le contraire de nous ! C’est pour cela que l’on dit que ce sont des puits de carbone. À elle seule, la forêt amazonienne représente une large proportion de ce « puits » dans les écosystèmes terrestres. En absorbant une partie du carbone, qui sans ça réchaufferait l’atmosphère, elle joue un rôle de tampon qui limite l’augmentation des températures.

P & S Quel est l’effet du changement climatique sur la forêt amazonienne ?

J. C.Depuis le début des années 1990, on mesure régulièrement la croissance des arbres et leur mortalité. À la station CNRS des Nouragues, en Guyane, nous avons ainsi suivi 30 hectares de forêt, soit plus de 15 000 arbres. Si l’excès de carbone a d’abord favorisé la croissance des plantes, nous avons constaté ces dernières années que la mortalité des arbres tropicaux avait augmenté. Nous pensons que cette surmortalité pourrait être liée aux sécheresses plus fréquentes. Il est difficile de comprendre exactement quels mécanismes expliquent ce phénomène, mais l’élévation des températures pourrait indirectement conduire à une augmentation de la mortalité des arbres.

P & S Quelles conséquences pour l’avenir ?

J. C.Nos résultats, obtenus à l’échelle de l’Amazonie entière, remettent en cause les scénarios qui supposent que les écosystèmes vont continuer à nous aider à absorber du carbone. Ces scénarios risquent d’être trop optimistes. Face à cela, la principale solution est de limiter notre production de carbone et d’éviter la déforestation tropicale. Dans les régions déjà touchées, il faut encourager la reforestation mais avec des forêts mixtes, où plusieurs espèces d’arbres sont présentes, chacune remplissant une fonction écologique particulière. En France, on peut aussi agir, en accompagnant les mesures de protection de l’environnement en Guyane et en favorisant l’établissement des forêts en métropole.