• laurier noble

Divin laurier

Noble laurier. Souvent réduite à ses seules vertus culinaires, cette plante aromatique connue depuis l'Antiquité en possède pourtant bien d'avantage. Excellent expectorant, antibactérien, régulateur du système nerveux, le laurier noble soutient aussi la digestion. Il est également utile en cas de contractures, rhumatismes, arthrites ou même douleurs dentaires.


Divin ! Voilà à quel point les Anciens – les Grecs et les Latins de l’Antiquité – estimaient le laurier.

Hélas, de nos jours, il n’est plus que « noble » à nos yeux, du moins pour les botanistes, qui le nomment encore ainsi (Laurus nobilis), ou aussi laurier-sauce, ce qui ne manquera pas de nous mettre l’eau à la bouche.

À l’instar de toutes les autres plantes aromatiques, nous avons fini par réduire le laurier à ses seules vertus culinaires… ce qui est un tort !

Bien sûr, on ne peut imaginer de bouquet garni sans lui, de délicieux pot-au-feu sans lequel l’hiver est une saison tout à fait morne. Mais il fait aussi un remède qu’il serait dommage de négliger, d’autant plus qu’il n’est rien de plus simple que de l’employer à cette fin.

Surtout en cette saison : l’huile essentielle de laurier est particulièrement bienfaisante pour tous les maux liés à l’hiver, et on la retrouve notamment dans bien des préparations pour ses vertus aussi bien curatives que préventives. 

L’écho des colères divines

Le laurier est un arbuste qui peut atteindre jusqu’à 10 mètres de haut. Il est originaire du bassin méditerranéen, où on le retrouve dans les bois ou sur les rochers, généralement non loin de la côte.

Si vous pressez les baies de laurier, vous leur trouverez un aspect pulpeux, proche de l’avocat – qui est en fait de la même famille !

En revanche, il faut faire très attention à ne pas confondre le laurier noble, ou laurier sauce, avec le laurier-rose, qui est toxique, ou le laurier-cerise, qui est mortel. Le laurier de Saint-Antoine, pour sa part, n’a rien de thérapeutique, mais peut-être apprécié en cuisine, ou utilisé en infusion, comme c’est le cas en Europe de l’Est.

Le laurier était considéré comme un arbre sacré dans l’Antiquité. L’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi met cela sur le compte de sa capacité à prendre feu très rapidement, en émettant un bruit violent. De fait, il était d’usage de ne pas utiliser son bois pour des feux profanes, mais seulement pour des cérémonies religieuses.

Couronné de laurier

Selon Ovide, Daphné, une nymphe, poursuivie par les ardeurs d’Apollon et ne sachant comment lui échapper, demanda à son père, le dieu fleuve Pénée, de la transformer en laurier. Apollon, toujours amoureux, en fit son arbre, et le consacra aux triomphes et à la poésie.

Voilà pourquoi le laurier, dans la tradition classique, est un symbole de gloire et d’éternité, que l’on retrouve aussi bien sur la tête des sportifs que des conquérants, comme César, ou des grands poètes – jusqu’à Dante, à la fin du Moyen Âge.

D’ailleurs, les expressions « lauréat », ou « baccalauréat », qui vient d’une expression latine signifiant « couronné de baies de laurier », témoignent encore de cette tradition.

On prêtait aussi des vertus extatiques au laurier. Apollon serait entré couronné de laurier dans Delphes, après avoir vaincu le serpent Python. De sorte que la Pythie, sa prêtresse, la devineresse de l’Oracle, se servait des feuilles de laurier pour entrer en transe… même si l’on doute aujourd’hui qu’il se fut agi du laurier noble.

D’autre part, cet arbuste avait la réputation de conjurer le mauvais sort : à Athènes, on disait « Je porte un bâton de laurier » pour signifier que l’on ne craignait aucun maléfice.

On plantait aussi le laurier au voisinage des maisons : il y servait de paratonnerre, car il n’est presque jamais frappé par la foudre, dit-on. L’empereur Tibère, comme plus tard bien des paysans, se couronnait de laurier pour éviter l’orage. A contrario, lorsqu’un laurier était frappé par la foudre, on tenait cela pour un très mauvais présage.

De l’Antiquité à la Renaissance, une panacée

Les médecins grecs avaient toute confiance dans les feuilles et les baies du laurier qui, selon eux, tonifiaient l’estomac et la vessie.

Dioscoride en particulier employait l’écorce du laurier pour dissoudre les calculs rénaux et soulager les affections du foie. À la Renaissance, on le tenait même pour une véritable panacée.

Traditionnellement, on donnait aux femmes enceintes à manger chaque soir sept grains de laurier, à l’approche de leur terme, pour avoir un bon accouchement, car ils auraient une action tonique sur l’utérus. Ils seraient pour la même raison à déconseiller, en début de grossesse, aux femmes fragiles.

L’huile tirée des baies de laurier entrait dans nombre d’onguents vulnéraires, et elle garde encore cette réputation de cicatrisant efficace. On la retrouve également associée à l’huile d’olive, dans le fameux savon d’Alep, le plus vieux savon du monde, fabriqué depuis près de 3500 ans (et jusqu’à il y a peu) dans le nord de la Syrie. Cet ancêtre du savon de Marseille s’avère très efficace pour l’assainissement des peaux à problèmes.

Un alicament aux multiples vertus

La plupart des aliments ou des condiments que nous consommons ont une action curative, souvent du simple fait des nutriments qu’ils nous apportent.

Mais le laurier va plus loin, et il est encore souvent conseillé par les herboristes, notamment en cette période de froid. Ainsi, c’est un expectorant qui aide à se débarrasser des rhumes et des bronchites.

En cette période où notre alimentation est toujours un peu plus riche que le reste de l’année, il a l’avantage de stimuler les estomacs paresseux et la production de sucs gastriques. Ces facultés sont appréciées contre le manque d’appétit mais aussi les troubles nerveux légers, lorsque ces derniers impactent la digestion et provoquent des douleurs d'estomac  (spasmes, estomac noué, etc.). Enfin, il a des propriétés antiseptiques, d’où son emploi dans les marinades, afin qu’elles ne tournent pas.

On retrouve toutes ces vertus (expectorantes, antibactériennes, digestives, régulatrice du système nerveux) de manière concentrée et multipliée dans l’huile essentielle de laurier noble. Celle-ci a toutefois également ses caractéristiques propres. On en retiendra deux particulièrement utiles. Antalgique en application locale, on pourra l’utiliser pour les contractures, rhumatismes, arthrites ou même douleurs dentaires, mélangée à de l’huile végétale. Utilisée en inhalation, elle augmentera votre capacité de vigilance et vous aidera à vous concentrer dans ces situations où les journées n’en finissent pas de finir…

D’innombrables recettes

Je regrette souvent, quand je vais chez mes amis, qu’ils utilisent si peu d’herbes et d’épices pour agrémenter leur cuisine. Et lorsque je parle du laurier, ils me regardent avec des yeux tout ronds, comme si j’étais la réincarnation de leur grand-mère !

Pourtant, le laurier s’adapte dans bien des recettes, tant de cuisine que de remèdes, au point qu’il est impossible de toutes les recenser. Et avez-vous déjà entendu quelqu’un dire : « Je n’aime pas le laurier » ?

Aussi le laurier est un grand classique de la cuisine, notamment méditerranéenne : il parfume les sauces, les ragoûts, les poissons, les marinades... Il est naturellement indispensable aux bouquets garnis, sans lesquels il n’y a ni court-bouillon, ni pot-au-feu.

Quant aux Italiens, grands consommateurs des feuilles du laurier, ils en mettent dans l’omelette et la polenta. Les Bédouins d’Afrique du Nord, de leur côté, s’en servent pour parfumer le café.

Si vous voulez vous concocter une tisane contre la grippe et les bronchites chroniques, ou bien donner un coup de fouet à votre système digestif, prenez 10 à 15 g de feuilles par litre d’eau et faites infuser 10 minutes. Deux à trois bols par jour après les repas suffiront.

Pour les rhumatismes, une recette traditionnelle consiste à fabriquer une pommade à base de baies de laurier : pilez une grosse poignée de baies, ajoutez trois fois le volume d’eau et faites bouillir un quart d’heure. Exprimez le jus dans une passoire fine, puis laissez refroidir. Une huile brune surnagera à la surface ; recueillez-la soigneusement et ajoutez du saindoux jusqu’à obtenir une texture satisfaisante. Vous garderez ensuite votre pommade au frais.

Plus facile à confectionner : une huile antidouleur à base d’huile essentielle de laurier noble. Ajoutez à une base d’huile végétale (olive, jojoba, amande douce…) 20% d’huile essentielle pour les douleurs légères (30% pour les douleurs modérées) et appliquez sur les zones douloureuses deux à trois fois par jour. Selon le type de douleurs concernées (musculaire, osseuse, neuropathique, dentaire..), on pourra la combiner avantageusement à d’autres huiles essentielles spécifiques avec lesquelles elle fonctionnera en synergie (voir le dossier de Plantes & Santé n°162 sur les huiles essentielles et la douleur)

Qui a dit que ce qui était bon sur la langue ne l’était pas pour le reste du corps ?