L'anti-stress des poilus

Anti-stress, anxiolytique, sédative, la valériane a longtemps été considérée comme le plus efficace des calmants et somnifères naturel. On peut préparer soi-même son remède à base de valériane, à condition de respecter les dosages conseillés, sous peine de voir parfois les effets escomptés s'inverser. 


Je me souviens que lorsque j’étais haut comme trois pommes et que je dormais chez mes grands-parents, ma grand-mère me racontait des histoires pour m’endormir. J’adorerais qu’elle me raconte encore ces histoires, car aujourd’hui, j’ai beaucoup plus de mal à trouver le sommeil qu’à l’époque.
Peut-être est-ce parce qu’avec le temps, on aime les histoires moins légères… Ou tout simplement parce qu’on a plus de soucis.


 

Un conte à dormir debout ? Pas si sûr… 

Un conte, toutefois, avait toute mon attention : il s’agissait du musicien de Hamelin. Vous avez dû l’entendre dans votre enfance, ou même la raconter à vos enfants. Il s’agit de ce flûtiste qui était arrivé à débarrasser un village de ses rats rien qu’en jouant de son instrument.
Aussi, je ne m’étonne pas que cette histoire si musicale ait eu un tel effet sur mon sommeil. Car j’ai une nouvelle pour vous : selon Eric Lorrain, président de l’Institut européen des sciences végétales, ce ne serait pas au son de la flûte que le musicien de Hamelin serait arrivé à charmer les rats, mais avec de la valériane !
En effet, les chats et les rats sont, à proximité de la valériane (et pire encore, après en avoir mangé), soumis à une ivresse comparable à celle de la consommation d’alcool chez les humains. Ce qui lui vaut le nom d’herbe aux rats ou d’herbe à chats. Notez toutefois que la valériane n’est pas la seule
« herbe à chats » qui existe, et que cette dénomination reste impropre à la caractériser précisément.
Mais surtout, cette plante a une vertu très intéressante, celle d’être un puissant somnifère, sans être aussi nocive que les sédatifs chimiques. Loin s'en faut. Elle possède aussi d’autres vertus tout aussi importantes, que je vais m’empresser de vous faire découvrir.

 

Le petit train du sommeil 

Le « train » du sommeil doit partir à l’heure, parcourir 4 à 6 cycles, chacun composé de 3 stades : sommeil lent léger, sommeil lent profond, puis paradoxal. La valériane permet de maintenir le train à l’heure et en marche. Mais comment ?
Les principes actifs de la valériane, dont les acides valériques et valépotriates, ont un effet direct sur l’acide gamma-aminobutyrique (GABA), le neurotransmetteur au cœur de notre système nerveux central. D’ailleurs, on trouve de petites quantités de cet acide dans la plante même.
Cela a pour effet de restructurer la qualité du sommeil, d’améliorer les phases de sommeil lent profond et paradoxal, de prolonger leur durée et de diminuer les veils nocturnes. Elle permet de trouver le sommeil en supprimant la hantise des soucis et les obsessions.
Grâce à ses actifs moléculaires (acide valérénique, valérénone, valépotriates, alcaloïdes…), la valériane calme l’angoisse et détend les muscles, condition première pour s’endormir. Son action sédative et somnifère est progressive, loin d'être aussi violente que les somnifères chimiques qui éteignent la lumière cérébrale d’un coup.
En outre, la valériane donne un résultat rapide, au bout de deux semaines. Si l’effet ne fonctionne pas, il ne faut pas persister. Surtout, son avantage réside dans l’absence d’effets secondaires trop indésirables, dont la dépendance qu’installent inéluctablement les hypnotiques de synthèse.
Quand on sait que le risque de démence augmente de 50% chez les personnes ayant développé une accoutumance aux somnifères, on ne peut que se sentir plus en sécurité avec la valériane.

 

A chaque besoin sa préparation

Il faut toutefois prendre garde, car toutes les préparations de valériane ne se valent pas.
La racine perd une partie de ses propriétés en séchant, c’est pourquoi, afin de profiter de tous ses pouvoirs, la valériane peut être prise sous une forme pharmaceutique. Il peut alors s’agir d’une préparation magistrale à partir d’extraits de plante standardisés, dits EPS, ou bien de flacons contenant une suspension intégrale de plante fraîche, appelée SIPF. Ces types d’extraits permettent de conserver l’intégralité des interactions curatives de la plante (son totum).
On peut néanmoins utiliser soi-même la racine sèche en tisane ou en teinture, dont les effets sont moindres, et donc plus aisément dosables.
Les teintures contiennent des valépotriates qui, malheureusement, se dégradent vite, alors que les extraits aqueux ou hydro-alcooliques de titre alcoolique faible renferment de l'acide valérénique. Leurs effets diffèrent sur le sommeil, et il vous appartient de choisir ce qui vous est le mieux adapté.

 

Le tabou de l’insomnie 

Beaucoup de gens autour de moi souffrent de difficultés pour s'endormir. Lancez ce sujet de conversation, et vous verrez que c’est un mal très courant. Mais souvent, on n’en parle pas, parce qu’on culpabilise de ne pas faire assez de sport, de ne pas manger assez équilibré, ou parce que, même chez les trentenaires, cela donnera l’impression qu’on a vieilli, que le corps ne marche plus aussi bien qu’avant.
L’obsession de la performance plombe nos sociétés, et reconnaître qu’on dort mal, qu’on a mauvaise mine sans raison grave, c’est avouer une faiblesse : l’incapacité à surmonter ses tracas. On n’ose donc pas se plaindre, à part à son médecin, souvent partisan du tout chimique.
D’ailleurs, ce n’est pas nécessairement de sa faute, puisque beaucoup de ses patients le traiteraient de charlatan s’il préconisait de la valériane, pourtant bénie par le passé. Il faut croire que le bourrage de crâne des industries pharmaceutiques a produit l’effet escompté dans la population… Même s’il faut malgré tout reconnaître que quelques généralistes prescrivent encore ces plantes patentées. Tout n’est pas perdu…
Après consultation d’un herboriste de mes amis, j’ai commencé à passer en revue les offres sur internet et en pharmacie. La suspension intégrale de plante fraîche, disponible directement à la vente, m’a paru être un bon compromis, et j’ai finalement offert à l’un de mes amis très affecté par les troubles du sommeil 
ce flacon-là. Il en a été enchanté, et en trois semaines, son insomnie passagère s’en était allée.  

 

Une source intarissable d’élixirs de légende

La valériane est une plante légendaire, présente dans la pharmacopée occidentale depuis que celle-ci existe. On la trouve également aussi bien en Asie qu'en Amérique du nord.
Elle se caractérise par une odeur de racine très piquante (proche, hélas, de l’urine de chat) qui divise nettement ceux qui l’apprécient et ceux qui la réprouvent. C’est la raison de son absence dans beaucoup de pharmacies.
Le nom même de valériane est débattu : certains affirment qu’elle tire son nom du verbe latin valere (prononcez « waléré ») qui signifie être fort, puissant, et dont nous avons tiré le verbe valoir. D’autres auteurs soutiennent que son nom proviendrait du fait qu’elle se trouvait très facilement dans une province romaine située dans la Hongrie actuelle, la Valérie, appelée ainsi par l’empereur Dioclétien en hommage à sa fille, Galeria Valeria.  
Au Moyen Âge, on prêtait à la valériane le pouvoir de philtre damour, et aussi celui de chasser les elfes (entendez par-là les mauvais lutins). De son côté, Oswald Crollius, médecin et alchimiste allemand du XVIe siècle, prétendait que les chats (décidément) auraient appris aux humains que la valériane éclaircissait la vue ! 
Du point de vue des soins, toutefois, elle a de tout temps eu la réputation de calmer les nerfs, pour autant que l’on ait compris leur fonctionnement. Elle était déjà signalée par Pline comme remède aux contractions nerveuses, et fut également préconisée au XVIIIe siècle par les médecins italiens comme antispasmodique puissant, capable de guérir l’épilepsie.

 

Secret de pilotes… de 14-18 !

On l’utilisa donc pour remédier à cette affection, mais aussi contre l’hystérie – qui est certes plus un symptôme qu’une maladie – et la danse de Saint-Guy, « danse » désarticulée causée par la folie, une psychose collective ou une maladie infectieuse.
Certains médecins lui prêtaient le pouvoir de diminuer la production de l’urée et Henri Cazin, médecin du XIXe siècle, la recommanda contre le diabète maigreFébrifuge, la racine était aussi utilisée contre les fièvres intermittentes.
Enfin, c’est pendant la Première Guerre mondiale qu’elle a été utilisée régulièrement pour traiter la psychose traumatique du combattant et la tension nerveuse due aux raids aériens chez les pilotes. On ne doute pas que voler dans un petit coucou en bois et se faire tirer dessus doit laisser quelques séquelles… 
Vous l'aurez donc compris, la valériane n’a pas qu’un pouvoir somnifèrere. Son action décontractante s’étend bien au-delà du sommeil. Explorons donc à fond les vertus de notre plante légendaire.

 

La valériane : un anxiolitique et somnifère naturel. 

Assurément, le pouvoir sédatif de la valériane a été connu de tout temps. On a pu douter de ses autres vertus, à une époque où la médecine n’était pas encore une science rigoureuse. Lorsqu’elle est devenue plus précise, elle a été trustée par des charlatans qui n’ont rien à envier au Malade imaginaire de Molière… dont le nom, Diafoirus, évoquait autant la logorrhée que la diarrhée.
Le pouvoir antispasmodique de la valériane est encore attesté, du moins par les herboristes, puisqu'elle apaise la tension et les spasmes liés au stress.
La mauvaise digestion (dyspepsie), les contractions douloureuses de l’estomac, les manifestations nerveuses accompagnant les infections par la vermine, les coliques intestinales, sources d’hémorroïdes insupportables, ainsi que le syndrome du côlon irritable peuvent être apaisés par une prise régulière et temporaire de valériane.
Mais son pouvoir ne s’arrête pas au système digestif. La valériane diminue en effet la tension sanguine (hypotensive), intensifie la circulation vers le cœur et calme les palpitations nerveuses. Sa valeur inestimable dans la lutte contre le stress la fait prescrire dans les traitements des tics, des étouffements ou encore des crises d’asthme.
Toutefois, il ne faut pas abuser d'un traitement à la valériane. A doses excessives, elle donnera des effets identiques aux troubles qu’elle avait pour vocation d’apaiser : spasmes musculaires, insomnies, palpitations et maux de tête…
En outre, elle n’est pas recommandée en cas de grossesse ou d’allaitement, à cause de sa vigueur, qui risquerait d’intoxiquer l’enfant.
Enfin, en usage externe, on employait jadis ses feuilles contre les varices, qu’elles réduisaient paraît-il fort bien, ainsi que pour soigner les blessures provoquées par des objets pénétrants : épines, flèches, balles... Or tout ce qui soigne un soldat lui paraît miraculeux, parce qu’il est déjà miraculeux de survivre aux batailles…

 

N’attendez plus le marchand de sable égaré

Si vous voulez un petit coup de main pour trouver le sommeil, je vous proposer de tester ces deux recettes :

  • En premier lieu, la macération. Faites tremper 25 g de racines coupées en petits morceaux dans 60 cl d’eau froide pendant 8 à 10 heures. Boire une tasse de ce breuvage jusqu’à 3 fois par jour vous aidera à lutter contre l’anxiétéla tension nerveuse ou l’hypertension artérielle liée au stress. Si vous êtes insomniaque, vous pouvez prendre une tasse avant d’aller au lit, mais gardez-vous bien de prendre des somnifères en même temps.

  • La coction, toujours plus simple à préparer, est très efficace. Mettez 2 cuillerées à soupe ou 10 g de racine sèche pour un bol. Faites bouillir 3 minutes, puis laissez infuser 10 minutes. Boire 1 ou 2 bols par jour, de préférence le soir, vous prodiguera, quoique de façon plus diffuse que la prise d’extraits, les effets relaxants de la valériane.

En espérant que ces quelques préparations vous aideront à chasser les mauvais lutins de vos insomnies…