La forêt de Brocéliande entre légendes et biodiversité

C’est au cœur de la mystérieuse forêt de Brocéliande, à l’ombre d’une végétation luxuriante, que se cachent fées, chevaliers et magiciens échappés de la légende arthurienne.

Fougères, mousse, lierre et champignons y côtoient au fil des saisons anémones des bois, chèvrefeuilles et salicaires. Depuis des siècles, plusieurs chênes mythiques veillent sur les lieux, comme celui de Merlin, le chêne des Hindrés, ou encore celui dit « à Guillotin », sans doute le plus spectaculaire avec ses dix mètres de circonférence et ses 1 000 ans bien tassés. Dans cette forêt couvrant plus de 7 000 ha, nous allons suivre le merveilleux sentier botanique de la vallée du Serein qui mène jusqu’aux rives de l’étang de l’Étunel.
Le circuit en boucle est jalonné de balises numérotées de 1 à 12 et agrémenté d’explications illustrées sur la flore environnante.
Le parcours suit ou domine alternativement la vallée, passant des landes couvertes d’ajoncs et de bruyère cendrée à la profondeur des bois où serpente entre les schistes le ruisseau du Serein.

La promenade débute par une lande dite « mésophile », c’est-à-dire moyennement humide, boisée de pins maritimes, de charmes et de chênes pédonculés. On y croise en abondance la reine des fougères, l’osmonde royale (Osmunda regalis), dont les frondes peuvent atteindre deux mètres de long. Elle pousse en touffes tellement larges et compactes que, selon une légende écossaise, la femme et la fille d’Osmund le batelier (d’où son nom) furent sauvées durant l’invasion danoise en se cachant dans ses feuilles. Tout au long du Serein, on peut admirer de nombreux aulnes glutineux (Alnus glutinosa). Hauts d’une vingtaine de mètres, ces arbres au tronc élancé sont inséparables des rivières : ils y puisent toute l’eau dont ils ont besoin et en contrepartie, ils consolident les berges grâce à leurs puissantes racines. Leur présence dans les marécages, lieux chargés de croyances et de légendes, leur a longtemps valu la réputation d’arbres à démons, sorcières et mauvais génies.

Au fond de la vallée, le ruisseau est bordé d’une étroite bande de saules enrichie de
nombreuses espèces arbustives comme le sureau noir (Sambucus nigra), le sorbier torminal (Sorbus torminalis), l’aubépine (Crataegus monogyna), le houx (Ilex aquifolium) ou encore le fusain (Euonymus europaeus). Ce dernier est particulièrement remarquable en automne (lire encadré ci-dessus), teintant son feuillage d’un rouge ardent et exhibant ses étonnants fruits, des capsules rose vif qui laissent apparaître à maturité des graines orange. On y croise également la viorne obier (Viburnum opulus) dont la floraison de pompons blancs est aussi belle au printemps que son feuillage à l’automne, passant progressivement du jaune orangé au pourpre pour virer au brun rougeâtre. Ses baies d’un rouge brillant qui dégagent une odeur nauséabonde à leur maturité, en septembre, restent en place une bonne partie de l’hiver. Considérées comme non comestibles, elles sont néanmoins utilisées en médecine traditionnelle comme tonique cardiaque.

Puis l’on arrive au bord de l’étang de l’Étunel, niché au cœur d’une végétation d’une impressionnante densité qui longe les rives en pente douce. L’originalité de l’étang est sa ceinture de baldingères faux-roseaux (Phalaris arundinacea) dont les feuilles et les racines auraient des effets psychotropes. En arrière-plan se trouve une bordure d’aulnes et de bourdaines (Rhamnus frangula), un arbrisseau à l’odeur forte et désagréable dont l’écorce était utilisée pour ses vertus laxatives. Arrivé sur l’autre rive du lac, on remarque que ce versant prend des allures de montagne avec ses pentes escarpées et rocheuses. Puis, apparaît la lande sèche recouverte de genêts, de bruyères, d’ajoncs et de ronces. Bien qu’équipée de cordes, la descente vers la vallée peut se révéler aventureuse. Gare aux glissades !