• Phytothérapie : La menthe et ses multiples effets « kisscool »

La menthe et ses multiples effets « kisscool »

La menthe et ses multiples effets « kisscool »

 

Nous avons tous son goût en bouche 5 ou 6 minutes par jour, et même à longueur de journée pour les adeptes du chewing-gum. La menthe est la plus célèbre de nos plantes médicinales, et l'une des plus riches (elle existe en 600 versions). Mais qui mesure encore sa valeur médicinale ?

Car la notoriété actuelle de la menthe n'a plus grand-chose à voir avec ses qualités naturelles, à l'exception de sa variante poivrée très prisée en aromathérapie.

L'exploitation industrielle et l’exposition médiatique souvent douteuse dont la menthe fait l'objet (chlorophylle ou menthol, "mâchez, respirez !") nous feraient presque oublier que ce trésor de nos campagnes est bien plus qu'un arôme intense et balsamique, aussi entêtant soit-il. Bien mieux qu'un faire-valoir rafraîchissant.

Mais là voilà réduite à parfumer glaces et chewing-gums, bonbons, thés, sirops, dentifrices, liquides vaisselle, médicaments, cigarettes et j'en passe. Si bien que la plante n'est même plus référencée dans la littérature traitant de phytothérapie, dans laquelle on préfère parler de quelques stars aux effets bien moins puissants. Quelle injustice…

 

Alors je vous le dis, si je ne devais garder qu'un remède naturel à la maison, ce serait la menthe, et dans mon jardin ! Et quitte à la réhabiliter, permettez-moi de vous livrer quelques remèdes de bona fama qui vous faciliteront la vie, à l'œil…

 

Tous drogués au menthol

 

Le succès phénoménal de la menthe tient dans son goût. Fort, puissant, rafraîchissant. Inimitable. Addictif même, tant nous y sommes tous accros d'une façon ou d'une autre. Ce goût qui active nos récepteurs au froid (et pas que dans la bouche) est principalement dû au menthol que contient la menthe. Championne en la matière, la menthe poivrée en recèle dans son huile essentielle jusqu'à 40% et plus. Pas étonnant que l'espèce soit exploitée jusqu'à la moelle.

 

La menthe poivrée, espèce hybride, tient la rampe de la grande consommation. C'est une plante forte et puissante comme le sont généralement les hybrides, facile à cultiver. Mais cette belle et grande menthe est, la plupart du temps, stérile (elle se reproduit par propagation de ses drageons) et ultra-traitée.

 

De toute façon, allez savoir quelle est la part de naturel et de molécules de synthèse dans un dentifrice… Qui vous dit que le bouquet de menthe nanah du Maroc (souvent riche en pesticides) que vous avez acheté pour votre thé ou votre salade n'a pas été irradié avant d'arriver en rayon ? L'hypothèse est fort probable, comme l'est la teneur en pesticides de bien des menthes vendues dans le circuit industriel.

 

Prudence avec l'arôme n°1 au monde

 

Vu les quantités astronomiques de menthol que consomme la planète chaque jour (un total de 30 kilotonnes à l'année qui en fait l'arôme le plus vendu au monde), on voit mal comment il pourrait en être autrement : il faut bien produire, forcer, imiter, synthétiser, coûte que coûte.

L'Inde et la Chine fournissent, la chimie lourde fait le reste (pensez-y, c'est BASF qui fourre les chewing-gums et les dentifrices vus à la TV).

 

Une première bonne raison pour ne pas consommer de la menthe à longueur de temps.

J'ajouterai une seconde raison : si le menthol de votre produit est naturel, compte tenu de la puissance de ce composé, il ne faut pas en abuser davantage. Comme dit le dicton arabe, le résultat peut être comme un thé à la menthe, amer comme la vie et sucré comme la mort…

 

Connaissez-vous plante aussi savante ?

 

Tout le monde connaît les vertus rafraîchissantes de la menthe. Toutes les menthes ont cependant en commun bien d'autres propriétés :

  • carminative et digestive (anti-nausée, mauvaise haleine, aérophagie),
  • antispasmodique,
  • circulatoire,
  • antimigraineuse,
  • calmante,
  • analgésique,
  • tonifiante musculaire,
  • antiseptique,
  • aphrodisiaque (pour les hommes plus que pour les femmes).

 

Et j’en passe…

 

Cette plante rafraîchissante, aussi banale qu'exceptionnelle, est sans pareil pour contrarier les bactéries, faire passer un mal d'estomac, calmer une crampe, éloigner le mal des transports, digérer un repas trop lourd, dissiper un malaise, atténuer une migraine, lutter contre le mauvais cholestérol ou simplement se détendre. Sans parler de son pouvoir antioxydant que l'on oublie aussi d'évoquer, avec une valeur ORAC (Oxygen Radical Absorbance Capacity) 3 fois supérieure à celle de la tomate par exemple.

 

Et que dire de son pouvoir aphrodisiaque ? Ne dit-on pas qu'elle a le pouvoir d'exciter, au point de rendre fou le taureau qui en mange ?

Les Arabes ont toujours voué un culte à la menthe. Les Bédouins s'en servaient comme antiseptique et l'utilisaient pour éloigner microbes et mouches porteuses de germes infectieux. Dans la littérature arabe, la menthe tient le rôle de messager d'amitié ou d'amour… Les vertus aphrodisiaques de l'espèce ont trop souvent été chantées, y compris dans « Les Mille et une Nuits », pour qu'il n'y ait pas un fond de vérité.

 

Fluide glacial…

 

Vous voulez faire une bonne blague à un ou une amie de passage chez vous ? Faites-lui couler un bain en ajoutant incognito quelques gouttes d'huile essentielle de menthe. Poilade assurée : ces petites gouttes d'essence provoqueront immanquablement un effet réfrigérant saisissant pour qui rentre dans un bain chaud. Allez-y doucement, car le risque d'hypothermie est réel ! L'expérience démontre magistralement le pouvoir rafraîchissant de la menthe, qui lui confère ses vertus légèrement anesthésiantes. C'est ce qui fait que quelques feuilles de menthe ou gouttes d'huiles essentielles peuvent remplacer un clou de girofle quand on n'a rien d'autre à se mettre sous la dent douloureuse. Un truc qui donne aussi de bons résultats sur les pieds échauffés ou gonflés pour les grands marcheurs ou les balades d'été (à placer sur les semelles). Ou qui réveille le cerveau quand celui-ci s'assoupit en réunion ou en cours (1 goutte d'HE de menthe, et ça repart).

 

Trop de menthe a tué la menthe 

 

Trêve de plaisanterie, les vertus polyvalentes de la menthe en font un aliment de choix et un remède bien plus appréciable qu'une plante comme la bien aimée lavande, ou même que l'honorable thym. Avec cet avantage supérieur que la menthe peut s'utiliser de toutes les manières possibles, à commencer dans l'alimentation : tisanes, thés, crèmes, sauces (un savoir-faire très british), cocktails, salades (Ah... la fraîcheur d'une salade à la menthe chinoise ou d'un rouleau de printemps vietnamien).

À vrai dire, je ne connais pas de plantes offrant tant d'usages (ce que les industriels confirment à leur manière) et c'est bien ce qui lui vaut d'être galvaudée.

 

La menthe appartient à une grande famille botanique : les Lamiacées. On connaît bien ses proches cousines (la sauge, le thym, la mélisse...), elles figurent en bonne place dans la pharmacie familiale mais les menthes sont nombreuses, en si grand nombre qu'elles ont toujours constitué un casse-tête pour les botanistes. Si on en connaît relativement bien 200 espèces, on en dénombre plus de 600 et elles s'hybrident tellement bien que même les spécialistes sont parfois incapables de les identifier clairement. La menthe poivrée est l'un de ces hybrides, de Mentha aquatica et Mentha spicata.

 

Cette pluralité variétale n'a pas joué en faveur de sa reconnaissance. Et ce n'est pas nouveau, comme en atteste l'écrit d'un moine du IXe siècle dans lequel il raconte qu'il préférerait "avoir à compter les étincelles de la fournaise de Vulcain plutôt que d'essayer de dénombrer les variétés de menthe" !

 

La faute aux homéopathes ?

 

Si la menthe n'a pas bonne presse, c'est peut-être aussi un peu à cause de l'homéopathie. On nous a tellement dit et répété qu'il ne fallait jamais la consommer en même temps qu'un traitement homéopathique que tout le monde a fini par le croire. Et même s'il n'y a plus que quelques ignorants pour le ressasser, cela n'a pas joué en faveur de son intérêt thérapeutique.

 

Hahnemann a écrit dans son "Organon, de l’art de guérir" (la bible des homéopathes) qu'il convenait d'éviter les plantes aromatiques en association avec les remèdes homéopathiques. On l'a pris au mot, et la plus aromatique des plantes aromatiques en a payé le prix. On peut penser qu'une plante excessivement riche en huiles essentielles, donc présentant un taux vibratoire élevé, peut annihiler le subtil effet de l'homéopathie. Mais on peut aussi bien suggérer, comme l'ont fait certains auteurs, que le fondateur de l'homéopathie voyait d'un mauvais œil ce tonique sexuel qu'est la menthe…

 

Et on peut voir les choses autrement : la menthe a le pouvoir de faciliter la circulation de l'énergie dans le corps humain. On le sait à partir d'observations faites sur des vaches. Or le remède homéopathique est par excellence une information énergétique qui circule dans l'organisme.

Tout porte donc à croire qu'il est bon de prendre une infusion de menthe pour accroître l'effet homéopathique. Soit tout le contraire de ce que l'on peut croire.

 

Comment reconnaître une menthe ?

 

Il est facile d'avoir un bouquet de menthe à portée de main, quelle que soit la région où l'on habite. Dans nos contrées tempérées, c'est souvent une mauvaise herbe, c'est dire… On marche dessus sans s'en rendre compte, jusqu'à l'instant où notre nez nous alerte… Autant dire que le remède est à nos pieds : il n'y a qu'à se baisser pour se soigner.

 

Quoique… Reconnaître une menthe ne va pas toujours de soi. Elle se reconnaît entre mille au flair. Son parfum pénétrant caractéristique varie peu selon les espèces, mais cette odeur que dégagent ses huiles essentielles ne suffit pas toujours à éviter une confusion.

Rassurez-vous, en vous laissant mener par le bout du nez, vous ne risquez guère de vous intoxiquer. Vous éviterez peut-être de prendre de la mélisse pour de la menthe, ou un hybride sans grand intérêt pour une variété plus noble. En revanche, la confusion peut assez facilement se faire avec une cataire ("la menthe des chats") ou un calament, deux plantes d'aspect et d'odeur assez semblables qui ne vous feront pas de mal (on en fait des condiments) mais qui ne vous apporteront pas les effets escomptés.

C'est la raison pour laquelle il faut aussi avoir l'œil. Souvenez-vous que la menthe est une amie de l'eau : elle pousse près des points d'eau ou dans les zones humides et n'aime pas les sols secs et pierreux qu'affectionnent les cataires ou calaments.

Quant à l'aspect, toutes les menthes ont un calice à cinq dents à peu près égales, une corolle (lilas, rosée ou blanche) en forme d'entonnoir avec quatre petites divisions égales et des feuilles simples (non divisées).

 

Les cinq menthes bonnes à connaître

 

Pas besoin de connaître les 200 espèces du coin pour profiter de ses richesses. Voici les cinq espèces intéressantes à connaître :

 

  • La menthe aquatique (Mentha aquatica) : la plus commune, on la trouve au bord des ruisseaux (j'en croise toujours lors de mes balades pyrénéennes, le moindre filet d'eau et elle est là). Tiges rougeâtres, un peu velues, 20 à 80 cm de haut, fleurs lilas à pourpres.
  • La menthe pouliot (Mentha pulegium), aussi dénommée herbe aux puces, herbe de Saint-Laurent : cette menthe de 10 à 30 cm de haut au port étiré et aux tiges en partie couchées sur le sol est assez répandue (endroits humides toujours) bien qu'elle ne soit pas présente partout. Les Romains et les Grecs en faisaient grand usage pour sa haute valeur médicinale (elle fait aussi un excellent anti-mites en petit sac).
  • La menthe verte (Mentha spicata) : menthe "vraie" ou "nanah", plus grande (30 à 80 cm), cette douce aux fleurs rosées, parfois blanchâtres, rappelle à l'odeur le goût d'un chewing-gum bien connu.
  • La menthe sylvestre (Mentha sylvestris) ou menthe des bois : c'est la menthe la plus répandue dans les jardins, la plus grande, de 40 cm à 1 m, avec des feuilles allongées. Très intéressante pour un remède respiratoire (très balsamique) ou comme calmant nerveux.
  • La menthe des champs (Mentha arvensis) : de taille moyenne, cette menthe familière aussi (surtout dans le Midi) est l'une des plus stimulantes.

 

Et la menthe poivrée (Mentha piperita, "menthe anglaise") ? Désolé, ce n'est pas une maquisarde, et à moins de la chaparder dans un champ ou de la cultiver dans votre jardin, difficile de la trouver dans la nature…

 

Ce qu'il faut retenir pour se soigner

 

Des champs, vraie, pouliot, citronnée, poivrée, poivrée chocolat, suave, des Andes, à longues feuilles, bergamote, eau de Cologne (rapport à l'odeur)… On trouve de tout, au royaume des menthes. Voici les meilleures menthes à utiliser selon le but recherché, en commençant par la star du moment :

 

  • Menthe poivrée : l'envoûtante Mentha piperita la bien nommée est bonne à tout en huile essentielle, de A comme acidité gastrique ou asthénie à Z comme zona (en passant par M comme moustique). Le site Plantes & Santé l'explique en détail (voir ici).

Incontestablement la meilleure pour le mal des transports (terre, air, mer) : humecter la lèvre du doigt où vous aurez posé une goutte d'HE (ou la prendre en bouche pour les adultes). Merveilleuse pour le retour veineux en massage sur les jambes avec une huile végétale.

Fortement déconseillée en diffusion atmosphérique.

Attention, rappelez-vous : la menthe poivrée est très souvent chargée de pesticides (une dizaine de traitements à l'année). Personne ne vous le dit, mais en dehors du bio, danger !

 

  • Menthe des champs (Mentha arvensis) : la reine en cas d'indigestion mais aussi pour les céphalées et migraines ou comme décongestionnant vasculaire. À utiliser en absorption ou application en HE, ou pourquoi pas sous forme d'huile maison : faire chauffer pour cela 2 heures au bain-marie 30 g de feuilles de menthe dans 250 ml d'huile d'olive ou de noisette. Laisser refroidir et filtrer, embouteiller et conserver à l'abri de la chaleur. Masser les tempes et la base du cou.

 

  • Menthe citronnée : la seule à être insectifuge et un bon remède anti-inflammatoire aussi. Assez rare, car lointaine.

 

  • Menthe vraie (Mentha spicata) : le meilleur calmant nerveux, un expectorant de choix notamment en cas de bronchites (aiguës ou chroniques).

 

  • Menthe pouliot : la cardiotonique par excellence, ainsi qu'un très bon stimulant digestif (à dose infime !).

 

Toujours toxique à haute dose : la preuve de son pouvoir

 

Je le redis, il ne faut pas abuser de la menthe. Non pas qu'elle soit excitante ou mauvaise pour la tension artérielle comme on le croit parfois à tort, non pas qu'elle empêche de dormir (elle stimule mais favorise aussi le sommeil), mais parce que toute menthe contient des composés potentiellement dangereux : des cétones comme la menthone, et du menthol, alcool nocif à forte dose (qui n'a pas expérimenté par mégarde son terrible effet réfrigérant avec le baume du tigre ?).

 

La menthe est à proscrire chez les tout-petits (et les femmes allaitantes), y compris en massage (risque de bronchospasme et même d'arrêt respiratoire en bas âge), et à consommer avec modération sous peine de bradycardie, de risque abortif (femmes enceintes) ou de risque neurotoxique. La Mentha arvensis, par exemple, à haute dose, est carrément stupéfiante.

 

Sachez également que la menthe poivrée n'est pas indiquée en cas de supplémentation en fer (elle peut réduire l'absorption), de prise d'antiacides ou de protecteurs gastriques.

 

Pourquoi les Grecs s'en méfiaient...

 

Bien que les Grecs se soient beaucoup intéressés à cette médicinale (que ne leur doit-on pas ?), ils regardaient cette plante d'un œil méfiant. "La menthe incite tant à l'amour qu'elle diminue le courage !" disaient-ils. Sa consommation était d'ailleurs interdite à la soldatesque.

 

"Mentha" dérive de Mintha, nom grec d'une nymphe que Perséphone, épouse d'Hadès, transforma par jalousie en une plante sans envergure après que le roi des Enfers, séduit, a doté la mignonne d'un parfum irrésistiblement "sexy", pour parler contemporain.

Le fond de l'histoire est que les Grecs connaissaient bien l'effet tonique sexuel de la menthe et s'en méfiaient. Comme ils se méfiaient de sa propriété stérilisante : ils l'utilisaient comme contraceptif. Pline détaille son usage "en application avant le coït" pour empêcher la conception, et Oribase parle d'application du suc "sur le membre viril de l'homme" dans le même but (permettez-moi de douter de cet usage officiel et d'y voir une manière de pimenter l'acte !).

 

Il n'en faudra pas plus pour que la religion chrétienne fasse de la menthe le symbole de la trahison et de la duperie. C'est la menthe, dit la légende chrétienne, qui a dénoncé Marie et l'enfant Jésus à leurs poursuivants lors de leur fuite vers l'Egypte, la sauge s'interposant pour lancer aux inquisiteurs : "N'écoutez pas la menthe, elle fleurit mais ne fais pas de semences". La dévalorisation dont elle souffre trouve ses racines dans notre histoire.

 

Avez-vous le tempérament de la menthe ?

 

Maintenant que vous connaissez le fin mot de cette injuste conspiration, vous n'avez plus aucune raison de ne pas réexaminer la menthe de votre jardin, sûrement la meilleure que vous puissiez utiliser.

 

Mais laissez-moi vous faire une dernière recommandation : mes amis thérapeutes qui ont l'expérience de cette plante ont observé qu'il fallait se méfier des personnes trop gourmandes de menthe.

Son usage démesuré, tantôt chaude tantôt froide, très yin/yang, pour parler chinois, correspond souvent à des tempéraments du même type : comprenez des personnes qui soufflent facilement le chaud et le froid…

 

L'esprit des plantes n'est peut-être pas que légende.

 

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