• Aromathérapie : L'huile de périlla

La reine des oméga 3 a les yeux bridés !

Peu de personnes savent que la périlla (Perilla frutescens), merveille d'Orient, produit une huile au taux d'oméga 3 inégalé (65%) dans le règne végétal. Et pour cause… C’est à peine si les boutiques du naturel la connaissent. 


Cette méconnaissance fait que les premiers concernés, ceux qui ne veulent pas entendre parler d'oméga 3 d'origine animale, ignorent tout bonnement cette alternative. Ce qui est doublement dommage car les bienfaits de cette plante vont bien au-delà de son taux d'acides gras essentiels.

Le statut de plante "sacrée" dont elle jouit depuis toujours dans le Sud-Est asiatique tient dans sa double qualité, rare, de plante aromatique et oléagineuse. C'est un aliment populaire et indétrônable en Asie. Une belle médicinale aussi, encore à découvrir.

 

Des contreforts de l'Himalaya à la pointe du Japon

 

La périlla nous vient d'Extrême-Orient, comme le sésame. Dans cette partie du monde, c’est une plante aussi familière que le thym ou le romarin chez nous, ou encore le basilic et l'ortie, qui appartiennent à la même famille (les Lamiacées). Ce qui n'est pas le cas du sésame auquel on l'a hâtivement associé, sans doute parce que les graines se ressemblent et donnent une huile aussi odorante.

 

Les terres d'origine de cette belle feuillue qui peut dépasser les 60 cm de hauteur s'étendent des contreforts de l'Himalaya à la Birmanie. Mais dès l'Antiquité, la périlla a colonisé tout l'Extrême-Orient : les Chinois, les Coréens, les Japonais, qui l'appréciaient énormément, et pas seulement pour sa qualité mellifère, se mirent à la cultiver.

C'est ainsi que se sont développées dans ces pays deux grandes formes de périlla : la verte (la préférée des Chinois pour sa richesse alimentaire) et la pourpre (plus parfumée, version gastronomique au Vietnam, en Thaïlande...).

Ces deux périllas appartiennent à la même variété, mais il y a d'autres variantes comme la "japonica", plus grande, plus odorante, très prisée pour son huile dans la culture shintoïste.

 

Onguent, condiment, salade, huile sacrée...

 

Côté médicinal, la médecine traditionnelle chinoise se sert de son fruit comme expectorant et laxatif. Ses feuilles macérées sont indiquées en cas de refroidissements, et pour les nausées et vomissements. Dans la médecine shintoïste, on en extrait une huile essentielle toujours réputée pour les problèmes de peaux et d'allergies, y compris respiratoires.

 

Côté culinaire, elle est omniprésente : comme aromate, condiment, boisson (jus), salade... Au Japon plus qu'ailleurs, où elle relève sushi, sashimi, tempura... Des dizaines d'appellations attestent de sa popularité : "basilic japonais" ou "Shiso" au Japon, "Zi-Su" en Chine, "Kaetip" en Corée, "Nga-khi-mon" ou "Nag-mon" en Thaïlande, "Rau tía tô" au Vietnam...

Ces deux grands usages justifient déjà sa présence domestique : dans les potagers familiaux, un carré lui est souvent réservé.

 

Quant à son huile, on la consommait bien avant l'invention du mot "oméga 3". Elle était surtout utilisée à des fins religieuses (dans les cérémonies shintoïstes), artisanales (teinturerie, laques) et pour ses propriétés médicinales. Cette huile a maintenant d'autres atours ; elle n'en est que plus plébiscitée.

 

Sa feuille peut vous éviter un mauvais tour

 

Peut-être connaissez-vous le "Fugu", ce mets japonais très recherché, élaboré avec grande précaution à partir du poisson du même nom : le fugu, hautement toxique. Mal préparé, le fugu peut entraîner une méchante indigestion, et au pire une paralysie foudroyante des voies respiratoires et du système nerveux ! Or ce plat est toujours servi avec une feuille de périlla. Mieux vaut savoir que la feuille de "shiso" n'est pas là pour décorer l'assiette (comme une feuille de laitue défraîchie à côté d'un steak) mais pour faciliter la digestion du fugu en protégeant l'organisme des agents toxiques résiduels.

 

Les Asiatiques connaissent la capacité de ses feuilles et graines (crues) de neutraliser certains allergènes et toxiques des fruits de mer et du poisson. Ils ont toujours utilisé (sans avoir besoin d'études scientifiques) ses propriétés protectrices et bienfaisantes, antiseptiques (pour conserver la viande), revitalisantes et antioxydantes (fruit, jus), organoleptiques : la périlla rouge donne un bon colorant, la verte apporte une saveur astringente faite de notes de basilic, de mélisse, de poivre, de cannelle...

 

Une petite nouvelle en Occident

 

En Occident, la périlla s’est fait connaître bien tardivement : comme plante ornementale d'abord puis, avec l'arrivée des migrants aux Etats-Unis au XIXe siècle, comme épice, antiseptique et conservateur de la viande (d'où son surnom américain de "Beefsteak plant"). Une connaissance réduite et éphémère...

 

En France, il y a encore 20 ans, personne ne connaissait la périlla, à l'exception de quelques scientifiques (en 1977, une étude avait confirmé ses propriétés antiallergiques). Immigrés et Français de retour d'Indochine la vantaient, mais aucun expert de santé, aucun livre ne la citait.  En 1996, un ouvrage intitulé "Alimentation et Cancer" la mentionne enfin pour... ses oméga 3. Ce livre révélateur et fort documenté est le fruit du travail d'une équipe lyonnaise du CNRS qui n'ignorait pas les travaux antérieurs de chercheurs, pour la plupart asiatiques.

 

Une source d'oméga 3 exceptionnelle et méprisée

 

Cette découverte livrée au grand public n'a pas fait grand bruit, mais elle n’a pas échappé à un passionné de remèdes naturels plus curieux que les autres. Ce précurseur a importé de l'huile de périlla de Chine dès 1997 et a redécouvert les vertus de son huile essentielle. Il en a conçu des préparations magistrales et une "huile complète de périlla" riche en principes actifs car elle contient à la fois l'huile et l'huile essentielle, anti-allergiques entre autres...  

 

Depuis 15 ans donc, on sait (ou non !) que l'huile extraite des minuscules graines noires de Perilla frutescens est la meilleure source d'acides gras végétale avec :

  • Un taux exceptionnel d'acides gras polyinsaturés : des oméga 3 ALA (acide alpha-linolénique) à 65% et plus, des oméga 6 (acide linoléique) autour de 12%.
  • Des acides gras mono-insaturés oméga 9 (acide oléique) en bonne proportion, de 14 à 23%.

 

Même si cette reconnaissance occidentale de la périlla est limitée, elle lui vaut cependant un certain succès. En Asie, la production d'huile a bondi, les prix aussi. Mais ce début d'engouement a vite été occulté par un autre succès, phénoménal : celui des huiles de poissons...

 

En dehors du poisson, point de salut ?

 

Le succès planétaire des oméga 3 perdure depuis plus de dix ans. Pas une semaine ne s'écoule sans que l'on nous rappelle leur intérêt pour préserver notre système nerveux, nos défenses immunitaires, notre cœur, notre cerveau... Dans ce concert des oméga 3, il n’y en a que pour les petits poissons gras (hareng, sardine, maquereau), le saumon et depuis peu, le krill.

 

Et les végétariens, ceux qui sont allergiques au poisson ou qui n'aiment pas son goût, que leur propose-t-on ? Pas grand-chose, ce qui ennuie bien aussi ceux, de plus en plus nombreux, qui se méfient à juste titre du mercure et des métaux lourds que de nombreux poissons amènent en plus des salutaires oméga 3, selon la région où ils sont pêchés ou élevés, dans un environnement planétaire aujourd'hui si pollué.

 

Les solutions végétales sont encore trop souvent présentées comme un "second choix", quand elles ne sont pas carrément inconnues... On en oublie une règle fondamentale : il faut varier les sources, pour les oméga 3 comme pour tout !  C'est d'ailleurs ce que dit aujourd'hui la Société de cardiologie qui préconise un apport en acides gras oméga 3 "d’origines diversifiées, animales et végétales".

 

Une huile de plus (et pas de trop) pour les végétariens

 

Trouver des oméga 3 quand on est végétarien, vegan, ou que l'on refuse de participer au pillage des ressources marines, n'est pas simple. On peut toujours jongler avec les graines, les noix, les nombreuses huiles végétales (colza, lin, cameline, germes de blé...), mais comment savoir si nos besoins sont couverts ?  Sans parler des aspects pratiques, tous ces produits nécessitant des conditions de conservations particulières du fait du rancissement, par exemple.

 

Préserver un apport suffisant et de qualité est tout un art, qu’on s’y emploie avec la méthode "petits poissons + capsules d'huiles de poisson", ou avec les sources végétales. C'est d'ailleurs le constat qu'ont dû faire (mais pour d'autres raisons...) les chercheurs qui travaillent actuellement à la production de plantes transgéniques pour imiter les huiles de poisson et produire des acides gras génétiquement modifiés...

 

Avec son taux record d'oméga 3, l'huile de périlla devrait rallier tous les suffrages. Proche du zéro défaut, sa forte teneur en gamma-tocophérols (précurseurs de la vitamine E) en fait une huile qui se conserve très bien. Son pouvoir antioxydant est d'ailleurs élevé, proche de celui de l'huile de poisson, et son assimilation, en plus, ne pose aucun problème, quel que soit l’âge.

De plus on peut la trouver en version Végan (gélules végétales)

 

Des arguments très convaincants

 

En 2015, la consommation d'huile de périlla en France est encore marginale. Mais cette huile fait de plus en plus d'heureux. A juste titre, car ses arguments sont nombreux. En résumé :

 

  • L'huile de périlla est une source d'acides gras équilibrée avec la meilleure répartition entre oméga 3, 6 et 9. C'est l'une des rares huiles, d’ailleurs, à posséder les 3 en quantités significatives. Pour rappel, les sources habituelles d’acides gras fournissent trop peu d’oméga 3 par rapport aux oméga 6.

 

  • Les oméga 3 de l'huile de périlla (ALA, acide alpha-linolénique) sont bien convertis en acides gras polyinsaturés à longue chaîne EPA puis DHA dans l'organisme (on a longtemps cru que EPA et DHA ne pouvaient être apportés que par les huiles de poisson). 

 

  • La consommation d’huile végétale de périlla protège des allergies.  Son caractère anti-inflammatoire réduit la production de certains facteurs pro-inflammatoires (des cytokines) et protège les personnes dont les défenses immunitaires s’affaiblissent, en particulier les personnes âgées.

 

  • Ses oméga 6 protègent le système digestif en stimulant l'évacuation des toxines (ce que l'EPA et la DHA ne font pas) et en renforçant l'assimilation alimentaire. Ce qui rend la périlla fort utile quand le système digestif devient paresseux.

 

Sur la salade, en capsules ou à l'ancienne ?

 

Cette huile vertueuse sous tous rapports présente quand même un petit inconvénient : son goût d'amande amère. Mais on s’y fait vite, et puis le panachage d'huiles, aujourd'hui très pratiqué, facilite son usage. Un mélange de ¾ d'huile d'olive et d'¼ d'huile de périlla est idéal sur une salade : l'huile d'olive, neutre (en oméga), est riche en acides gras mono-insaturés, parfaitement complémentaires aux oméga de l'huile de périlla.

 

L'apport journalier recommandé d'ALA est de 2 g par jour. Un minimum pour alimenter le cerveau et maintenir une bonne cholestérolémie. Et même un strict minimum pour les enfants en pleine croissance ou les personnes âgées affaiblies.

2 g par jour, c'est 1 cuillère à café d'huile de périlla dans sa salade (2 cuillères ne feront pas de mal). Ou si l'on préfère, 4 capsules de 500 mg.

Mais on peut tout aussi bien avaler sa dose quotidienne à l'ancienne (façon huile de foie de morue) : et hop, une cuillerée !

 

Un concentré d'Orient

 

Bien sûr, le choix d'une huile de périlla exploitée en bio et extraite par première pression à froid s'impose. Parmi les fournisseurs sur cette ligne, Salvia Nutrition, la maison fondée par le précurseur évoqué précédemment,  s'est fait une spécialité de la périlla. L'"huile de périlla" qu'elle propose depuis déjà 19 ans rencontre un succès croissant. Au point qu'on peut la trouver en magasins bio et même dans certaines pharmacies.

 

Cette formule offre un concentré unique d'acides gras essentiels (de la graine) et de principes actifs (de la feuille). C'est un peu le "totum" de la périlla, dans lequel on retrouve ses propriétés antiallergiques, anti-inflammatoires, antioxydantes et protectrices.

Sa valeur ORAC (antioxydante) s'élève à 278 ng/g (contre 52 pour l'huile végétale et 77 en moyenne pour l'huile de poisson)... Voilà en résultante une bonne mixture pour se protéger des maladies cardiovasculaires, auto-immunes ou du cancer. Et prévenir ou stabiliser les troubles de mémoire, Alzheimer et Parkinson (les chercheurs s'intéressent tout particulièrement à cet aspect).

 

Gageons qu'on ne pourra continuer d'ignorer longtemps cette plante appréciée par des milliards de personnes depuis des centaines d'années, ou la réduire à ses oméga 3...

 

 

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