Le printemps des polluènes

En ville, quand pointent les premiers rayons de soleil, c’est la ruée. Dans les parcs, le moindre espace à l’ombre d’un arbre ou le plus petit carré de pelouse est très disputé ! Ainsi ces coins de verdures font figure de lieux propices au bien-être, à la détente. Finalement rien de mieux pour savourer un bon moment que d’être en contact avec l’élément végétal et d’oublier le minéral qui domine la ville. D’ailleurs, c’est devenu un critère d’attractivité, de qualité de vie que les municipalités s’emploient à cultiver.

Pourtant malgré ces efforts, on ne peut pas dire que cette dimension verte fasse vraiment partie du cahier des charges qui oriente la gestion de la cité. Car si on a plaisir à en profiter d’un point de vue presque hédoniste, on n’a pas encore réalisé à quel point elle peut nous être utile, notamment en termes de santé. De nombreuses études internationales le prouvent et nous en parlons régulièrement dans les colonnes de Plantes & santé : un environnement verdoyant concourt à éloigner un certain nombre de maladies (asthme, inflammation des bronches, etc.) lesquelles posent désormais une vraie question de santé publique. Les pics de pollution du mois de mars viennent de nous le rappeler, obligeant le gouvernement à limiter la circulation automobile.

Mais quid des végétaux ? Ils ont pourtant des compétences hors pair en tant qu’épurateurs, capables de retenir puis de sédimenter des gaz, des poussières chargées de microbes, des particules fines. On sait désormais que les feuillus absorbent de plus grandes quantités de polluants tandis que les résineux retiennent mieux les particules et les poussières. On arrive à estimer la quantité de monoxyde de carbone qu’un arbre peut piéger. Et il s’agit de quantités significatives : les forêts urbaines des dix plus grandes villes américaines stockeraient actuellement environ 700 millions de tonnes de carbone…

On aurait donc tout à gagner à voir les parcs, mais aussi le verdissement des rues, ou des places, comme des éléments complètement utiles pour la cité. En cherchant à optimiser le service qu’ils peuvent nous rendre. Car si le végétal possède la capacité de lutter contre la pollution, c’est aussi un formidable indicateur. Il en sait beaucoup plus long que nous sur la qualité de notre environnement. Et sa réaction est variable selon les espèces. En continuant à planter la biodiversité, nous aurions ainsi accès à un autre type de suivi de la pollution de l’air. De même pour les pollens qui aujourd’hui provoquent rhinites et conjonctivites en série. Comme nous le montrons dans notre dossier de ce mois-ci, les allergies aux pollens sont largement favorisées par la pollution. On leur a même donné le nom de « polluènes » !

Ainsi, plutôt que de vouloir éradiquer les plantes quand elles produisent trop de pollen, nous pourrions utiliser leur réaction comme un signal pour nous obliger à produire moins de particules fines. Les décisions qui découleraient de cette approche feraient ainsi évoluer nos organisations. On envisagerait alors de réduire la circulation automobile et de faire des plantations variées. L’un n’irait pas sans l’autre et, à n’en pas douter, la gestion de la cité n’en serait que meilleure.