• Les plantes médicinales en pleine croissance

Les plantes médicinales, en pleine croissance

 

Contrairement à bien des domaines le marché des plantes médicinales se porte bien. Soutenu par une forte demande de consommateurs sensibles à cette façon d’entretenir leur santé, les acteurs s’organisent. Parfois non sans mal car le cadre légal est lui-même très mouvant. 

 

La filière des plantes médicinales se développe, c’est certain. » Michel Krausz, président du Comité des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (CPPAM) est confiant. Comme la plupart des acteurs qui constatent que le secteur des plantes médicinales progresse. « On nous achète plus que notre propre production, ce qui nous oblige à aller chercher les plantes chez d’autres producteurs pour répondre à la demande », s’exclame Bernard Poinel, président de la coopérative de producteurs Anjou Plantes.

En 2000, on comptait 3 626 producteurs, ils sont 4 800 en 2010, soit une progression de 25 %. De la même manière, les surfaces de production ont augmenté de 15,2 % entre 2000 et 2010. Au total, 38 000 hectares de plantes médicinales sont cultivés en 2011. Les coopératives où se réunissent les producteurs – souvent aussi agriculteurs – facilitent cet essor. Ces acteurs-là concentrent en général les grandes surfaces de culture, de plus de 6 hectares. Le chardon-Marie, l’artichaut, la valériane par exemple, représentent de grandes quantités transformées en poudre et envoyées aux laboratoires. Avec 200 à 400 plantes pouvant être utilisées en phytothérapie, les gros producteurs se cantonnent aux plantes les plus demandées pour assurer leurs ventes. Ils cultivent plutôt de la camomille romaine, du mélilot, de la menthe, de la mélisse, de la sauge officinale, des plantes de base sur ce marché, qui sont vendues aux laboratoires et aux grossistes.

Ortie ou reine-des-prés

Pour compléter ces cultures ou même apporter des espèces plus rares, de nombreux cueilleurs proposent leurs services aux laboratoires. Ce métier prend de l’importance pour de nombreuses plantes qu’il n’est pas nécessaire de cultiver ou pour de petites quantités, de même que pour des arbustes ou des arbres dont la culture ne serait pas rentable. Les bourgeons, d’if, de cormier, de figuier ou de frêne par exemple sont souvent demandés. La plante reine de la cueillette est l’arnica, mais des espèces comme l’ortie, l’aubépine, la reine-des-prés, la prêle sont monnaie courante. La feuille de vigne, par exemple, est relativement recherchée. Les quantités sont loin d’être négligeables. « Pour la gentiane, 1 000 tonnes de racines fraîches sont ramassées chaque année », note Michel Krausz. Aujourd’hui Mickaël Arnou recense environ 200 à 300 cueilleurs. Un chiffre aussi en progression. « Il y a de plus en plus de gens intéressés pour embrasser ce métier », explique le président de l’Association française des professionnels de la cueillette de plantes sauvages (AFC).

 

Indépendants dans l’âme

Mais cueilleurs comme producteurs, « la filière accueille en majorité des indépendants, ils représentent plus de 50 % de l’interprofession. On trouve un vrai maillage de PME », note Pierre Speich, directeur général de l’antenne de Volx de France­Agri­Mer. Est-ce cet éclatement des acteurs qui empêche la filière de mieux s’organiser ? Toutefois les choses changent : « Il existe aujourd’hui une dizaine de coopératives dont huit sont spécialisées en plantes médicinales », détaille Bernard Prévault, président de la Fédération nationale des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (FNPAPAM). Ces structures facilitent la relation client, elles assurent les contrats et proposent une aide technique. « Ces cultures demandent du matériel pour la transformation et impliquent des coûts. En coopérative, nous sommes sûrs de pouvoir vendre car les contacts avec les clients sont démultipliés », argumente Bernard Poinel. « La coopérative permet d’établir des contrats avec des laboratoires. À plusieurs, nous proposons des quantités plus importantes, répondons avec rapidité à des requêtes très précises. Et puis on gère mieux la paperasse, on peut proposer les certificats que l’on nous demande de plus en plus », précise Denis Chaud, président de la SICARAPPAM, coopérative de cueilleurs.

Les clients apprécient aussi de travailler avec les coopératives. « Le dialogue est plus facile. Cela permet d’améliorer la qualité, par exemple après des retours d’analyse, quand on découvre que certaines plantes doivent être décontaminées, on peut leur demander d’améliorer le stockage. Et puis les lots sont regroupés et plus homogènes, cela simplifie les tests », explique Claudine Vallée, grossiste.

Pour Michel Krausz, c’est certain : « Il faut conseiller de se mettre en coopérative. De toute façon, il est très difficile de s’en sortir autrement. » De telles organisations permettent aussi de se protéger des contrecoups du marché en se diversifiant et en assurant des productions minimales. Car aux coûts d’installation s’ajoute la difficulté d’un marché très fluctuant. Si pour quelques plantes les besoins sont relativement stables, pour celles moins utilisées, le marché peut vite être débordé. « Certaines plantes n’ont pas plus de 10 hectares en production. Il suffit qu’un producteur ajoute 1 hectare et le marché peut rapidement arriver à saturation », explique Louise Fernandes, du CPPAM. Difficile alors de s’adapter. C’est pour cela que Pierre Speich insiste pour augmenter les conventions avec les acheteurs. « Nous avons besoin de garanties de vente. » Ce phénomène renforce aussi la concurrence, forte, des autres pays. Ces derniers dépassent la France, pour les espèces exotiques évidemment, mais pas seulement.

Importation à bas prix

S’il semble normal d’importer du ginseng, de la passiflore, du séné ou du galanga, c’est plus étrange pour le bleuet, le tilleul, le saule, la bardane ou le ciste. La Pologne, le Maroc, la Chine puis l’Alle­magne, l’Italie et l’Espagne proposent des produits moins chers. Un argument fort pour beaucoup d’entreprises qui n’ont pas les moyens de s’offrir la « qualité française ». « Aujourd’hui, 20 % seulement des plantes proviennent de France », constate Bernard Prévault. Car les plantes françaises sont plus chères.

« De nombreux coûts s’ajoutent : le séchage, le transport, la transformation, etc. Nous avons besoin de vendre à un prix plus élevé. Heureusement, certains laboratoires sont prêts à payer. Car dans ce domaine il y a aussi une certaine éthique. Alors avoir de bons produits locaux est important », rappelle Denis Chaud. « Les contraintes au niveau des normes nécessitent du matériel. Et il y a évidemment des frais de main-d’œuvre », ajoute Bernard Prévault. Mais attention, tous insistent bien : la solution n’est pas de baisser les prix, « il faut bien en vivre ».

La mauvaise visibilité du domaine n’arrange rien aux difficultés de la production française. Aucune reconnaissance n’existe pour ces métiers. « Il n’y a pas de statut pour nous en France, nous n’entrons dans aucune case, la chambre d’agriculture ne nous reconnaît pas », explique le cueilleur Mickaël Arnou. Associations et organismes de l’interprofession se battent pour cela. En premier lieu, il faut faire parler de la filière. Pour Bernard Prévault, « Il s’agit de mettre en avant nos atouts. Cela se joue sur le service : la régularité, le suivi des clients et la qualité des produits. » La qualité, un véritable credo. Les plantes de France, plus contrôlées, possèdent une très bonne image. 13 % des producteurs sont actuellement en agriculture biologique et le taux de conversion était de 25 % en 2010, soit bien plus que dans n’importe quelle branche de l’agriculture. Les cueilleurs, eux aussi, se confortent à des règles strictes grâce à des carnets de cueillette ou des certifications bio. La question reste de valoriser ces avantages au niveau des vendeurs puis des consommateurs. « Une valorisation est possible mais il faut encore proposer de quelle manière. Nous sommes en concertation avec différents organismes pour cela. Le ministère de l’Environnement est aussi intéressé », explique Mickaël Arnou. Bernard Prévault lance : « À nous de nous battre pour mettre en avant nos atouts. » Le défi est lancé.