• figuier de barbarie

Les plantes « succulentes » du désert

Les déserts sont des lieux extrêmes où les formes de vie sont rares mais aussi puissantes que sophistiquées pour pouvoir faire face à un environnement hostile. Aussi, certaines des plantes qui s'y développent - hoodia, agave, figuier de Barbarie, kalanchoé notamment - sont dignes du plus grand intérêt, tant écologique que médicinal. 


Les déserts sont des lieux de fantasme et de crainte. Peu importe le continent, ils suggèrent à notre imaginaire une magie, des mystères. Toutes les spiritualités du monde sont liées, à des degrés divers, à ces lieux de retraite, où vous pouvez ne croiser personne des jours durant, où votre esprit se retrouve.

C’est le sens initial du mot désert : là où il n’y a personne – usage conservé dans l’adjectif « désert ». D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle on parle aussi bien de déserts chauds que de déserts froids. Toutefois, nous n’imaginons plus que la forêt pût être autrefois un désert ; peut-être parce que nous craignons moins les animaux, et les considérons plus facilement comme nos semblables.

Aujourd’hui, parlons des déserts les plus « classiques » : les déserts chauds. Car, le réchauffement climatique nous menaçant chaque jour un peu plus, la lutte millénaire qui caractérise ces lieux en principe hostiles s’est durcie.

Non pas le combat qui se joue entre les hommes, mais celui qui oppose la vie à la mort, la végétation à l’absence de végétation. Les déserts sont aujourd’hui le champ de bataille écologique par excellence.

Or les plantes du désert, mises à l’épreuve aujourd’hui plus que jamais, sont un enseignement à elles seules, un parangon de résistance. Voilà pourquoi elles méritent toute notre attention, d’autant plus que leurs vertus sont loin d’être négligeables.

Aussi nous présentons ici quelques plantes dites succulentes, c’est-à-dire qui permettent de survivre dans le désert grâce à leur suc, et qui en retour, font que les déserts ne sont jamais tout à fait désolés.

Le hoodia, un coupe-faim menacé

Le hoodia, ou Hoodia gordonii, est un cactus poussant en Afrique du Sud, dans le désert du Kalahari. Il est traditionnellement utilisé par les Sans, ou Bochimans, une population qui vit dans la région depuis plus de 40 000 ans, pour supprimer la sensation de faim durant leurs grands voyages à travers le désert.

Les fruits de cette plante ne sont pas très plaisants à regarder, car ils ressemblent à de la viande pourrie, ce qui est probablement une stratégie de pollinisation s’effectuant par les mouches.

Mais cela n’a toutefois pas freiné l’appétit des Occidentaux pour le hoodia, car la simple évocation d’un coupe-faim naturel a suscité une ferveur excessive, entraînant non seulement un risque d’éradication de l’espèce, mais aussi de nombreuses fraudes.

Ainsi, il y a encore quelques années, on trouvait moins de 30% de hoodia dans les produits qui étaient supposés en contenir. Le chiffre serait passé à 60%. La menace écologique, pour sa part, est bien réelle, et au Canada, la vente de hoodia est depuis 2006 encadrée par un permis d’exportation spécial.

Les capacités réelles du hoodia restent à prouver sur les humains, bien qu’elles aient déjà été attestées sur les souris. S’il n’y a pas d’effet proprement amaigrissant de cette plante, il semblerait qu’elle agisse, par des glucosides stéroïdiens, sur les molécules appelées neuropeptides, qui contrôlent nos humeurs et nos besoins, comme le sommeil, l’éveil ou la faim.

Les Sans, ou Bushmen, qui cultivent aujourd’hui cette plante, n’ont guère profité de l’explosion de la demande, et ils restent un peuple opprimé, notamment par le Botswana, qui leur a récemment interdit l’accès à l’eau. Aussi est-il essentiel, si l’on achète du hoodia, de respecter des circuits de distribution éthique. D’ailleurs, au Canada, la vente par internet en a été interdite et saisie.

L’agave, la belle qui donne le tournis

Le mot « agave » vient du grec « agaue », qui signifie admirable. La variante la plus connue est l’agave américain, appelé aussi Maguey au Mexique. C’est une plante de la famille de l’asperge, qui n’a qu’une seule floraison ; mais celle-ci peut prendre plusieurs années, dépendant de la vigueur de l’individu, de la richesse du sol et du climat. Cette plante a été introduite en Europe dès le milieu du XVIe siècle et s’est répandue sur les bords de la Méditerranée.

La variété la plus connue est Agave tequilana, ou agave bleu, dont on tire la célèbre tequila et le mezcal. Les fleurs et les feuilles sont comestibles, surtout au printemps, car elles sont alors gorgées de sève. Les tiges florales servent à fabriquer des flûtes, et une fois torréfiées, elles permettent de fabriquer du sucre d’agave, plus sucrant que le miel et le saccharose, et riche en fructose.

Toutefois, ce point fait l’objet d’une controverse, puisque le fructose en trop grande quantité pourrait également mener à une résistance à l’insuline typique du diabète de type II. Il ne faut donc pas en abuser.

Les Indiens du Mexique ont également trouvé d’autres applications pratiques à l’agave : stylos, clous, aiguilles, haies sont fabriqués à partir de la plante. Les Navajos, pour leur part, autochtones de l’Arizona, en faisaient une pâte, qu’ils plongeaient dans la soupe.

Il faut se méfier de l’agave, du moins lorsqu’on la cultive, car il peut causer des dermatites, c’est-à-dire des irritations cutanées, que connaissent aussi bien ceux qui travaillent dans les plantations servant à la fabrication de la tequila que les jardiniers.

Toutefois, l’agave est un diurétique fermement ancré dans la tradition phytothérapeutique de l’Amérique centrale. Les racines et les tisanes à base de ces mêmes racines sont régulièrement utilisées pour traiter les problèmes articulaires, notamment en cas d’arthrose.

Mieux encore ! De récentes études ont découvert le potentiel prometteur de l’agave à tequila pour l’absorption de magnesium et de calcium, qui s’atténue avec l’âge chez l’homme. Ainsi cette plante pourrait-elle constituer un remède d’avenir contre l’ostéoporose, une maladie qui touche près de 200 millions de personnes dans le monde, et qui est responsable d’une fracture sur 5 chez les plus de 50 ans.

Un figuier emblématique

Le figuier de Barbarie est un cactus provenant originellement du Mexique. D’ailleurs, sur le drapeau, on le voit illustré avec un aigle en train de se poser sur lui. Il est donc partie intégrante du blason de ce pays.

La légende que ce blason illustre est celle de la fondation de Mexico (Tenochtitlan) par les Aztèques. À cette occasion, les dieux auraient commandé aux chamanes de bâtir la cité là où se poserait l’oiseau.

Transportée dans le vieux monde par Christophe Colomb, la plante s’est remarquablement bien adaptée, notamment sur les bords de la Méditerranée, et jusqu’en Afrique australe où elle a été considérée comme invasive.

Ses fruits, les figues de Barbarie, sont excellents pour la santé, très riches en vitamine C, et généreux en cuivre, magnésium et fer. On en tire également des colorants alimentaires naturels, ainsi que de la liqueur, le Ficodi sicilien.

Pour manger la figue de Barbarie, il faut en enlever la peau, recouverte de piquants acérés et de petite taille, ce qui ne la rend pas facile à consommer. Il existe toutefois plusieurs techniques pour ce faire, notamment avec une serviette. Si vous n’avez pas un tempérament aventureux ou ne disposez pas de figues de Barbarie fraîches, il est depuis peu possible d’en trouver sous forme de jus.

Récemment, des chercheurs en phytothérapie d’Afrique du Nord ont mis en valeur les vertus de l’huile de pépins de figuier de Barbarie, très riche en vitamine E, à raison d’un gramme par kilo. C’est également un antioxydant de premier choix.

Cette huile est aux trois quarts composée d’acides gras essentiels, qui hydratent, réparent et cicatrisent la peau en profondeur. Enfin, elle contient du stigmastérol delta-7, une molécule très recherchée pour ses vertus régénératrices du derme, notamment des fibroblastes, des cellules qui assurent la cohérence et la souplesse de la peau.

Aujourd’hui, l’huile de pépins de figue de Barbarie constitue une ressource de choix pour les pays du Sud. Cosmétique naturel et très prisé, il atteint des prix conséquents. Il est important, là aussi, de choisir un producteur respectueux tant de l’environnement que des populations.

Le kalanchoé, la favorite de Goethe

Le kalanchoé, malgré son nom à consonance vaguement grecque, n’a rien d’une plante de nos contrées. Son nom viendrait du brocoli chinois, le Kai-lan, auquel le kalanchoé asiatique ressemble. On le retrouve sous deux noms scientifiques : Bryophyllum calycinum, ou kalanchoe pinnata.

C’est en Europe une plante d’ornement, devenue invasive par endroits. Le kalanchoé peut supporter des températures extrêmes et se retrouve dans les déserts chauds, où il est parfois la seule espèce présente. Originaire de Madagascar, qui en compte 75 espèces, il compte pas moins de 155 variétés à travers le monde, réparties sur tous les continents hormis l’Antarctique.

Ce fut la plante favorite des anthroposophes et de Goethe, qui lui consacra un poème. Le nom vernaculaire qui lui est donné en anglais, « la mère de milliers [de rejetons] », n’est pas étranger à la symbolique de cette plante.

Dans la pharmacopée traditionnelle malgache, le kalanchoé est connu pour ses propriétés cicatrisantes, anti-inflammatoires et antiseptiques pour les plaies et les brûlures. Mais il est également tenu pour un remède de choix par bien d’autres traditions médicinales.

Ainsi la médecine anthroposophique le tient pour efficace contre la leishmaniose, une maladie fréquente dans les régions tropicales et désertiques, caractérisée par des ulcères cutanés très graves dus à un parasite résistant. Mais aussi contre des affections aussi diverses que l’hépatite et l’hypertension.

Des études plus récentes ont confirmé ces intuitions. Le kalanchoé est également antihistaminique, et donc antiallergique, ce qui le rend précieux dans nos contrées polluées tant par les pollens que par les particules issues des industries et du trafic automobile. Il est également antibiotique contre l’Escherichia coli et le staphylocoque doré.

Le kalanchoé a des vertus apaisantes, tient lieu de sédatif, d’analgésique et de relaxant musculaire. C’est aussi un antifongique et un insecticide remarquable. On lui prête enfin des propriétés anticancer.

Comme il s’adapte à peu près partout où il est bien exposé, il a eu du succès partout dans le monde, spécialement dans les pays tropicaux, où il s’est facilement intégré à la pharmacopée traditionnelle. Et le nombre de ses différentes applications est étonnant !

Ainsi, au Brésil, où son usage est le plus varié, il est un remède aussi bien employé contre l’arthrite que la bronchite, les boutons, les cors, la conjonctivite, la toux, les dermatites et les dermatoses, les otites, l’eczéma, l’érysipèle, la fièvre, le glaucome, les maux de tête, les piqûres d’insectes, les démangeaisons, les calculs rénaux, les rhumatismes et les rages de dents !

Un véritable couteau suisse, en somme, accessible sous nos latitudes sous forme de teinture mère essentiellement.  

Cette plante n’est pourtant pas à prendre à la légère, et l’on ne peut pas s’en nourrir, par exemple. Elle contient en effet deux types de substance toxique à haute dose, les bufadiénolides et les phénanthrènes, qui ont provoqué la mort de veaux auxquels on l’a donnée comme fourrage.

En outre, le kalanchoé n’est pas recommandé durant la grossesse, car il a la réputation de stimuler l’utérus. Il ne doit pas être pris trop régulièrement, seulement sous forme de cure, faute de quoi il affaiblira vos défenses immunitaires.

Il peut également donner trop de force à certains traitements médicamenteux tels que les barbituriques, les immunosuppresseurs, les glucosides cardiaques et les antidépresseurs. Les conseils d’un phytothérapeute sont donc à ne pas négliger.

Le désert, source de vie la plus résistante

Voilà un échantillon des possibilités que peut donner le désert, en termes de biodiversité. Oui, le désert est ambigu. Dangereux pour ceux qui ne le connaissent pas, croissant dans des proportions inouïes de nos jours parce qu’il menace toujours plus les terres arables, il est aussi la source de la vie la plus résistante.

C’est cette résistance que la biodiversité nous communique, et notre santé présente et à venir dépend directement d’elle, du nombre inimaginable de potentialités curatives dont elle est porteuse. Ne l’oublions pas. 

  

Vous pouvez trouver l’huile de pépins de figue de Barbarie ici.