• Ma belle herboristerie

Ma belle herboristerie

C’est une des plus anciennes herboristeries de France. Une institution située à proximité des jardins historiques du Palais-Royal, en plein cœur de Paris. Depuis quarante ans, Michel Pierre tient cette boutique qui fleure bon les plantes, toutes sortes de plantes d’ici et d’ailleurs, toutes sortes de conditionnements étiquetés avec le plus grand soin. Il vient d’être condamné en appel à deux amendes avec sursis ainsi qu’à payer les frais d’avocats (2 000 euros) de la partie adverse. En l’occurrence, l’Ordre national des pharmaciens qui, après avoir perdu en première instance, vient donc d’obtenir gain de cause.

Qu’est-il reproché à Michel Pierre ? Simplement de s’être prévalu du titre d’herboriste car, depuis la suppression du diplôme par le régime de Vichy le 11 septembre 1941, il est exclusivement réservé aux pharmaciens. Bien évidemment, à entendre ce genre de nouvelles, on fulmine. Toutefois, nous pouvons aussi y trouver de quoi nous réjouir. En effet, en prononçant une sentence finalement minime, le procureur a clairement pris position en faveur de l’herboriste. Y compris au cours de l’audience comme le relate le site Naturo-Passion : « Formellement, vous serez déclaré coupable, mais j’ai totalement conscience des limites de cette loi puisque l’on est dans une impasse totale. On peut aussi déplorer que le savoir-faire des herboristes, qui existent depuis des siècles, voire depuis toujours, et qui sont les ancêtres des pharmaciens, se perde… J’espère que les législateurs trouveront les moyens de régulariser les choses. »

Ainsi, l’ineptie de la réglementation qui encadre le commerce desdites médicinales apparaît de plus en plus au grand jour. Une réglementation inadaptée qui désorganise, entrave tout un secteur qui ne demande qu’à s’épanouir. Pire, le cadre légal soutient ceux qui ont, pendant des années, préféré vanter les mérites des médicaments chimiques – c’est-à-dire les pharmaciens. Et bride, voire sabote le travail de ceux qui œuvrent à valoriser, sauvegarder tout un pan d’une médecine naturelle faisant de plus en plus d’adeptes. Ne nous leurrons pas : si l’Ordre des pharmaciens est aussi prompt à régler ses comptes tous azimuts – l’herboristerie du Palais-Royal n’est pas la seule à subir ses foudres – ce n’est pas qu’il est à cheval sur les règles, c’est bien qu’il ne veut pas laisser échapper un business prometteur ! L’année dernière, la vente des médicaments allopathiques a subi un recul historique de 2,3 %. La phytothérapie, elle, a le vent en poupe.

Pour autant, faut-il penser que seule une nouvelle loi viendra régler tous ces problèmes ? Ce n’est pas sûr. Mieux vaudrait s’interroger sur la place que nous souhaitons donner à la phytothérapie dans notre système de santé. Des lieux comme l’Herboristerie du Palais-Royal font chaque jour la preuve de l’utilité de cette médecine. Et si on s’en donnait un tout petit peu les moyens de telles herboristeries ne feraient plus figure d’exception très longtemps. l