• Elixirs floraux : la paresse

Oui à la paresse !

L’automne incite à rentrer dans sa coquille. Fatigue ou flemmardise ? S’abandonner à la paresse a tendance à nous culpabiliser. Mais cela peut aussi témoigner d’un besoin de lâcher prise. L’oisiveté est alors un bon moyen de se ressourcer physiquement et intellectuellement, à condition de ne pas s’y complaire.

Répugnance au travail, à l’effort ; goût pour l’inaction, manque d’énergie dans l’action. La définition du dictionnaire n’est pas très flatteuse. Dans notre culture judéo-chrétienne, où elle figure parmi les sept péchés capitaux, la paresse est perçue comme un laisser-aller entaché de honte et de culpabilité. Il n’en faut pas plus aux rebelles pour l’ériger en attitude subversive ! Qui n’a pas un brin de sympathie pour le personnage incarné par Philippe Noiret, dans « Alexandre le bienheureux » ? Dans notre société rompue à l’hyperactivité, on préfère dire « buller ». La flemmardise devient cocon, refuge, isolement… Ce lâcher-prise revêt un caractère réparateur plus acceptable. Car fuir temporairement ses obligations permet souvent de reprendre ses activités de façon plus efficace et créative.

S’abstenir d’agir est presque un effort tant cela va parfois à contre-courant de nos automatismes ! Les élixirs floraux peuvent alors fournir un bon coup de pouce en incitant à se confronter à nos excès. Ainsi, celui d’eau de roche aide à polir les rigidités dans lesquelles on s’enferme en cas de surmenage ou simplement par préjugé.

S’autoriser l’inaction

Il permet de se révéler plus souple et ainsi, d’expérimenter le bonheur de se laisser vivre. Paradoxalement, s’autoriser à paresser donne la sensation de pouvoir contrôler sa vie. Les perfectionnistes peuvent en prendre conscience grâce à l’élixir de lotus qui invite à l’épanouissement spirituel. Ne vaut-il pas mieux se pardonner d’être négligent au lieu de persévérer en luttant contre la fatigue ? L’élixir de pissenlit, qui facilite la relaxation quand les tensions musculaires et mentales usent le corps, nous enseigne qu’il faut savoir dire stop. On se prélasse volontiers en vacances et on oublie le reste du temps combien cette inactivité permet de recharger ses batteries ! Certains en sont incapables car ils ont besoin de s’agiter pour se sentir exister, ils « brassent du vent ». L’élixir de pétunia peut les aider à déconnecter. Au fond, il faut être plus tendre avec soi et dépasser l’idée de s’abandonner à « la mère de tous les vices ». Pour Nietzsche, la paresse est plutôt « la mère de toute psychologie » ! Associons donc l’élixir de pin ou d’hysope pour éviter le sentiment de culpabilité.

Car, contrairement à ce que l’on pense, paresser ne signifie pas ne rien faire. Ce rien n’est pas un temps vide ! Il encourage à explorer son monde intérieur. Ce face-à-face avec soi-même peut être insupportable pour les personnes hyperactives pour qui profiter de la vie signifie multiplier les expériences en se laissant tenter par d’innombrables stimulations extérieures.


Se confronter à soi-même

Avec l’élixir de coquelicot de Californie, ces insatiables curieux arrivent à se mettre davantage à l’écoute d’eux-mêmes et à supporter une certaine langueur. Un peu de fainéantise stimule la rêverie et permet de laisser libre cours à sa créativité. Mais pour qu’il apporte une réelle plénitude, ce vagabondage de l’esprit ne doit pas être sclérosé par les soucis. Les victimes de ruminations incessantes disposent de l’élixir de marronnier blanc pour ne pas miner cette léthargie par les cogitations. La clairvoyance et la sérénité émergent souvent de ces temps de nonchalance où le mental se ressource sans buts précis. Hélas, certains « hyper-intellectuels » ne supportent pas l’idée de n’être qu’un corps avachi car cela dégrade l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Ils en arrivent à négliger les signes physiques du surmenage. L’élixir de capucine sera alors efficace pour les reconnecter à leur corps et leur faire ressentir qu’une douce torpeur est à même de les revitaliser intégralement.

Savoir émerger

Oui, la paresse est salutaire. Mais il ne faut pas en devenir esclave. Lorsqu’elle est récurrente, elle peut masquer une dépression ou du moins, une déprime, une tendance à l’ennui. Pour sortir de sa bulle en ayant l’esprit vif, on peut recourir à l’élixir de menthe poivrée, habituellement indiqué à ces fainéants dont on dit qu’ils ont « zéro de tension » ! Il ne faut pas non plus confondre paresse et procrastination, cette tendance à tout reporter au lendemain. Cette dernière peut d’ailleurs se manifester par un certain flegme comme par une activité intense, du moment qu’elle permet de fuir ses obligations ! L’élixir de cayenne permet de ne plus tourner sans cesse autour du pot. Il accroît la volonté pour sortir de ce sentiment d’impuissance qui favorise l’anxiété. La procrastination vient aussi du fait qu’on ne peut agir que par plaisir. Cela confine certains à l’indécision permanente et ils s’occupent en lisant les journaux ou en regardant la télévision alors qu’une bonne paresse pourrait les inciter à prendre un thé en rêvassant. On leur recommandera alors l’élixir de tanaisie. Lorsqu’elle reste contemplative et passagère, l’oisiveté s’inscrit dans un cycle naturel de repos et d’activité. C’est alors une passivité saine qui peut même combler un sommeil pas assez récupérateur.

Agnès Rogelet, avec Élisabeth Busser, conseillère en élixirs floraux