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Passiflore : l'anxiolitique des jésuites

Nommée ainsi par les missionaires jésuites du fait se son apparence christique, l’apaisante passiflore possède d'indéniables vertus hypnotiques, anxiolitiques et légèrement sédatives. Contre l'anxieté elle a montré des effets supérieurs à un anxiolitique de synthèse.  


 

Que l’on aime ou pas la chanson grivoise, on peut dire que, grâce à Francky Vincent, toute la France connaît le fruit de la passion.

Ce dernier est issu de la passiflore (fleur de la passion, en latin), et a pour nom véritable la grenadille, car il ressemble à une petite grenade, plante connue depuis beaucoup plus longtemps sur le Vieux Continent.

Francky Vincent n’a rien inventé, puisque Paul Valéry, en 1922, comparait déjà le sexe des femmes aux grenades, dans un poème éponyme. Entre grenade et grenadille, l’idée reste la même…

Et pourtant, la fleur de la passion n’a rien d’aphrodisiaque ! La passiflore (Passiflora incarnata) est surtout reconnue comme une alliée précieuse contre l’anxiété et les troubles du sommeil. Et certaines études récentes montrent qu’elle peut même jouer un rôle positif dans le sevrage des addictions.

 

Les Roméo & Juliette d’Amazonie

Le nom de fruit de la passion, attribué à la grenadille, provient d’une légende des Guarani, un peuple d’Amazonie.

La légende raconte l’amour tragique entre la fille d’un capitaine espagnol, surnommée Mburucujá par les Guarani, et un jeune chef guarani.

 

La passiflore est le remède naturel le plus populaire aux Etats-Unis

Quand il apprit la passion qu’entretenaient les jeunes amants, le capitaine ne put la supporter et tua le chef. La jeune femme, ne pouvant vivre sans lui, se transperça d’une flèche. Ils furent enterrés ensemble et, toujours selon la légende, une passiflore aurait poussé sur leur tombe

Ainsi, dans de nombreuses langues, on nomme la plante aussi bien que le fruit « maracuja », en mémoire du couple « hérétique ».

Toutefois, si cette légende nous transporte à l’époque de la conquête espagnole des Amériques, la plante était déjà connue dans toute l’Amérique précolombienne, et ce depuis des temps immémoriaux. Moctezuma II, le roi des Aztèques, en comptait dans son jardin. Et ce sont ces mêmes Aztèques qui enseignèrent les pouvoirs de cette plante aux Jésuites, qui comparèrent ses pouvoirs curatifs au salut chrétien.

La légende guarani laissa alors sa place au symbolisme chrétien, et la forme de la fleur fut interprétée comme un rappel de la passion christique : la coronelle de la fleur symboliserait la couronne d’épines, les trois cicatrices seraient les clous, les bractées la Trinité, les feuilles trilobées la lance, les vrilles de la fleur seraient les fouets de la flagellation, et la couleur blanche des fleurs rappellerait l’innocence du Sauveur.

C’est pour cette raison que les Européens s’intéressèrent à la plante, et pour la beauté de sa fleur qu’ils la ramenèrent en Europe dès le XVIIe siècle.

Hélas, entre-temps, la connaissance de ses vertus thérapeutiques se perdit, et on cultiva la passiflore en Europe à des fins principalement ornementales. Toutefois, du temps de la Louisiane française, on écrasait sa racine dans l’eau pour en faire une boisson tonique. La continuité de cet usage a contribué à la réhabiliter en tant que plante médicinale.

En 1783, la grenadille fut attestée comme remède contre l'épilepsie, car elle permet de diminuer la fréquence et l’intensité des crises. Au XIXe siècle, on lui reconnut à nouveau des vertus apaisantes et sédatives, mais il fallut attendre l’entre-deux-guerres pour qu’elle soit reconnue comme plante médicinale en France et aux États-Unis. Elle demeure encore aujourd’hui le remède naturel le plus populaire outre-Atlantique.

 

Passiflore : un anxiolitique naturel de référence

La fleur du fruit de la passion est sédative et hypnotique. La bêta-carboline qu’elle contient s’attache aux récepteurs de la sérotonine, tandis que le maltol et ses dérivés agissent sur le système nerveux comme sédatifs et anti-convulsants.

La tige et les racines renferment des flavonoïdes, pigments des plantes et antioxydants naturels qui préviennent les risques de cancer (apigénine, lutéol, acides-phénols, phytostérols et coumarines). Son effet anxiolytique semble toutefois dû à la benzoflavone.

Plante maîtresse du stress, la passiflore sert de remède pour traiter le large spectre des plaintes psychosomatiques, notamment cardiaques : palpitations, extrasystoles…

Elle permet de lutter contre l’hypertension digestive ou due au stress, contre les spasmes, les troubles fonctionnels et musculaires tels que les contractures. Dans la pharmacopée française, elle est associée avec l’aubépine, la mélisse et la valériane.

La grenadille est révérée pour sa polyvalence, c’est-à-dire la synergie de toutes les molécules qui la composent et qui renforcent les mécanismes internes d’adaptation au stress. En 2002, une étude sur un traitement à base de grenadille obtient en 21 jours la même action anxiolytique que l’oxazépam, une molécule largement utilisée par l’industrie pharmaceutique.

Le professeur Renon et le docteur Leclerc ont préconisé la passiflore dans la lutte contre l’insomnie lorsque celle-ci est due à une intoxication alcoolique, à la ménopause, à la neurasthénie et à chaque fois que l’excitation cérébrale fait obstacle au sommeil. 

La passiflore diminue l’angoisse qui s’oppose au repos, calme les soucieux et les surmenés. Le sommeil qu’elle provoque est normal et n’est jamais suivi de dépression nerveuse réactionnelle, son usage n’entraîne pas d’accoutumance.

L’ESCOP, l’association phytothérapeutique européenne, la recommande en cas de fragilité nerveuse, d’irritabilité et bien sûr, d’insomnie.

Toutefois, il est nécessaire de prendre garde : des doses exagérées peuvent déclencher de la somnolence, voire provoquer des troubles de la conscience. Je ne peux que vous conseiller de vous adresser à un professionnel de santé si vous souhaitez en prendre des doses importantes.

Pour ma part, quand la parution de ma prochaine lettre approche et que j’ai du mal à dormir, j’utilise la suspension intégrale de plante fraîche de passiflore, qui permet à l’usage de conserver la polyvalence de ses composants.

 

Contre les addictions

Comme l’Amazonie dont elle provient, la passiflore n’a pas encore livré tous ses secrets.

Des expériences intéressantes ont été réalisées en administrant de la passiflore à des patients pendant leurs premiers jours de cure de désintoxication à l’alcool, à l’héroïne et d’autres drogues. Grâce à cette plante, le syndrome d’abstinence et le manque sont mieux tolérés et ont moins de répercussions physiques sur l’organisme.

L’action sédative de la passiflore permet à l’alcoolique ou au toxicomane de mieux lutter contre le désir de consommer et de surmonter l’anxiété que cela engendre. Dans ce contexte, il vaut mieux l’administrer sous contrôle médical.

On lui prête également des vertus anti-inflammatoires. Diurétique, elle soigne aussi les infections de la peau, l’eczéma et calme la nausée. On la met également à profit en cas de maux de tête et de douleurs menstruelles. Ses effets antispasmodiques sont également utiles pour lutter contre l’asthme et la toux.

 

Un fruit passionnant

Le fruit de la passion est un excellent aliment. Très riche en fibres solubles, pectine et mucilages, c’est un laxatif très efficace. Cent grammes de fruit donneront 42% des apports journaliers recommandés (AJR) en fibres.

En outre, la grenadille contient du calcium, du phosphore, du magnésium, du sodium, du potassium, du zinc, ainsi que des vitamines A, E et B (dont B6, bonne pour les cheveux), et des folates. Le fer qu’elle prodigue, dont le taux est particulièrement élevé pour un fruit (11% des AJR), est très vite assimilé grâce à la forte teneur en vitamine C (38% des AJR).

L’arôme de fruit de la passion est très couramment utilisé dans les sucreries et les glaces. Ainsi, rares sont les personnes qui n’ont aucune idée du goût de la grenadille. Toutefois, cela peut amener à s’en faire une fausse idée, puisque la plupart du temps, nous n’avons accès qu’au succédané du goût originel. Or celui de la grenadille vaut le détour… Maintenant que vous connaissez ses vertus, vous n’avez pas d’excuse pour refuser d’y goûter !

 

Morphée en deux temps trois recettes

Pour profiter des bienfaits de la grenadille, voici quelques recettes :

  • Pour vous concocter une infusion, laissez infuser une cuillerée (2 g) de fleurs séchées dans 15 cl d’eau chaude, ou 20 à 30 g dans 1 litre d’eau. Prenez une tasse 2 fois par jour et une troisième tasse 30 minutes avant d’aller vous coucher. Cette infusion agit comme calmant et lutte contre l’insomnie.

    Dans les mêmes proportions, l’infusion des fleurs fraîches est émétique, c’est-à-dire qu’elle provoque des vomissements, tandis que celle de racine est diurétique, ce qui permet d’évacuer les toxines.


     
  • Vous pouvez également en fabriquer une teinture en mettant à macérer 200 g de fleurs sèches et contuses dans un litre d’alcool à 60°. Fermez le flacon et laissez 20 jours en contact en agitant de temps en temps, puis filtrez. Prendre 40 à 50 gouttes de la teinture le soir avant le coucher vous aidera à dormir.

Aussi, vous pouvez sans crainte vous prendre de passion pour cette plante des pays chauds, car elle vous permettra, sans trop vous retourner dans vos draps, d’hiberner en paix et d’être d’attaque pour le printemps !

 

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