• Phytothérapie : le kudzu

Plantes et médicaments : la mésalliance ?

Les associations plantes-médicaments font parfois des cocktails détonnants. Voici comment et pourquoi il faut être prudent quand on les mélange.

Faut-il avoir peur de prendre du mélilot lorsqu’on est cardiaque ? Une tisane d’eucalyptus modifie-t-elle le taux de glycémie ? Il faut le savoir, les associations plantes et médicaments sont loin d’être anodines. Et les deux approches ne sont pas toujours faciles à combiner. Selon les doses, ils peuvent avoir des conséquences non souhaitées sur la santé, mais la quantité n’est pas seule responsable.

Les médecins préfèrent éloigner ces risques en décourageant leurs patients d’avoir recours aux plantes. Ils ont aussi une autre bonne raison de ne pas être à l’aise : les références documentées traitant de ces questions sont quasiment inexistantes. Heureusement, l’expérience des naturopathes et des herboristes est riche d’enseignements. C’est pourquoi nous avons souhaité faire le point sur les contre-indications, précautions, voire effets secondaires connus à ce jour. Mais, au-delà de ces conseils, il nous semble important de ne pas perdre de vue ses priorités en matière de choix de santé. Ainsi, on présente souvent les plantes comme responsables d’interférences ; or les seules interactions médicamenteuses entraînent 8 000 décès par an selon le ministère de la Santé. Les plantes sont beaucoup moins nocives car elles relèvent naturellement du précepte d’Hippocrate : « d’abord ne pas nuire ».

Dix plantes « sensibles »

Parmi les plantes les plus utilisées voici celles qui ont été associées à des interactions médicamenteuses significatives. Si vous êtes sous traitement, mieux vaut prendre des précautions : 

  • ail (Allium sativum) ; aloès (Aloe vera) ; dong quai (Angelica sinensis) ; ginkgo (Ginkgo biloba) ; ginseng (Panax ginseng) ; éleuthérocoque (Eleutherococcus senticosus) ; kava (Piper methysticum) ; millepertuis (Hypericum perforatum) ; onagre (Œnothera biennis) ; réglisse (Glycyrrhiza glabra).

 

Chahut sur le système cardiovasculaire

On connaît assez bien les plantes qui peuvent perturber l’action des médicaments anticoagulants. Le mélilot ou l’aspérule, par exemple, peuvent interagir avec une molécule comme la warfarine que l’on retrouve dans nombre de médicaments destinés à fluidifier le sang. Ils amplifient l’effet de celle-ci. À l’inverse, d’autres plantes ont un effet inhibiteur de la warfarine : c’est le cas de la racine de l’angélique de Chine (dong quai), de l’huile de bourrache, de l’huile d’onagre, de la reine-des-prés, du ginkgo, de l’ail.

Certaines plantes peuvent avoir un effet inhibiteur sur l’agrégation plaquettaire. Bien sûr, les plantes citées ci-dessus sont concernées mais il faut aussi mentionner la myrtille, le gingembre, le ginseng, le reishi et le curcuma.

Enfin, de nombreuses plantes abaissent ou élèvent la tension artérielle de façon sensible. Parmi celles qui abaissent la tension, on trouve au premier rang l’ail et l’aubépine mais aussi la feuille d’olivier. Naturellement, elles seront en opposition avec des médicaments qui chercheront à avoir un effet hypertenseur. La réglisse, le maté, le ginseng ou la yohimbe ont l’effet inverse.

Pour ceux qui sont traités pour le cholestérol, méfiez-vous de la levure de riz rouge. Ce produit, issu d’un champignon microscopique élevé sur le riz, est un excellent hypocholestérolémiant. Sa prise régulière fait nettement baisser les taux de LDL et de triglycérides. Mais ses effets s’ajoutent à ceux des médicaments abaissant le taux de cholestérol, ainsi qu’à ceux des médicaments anticoagulants. On soupçonne aussi la levure de riz rouge d’amplifier les effets d’autres médicaments susceptibles de provoquer une myopathie : ketoconale (antifongique), ciclosporine (immunodépresseur), fibrates et gemfibrozil (hypolipidémiants), néfazodone (antidépresseur) et les inhibiteurs de protéase (utilisés dans le cadre des multithérapies anti-VIH). 

 

Interactions nerveuses…

Les médicaments antidépresseurs font partie d’une médecine moléculaire très pointue et complexe. Lorsque des plantes auront des interférences avec ces médicaments qui sont puissants, ce ne sera pas anodin. A contrario, il existe aussi des plantes puissantes pouvant s’opposer à ces médicaments, dans le cadre de la dépression notamment. C’est le cas du millepertuis. Cette fleur agit sur la gestion de la sérotonine dans l’organisme, or « l’hormone rose » empêche un certain type d’antidépresseurs d’agir, notamment ceux qu’on appelle les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS). Donc il faut choisir : ou bien on prend un médicament IRS auquel cas on ne prend pas de millepertuis, ou on fait le choix du millepertuis mais indépendamment d’une médication de ce type. Une personne médicalement suivie en discutera avec son médecin, son psychiatre ou son psychologue. De même, on soupçonne aussi la valériane et la passiflore d’avoir des actions un peu similaires bien que moins puissantes sur les produits intervenant sur l’humeur, y compris les benzodiazépines.

Enfin, le kava, puissant décontractant du système nerveux (très en vogue bien qu’interdit en Europe car il serait toxique pour le foie) doit faire l’objet d’une grande attention : il interfère avec tous les médicaments qui agissent sur le système nerveux central, notamment les antidépresseurs et les neuroleptiques… Quant au cannabis, utilisé parfois sous le manteau, il faut savoir que c’est aussi un perturbateur pour tous ces médicaments… 

Glycémie et diabète : prudence !

Les plantes ayant des vertus hypoglycémiantes sont nombreuses. Leurs modes d’action sont souvent très complexes avec des effets soit régulateurs soit modérateurs du sucre dans le sang. Il faut bien évidemment prendre la plus grande précaution pour associer un médicament antiglycémique à une plante présentant une action de ce type. Il peut en effet y avoir aussi bien des effets combinés positifs (susceptibles d’entraîner un surdosage) que négatifs (l’action du médicament est contrariée). L’aigre­moine, la racine de bardane, les feuilles de myrtille, les feuilles de damiana, l’éleuthérocoque, l’eucalyptus, mais aussi le galéga, le haricot, la feuille d’olivier… toutes ces plantes peuvent en infusion modérer ou réguler la glycémie. Mais, en cas de prise de médicaments hypoglycémiants, mieux vaut éviter ces associations.

Citons aussi le cas particulier de l’aloès (Aloe vera), un produit aujourd’hui extrêmement banalisé et pourtant susceptible de provoquer des interactions cliniquement significatives. La médecine ayurvédique nous a enseigné que l’aloès avait d’excellentes propriétés hypoglycémiantes ou antidiabétiques, propriétés qui ont été validées par plusieurs études cliniques. C’est ici que la plus grande prudence s’impose car il est avéré que l’effet du gel d’aloès s’ajoute à celui du glyburide (Diabeta), un médicament antidiabétique, et cet effet pourrait aussi s’additionner à celui des médicaments dont l’action est hypoglycémiante. Par ailleurs, son principe actif, l’alloïne, s’ajoute aussi aux effets des médicaments laxatifs. 

Les traitements hormonaux en question...

Le système hormonal est un système d’équilibre et par essence fragile. Certaines plantes favorisent naturellement le retour à l’équilibre hormonal comme la sauge ou l’armoise (pour le cycle féminin). En tout cas, on ne peut pas soumettre au système hormonal, qui par définition est un système d’informations, des stimuli opposés. Il ne sait pas gérer ces contradictions. C’est pourquoi, soit on suit un traitement hormonal allopathique et on s’y tient, auquel cas on évitera toutes les plantes qui peuvent présenter des actions sur la médication proposée par le médecin, soit on fait appel à une complémentation de produits naturels pour remédier à un déséquilibre.

On ne peut combiner médicaments et plantes ! Au niveau des hormones thyroïdiennes par exemple, il n’existe pas de plantes qui contiennent de la tri-iodothyronine (T3) ou de la thyroxine (T4) mais en revanche on peut trouver des plantes qui stimulent l’activité de la thyroïde, notamment celles qui contiennent de l’iode, à savoir des algues de mer, comme le fucus. 

Au contraire, l’argile a un effet modérateur. Elle se prend par voie interne à petites doses. Mais si vous optez pour ce traitement, pas question de prendre le médicament bien connu qui s’appelle le Lévo­thyrox.

Les hormones féminines, les œstrogènes et la progestérone soulèvent également le même problème. Dans la famille des œstrogènes, on trouve des plantes qui peuvent aider le système à mieux comprendre ses équilibres notamment la sauge, l’armoise ou l’achillée, ou alors des plantes qui vont elles-mêmes apporter des molécules ressemblant à des œstrogènes, des phyto-œstrogènes : le kudzu, le houblon, le trèfle, le soja, l’alfalfa…. Côté progestérone, le gattilier, l’alchémille, la verveine officinale ou la mélisse apportent de la même façon de la progestérone-like. Il est important de le savoir lorsque l’on prend un traitement hormonal de substitution. Une femme prévenue en vaut deux ! 

Effets secondaires : un herboriste regarde les plantes en face

Tout herboriste sérieux le sait, l’emploi de plantes pour se soigner n’est jamais bénin, voici pourquoi :

  • Les plantes peuvent engendrer des phénomènes d’allergies. C’est le cas des salicacées en raison de leur teneur en salicylates (principe actif proche de celui de l’aspirine) : peuplier, bouleau, reine-des-prés, saule blanc. Dans la mesure où l’on y est allergique, il faut être prudent avec ces plantes. Et ne pas en consommer en même temps que l’aspirine…
  • Les plantes peuvent engendrer des phénomènes de photosensibilisation. Appliquées sur la peau, les huiles essentielles extraites des agrumes peuvent entraîner un effet bronzant trop fort et par conséquent des brûlures. C’est aussi l’inconvénient du millepertuis : l’hypéricine qu’il contient photo-sensibilise la peau. Il faut cependant en absorber une quantité non négligeable et faire des expositions soutenues au soleil pour avoir une réaction forte !
     
  • Les plantes peuvent entraîner des phénomènes d’irritations locales. Beaucoup ont des sucs agressifs. On n’applique donc pas une plante sur la peau, qui est un organe fragile, si on ne la connaît pas bien. Attention aux accidents, par exemple ne confondez pas la berce de chez nous, avec la berce du Caucase, qui peut entraîner des brûlures…
  • Les plantes peuvent provoquer un phénomène inflammatoire. L’harpagophytum, bien qu’il présente des contre-indications beaucoup plus réduites que les  anti-inflammatoires médicamenteux, n’en est pas moins contre-indiqué chez les sujets hypersensibles.

 

Des aliments qui ne passent pas...

  • Un anticholestérol trop parfait…

Le pamplemousse est remarquable quand on a trop de cholestérol. Plusieurs études l’ont démontré. Celle menée par la chercheuse israélienne Shela Gorinstein est très claire : les patients qui avaient consommé un pamplemousse rouge par jour ont vu leur taux de cholestérol total chuter de 15,5 % et de 7,6 % avec le pamplemousse blanc. Du coup, un tel remède naturel s’associe mal avec la chimie allopathique. De fait, le jus de pamplemousse augmente de façon importante l’absorption des médicaments anticholestérol dans l’organisme. C’est le cas avec la simvastatine et, dans une moindre mesure, l’atorvastatine. Un jus de pamplemousse pris en même temps que la simvastatine peut multiplier par 15 l’absorption du médicament et provoquer des atteintes musculaires graves. Il est donc conseillé d’éviter de prendre un jus de pamplemousse dans les deux heures qui précèdent la prise. Ou d’opter pour le régime pamplemousse, sans médicament

Quand la plante est l’antidote au médicament

Contre les migraines, les problèmes respiratoires ou contre les douleurs, il existe aujourd’hui quelques médicaments à base de caféine ou en contenant significativement. Si ce médicament « passe mal » parce que vous ne supportez pas la caféine, ou si vous l’avez surdosé, sachez qu’il existe un très bon antidote naturel : le kudzu. Un excès de café ou d’un médicament contenant de la caféine, par exemple Claradol Caféine, sera parfaitement contré par la prise de gélules de kudzu ou d’une cuiller à café de fécule de kudzu. Détente et soulagement assuré ! Comme quoi les plantes ne sont pas uniquement synonymes d’interactions négatives…

Même le meilleur demande parfois un peu de prudence : le thé vert, par exemple, doit être consommé avec une grande modération en présence d’anticoagulants, de warfarine, d’aspirine, de barbituriques, de benzodiazépines et de stimulants du système nerveux. Quant à la réglisse, sous forme de bonbon ou de boisson anisée, les hypertendus – sous médication ou non – doivent s’abstenir !