• Herboristes : signez la pétition

Pour le renouveau du métier d'herboriste, signez la pétition

Le diplôme d’herboriste a été supprimé le 11 septembre 1941 par le Gouvernement de Vichy. Il n’a pas été recréé depuis, mais les herboristes peuvent, grâce à l’ordonnance n° 45-1976 du 1er septembre 1945, continuer à exercer leur profession jusqu’à leur mort. Ils ne sont plus très nombreux aujourd’hui et la profession d’herboriste va disparaître. Nous demandons aux différents ministères concernés par ce problème d'agir pour créer les conditions d'un nouvel exercice du métier d'herboriste.

 

En juillet 2011, le sénateur Jean-Luc Fichet déposait une proposition de loi « visant à créer un diplôme et organiser la profession d’herboriste ». « Enfin ! » se réjouirent de nombreux spécialistes qui, à leur manière et sans titre officiel, connaissent, transmettent et pratiquent l’art de se soigner par les plantes depuis des années. Mais depuis, le dossier n'a pas avancé d'un pouce.

Plantes & Santé lance une pétition pour faire enfin avancer les choses.
 

Signez-la sur change.org en cliquant ici

La pratique de l’herboristerie ne s’est pas arrêtée le 11 septembre 1941, date à laquelle le diplôme fut supprimé. Mais rappelons qu’au niveau légal, elle n’a droit de cité qu’au sein des officines. En d’autres termes, seuls les pharmaciens sont habilités à vendre toutes les plantes de la pharmacopée, et surtout, à prodiguer des conseils. Mais la réglementation a ceci d’ubuesque que ceux qui font le choix de ne vendre que des plantes, et aucun médicament de synthèse, n’ont pas le droit de s’inscrire à l’ordre des pharmaciens et se retrouvent donc dans l’illégalité. C’est le cas de Jean-Pierre Raveneau qui tient l’Herboristerie de la place Clichy, à Paris. Il y vend des centaines d’espèces de plantes médicinales, et s’est habitué à la répression : « En mars dernier, les douanes ont saisi 900 produits, confie ce docteur en pharmacie qui ironise, c’est comme si nous vendions de la drogue. »

148 plantes en vente libre

Parallèlement, de nombreux magasins bio, diététiques ou de bien-être proposent des plantes médicinales, même s’ils n’ont pas le droit de conseiller leurs clients. Depuis 2008, un décret a dressé une liste de 148 espèces qui peuvent être vendues par tout commerce à condition de ne pas comporter d’indications thérapeutiques. Nous le savons bien, certaines des personnes qui tiennent ces enseignes possèdent un grand savoir, par expérience ou bien pour avoir suivi des formations pointues. De nombreux organismes, comme l’École des plantes, l’Association pour le renouveau de l’herboristerie à Paris, ou l’École lyonnaise des plantes médicinales, entre autres, dispensent des enseignements d’excellent niveau mais sans reconnaissance de l’Université. » À Lyon, la formation de trois ans conduit à un « certificat d’herbaliste », faute de pouvoir délivrer un diplôme d’herboriste !

Ce n’est pas tout ! Car l’e-commerce est loin d’être absent de ce marché florissant. Et tout le monde en convient : l’offre se développe de manière anarchique sur l’internet, avec des abus au niveau de la qualité et des prix. Dans ce contexte, il faut obtenir un meilleur contrôle de la filière : les futurs professionnels auraient pour rôle de labelliser les plantes médicinales. « On aurait plus de garanties sur le mode de culture et la provenance », convient Audrey Baransky, naturopathe à Paris.

Du côté des pharmaciens, la position a le mérite d’être claire : leurs représentants ne cessent d’affirmer qu’ils sont opposés à ce que l’herboristerie soit légalisée en dehors de leurs officines. « Aujour­d’hui, les pharmaciens sont compétents et mettent de plus en plus en avant les plantes, même si ce n’est pas en vrac », estime Christophe Koperski, pharmacien dans l’Oise et membre de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (SFPF).
« Ce n’est pas un sujet primordial aujourd’hui », lâche brutalement Jean-Luc Audhoui, pharmacien et président de la commission communication à la SFPF.  Or les 22 000 officines de l’Hexagone ne sont pas autant d’herboristeries, loin de là ! Pourtant, beaucoup de pharmaciens que j’ai auditionnés reconnaissent que l’enseignement de l’herboristerie est proche de zéro dans leur formation et qu’ils doivent se tourner vers des écoles de plantes.

Mais ceux qui souhaitent depuis longtemps la reconnaissance de ce métier ne souhaitent pas que l'ANSM joue le rôle d’organisme de contrôle des herboristes. Il va sans dire que cette agence de sécurité des médicaments n’a pas bonne presse auprès des défenseurs de la santé naturelle. Pour Patrice de Bonneval, pharmacien herboriste à Lyon et enseignant en phytothérapie, le champ d’expertise de l’ANSM est trop éloigné de l’herboristerie : « La plante n’est pas un médicament, mais un moyen de rester en bonne santé », indique-t-il.

Nouveau monopole

Il n'est peut-être pas nécessaire que seuls les herboristes puissent vendre les 148 plantes médicinales actuellement en vente libre. « Je vois en cela un retour en arrière qui donne l’exclusivité aux seuls herboristes », déclare Thierry Folliard, naturopathe travaillant dans une grande herboristerie à Paris. Thierry Thévenin, secrétaire général du Syndicat des simples, pressent même une source de conflits entre les nouveaux herboristes et les producteurs de plantes médicinales, qui pourront heureusement toujours continuer à vendre leur production. De nombreuses voix s’élèvent aussi pour que l’herboriste puisse vendre toutes les plantes de la pharmacopée, à l’instar des pharmaciens. Faute de quoi, Patrice de Bonneval estime que l’on aboutirait à des herboristeries « sous-développées ».

Nouveau monopole

Les herboristes existent au-delà de nos frontières. Le Royaume-Uni, la Suisse, la Belgique et l’Allemagne offrent des formations diplômantes en herboristerie. Le métier d’herboriste y existe et il y est encadré.

Le rétablissement du métier d'herboriste en France permettrait de :

- Créer une nouvelle profession et de nouveaux emplois
- Améliorer la protection des consommateurs
- Favoriser la qualité, la transparence et le respect des ressources
- Rendre plus dynamique la filière agricole des plantes
- Conserver notre patrimoine culturel commun que sont les plantes

Nous demandons donc aux trois Ministres concernés par cette pétition (Santé, Education, Consommation) de réviser le cadre législatif actuel qui interdit la vente de plantes médicinales hors du circuit des pharmacies et de rétablir dans le cursus universitaire une formation officielle au métier d'herboriste.

Soutenez notre demande en signant la pétition : Pour la revalorisation du métier d'herboriste

On a tout à y gagner

Le Dr Jean-Michel Morel est médecin phytothérapeute à Besançon depuis 1980. Il se consacre aussi à la vulgarisation du savoir en tant qu’enseignant, auteur de nombreux ouvrages* et articles scientifiques sur les plantes.

 

P. & S. Que pensez-vous du retour des herboristes ?

J.-M. M. C’est une très bonne idée. Il y a quelques années, alors qu’il était déjà question de réhabiliter ce métier, l’ordre des pharmaciens avait rétorqué qu’il y avait près de 20 000 herboristeries en France, soit le nombre d’officines françaises ! 

Mais les faits sont parlants : si le pharmacien possède le monopole des plantes médicinales, il ne l’utilise pas toujours. Je prescris des préparations magistrales de plantes sèches et, parfois, je suis choqué quand on me rapporte le prix facturé par certaines officines qui sous-traitent de simples tisanes. L’herboriste pourrait résoudre ce problème, à la condition que sa formation soit encadrée par des pharmaciens et des médecins.

P. & S. Leur absence vous pose-t-elle des inconvénients actuellement ?

J.-M. M. Effectivement, quand je prescris des plantes en vrac, mes patients n’en trouvent généralement pas en pharmacie autrement qu’en gélules. Or certaines plantes sont beaucoup plus actives en tisanes que sous forme d’extrait. C’est le cas de l’aubier de tilleul, de la racine de pissenlit ou encore de la feuille d’olivier. Je déplore aussi les abus sur l’internet et même dans certains magasins bio : on trouve désormais des plantes extrêmement délicates à manipuler telles que la griffe-de-chat, une plante d’Amérique du Sud, d’usage très spécialisé. Il est important que les consommateurs puissent acquérir des produits de qualité, avec un conseil pertinent.

P. & S. Certains pharmaciens voient ce retour comme un risque supplémentaire de dénigrement des médicaments de synthèse. Qu’en pensez-vous ?

J.-M. M. On devrait proposer des médicaments plus sûrs, au lieu de craindre qu’ils soient dénigrés par l’usage des plantes. Je pense qu’à une échelle collective, si les autorités se penchaient sur le sujet, elles constateraient qu’on a tout à y gagner : cette concurrence avec les médicaments conduirait en effet à de moindres dépenses de santé. En outre, la valorisation de cette filière pourrait offrir de nouveaux débouchés à l’agriculture biologique, d’où des bénéfices en terme d’emploi et d’environnement.

P. & S. En avez-vous discuté avec vos confrères ?

J.-M. M. Oui, ils sont plutôt d’accord sur le fait qu’on réhabilite le diplôme d’herboriste. Et ce serait une bonne incitation pour que plus de médecins prescrivent des plantes en vrac.