• Yohan Hubert : cultivons la ville

Yohan Hubert : cultivons la ville

C’est en installant des potagers sur les toits, les balcons ou les trottoirs que Yohan Hubert sensibilise les citadins à l’écologie. Directeur de l’Association française de culture hors-sol et auteur d’un livre sur le sujet, ce Grenoblois croit fermement en l’avenir de l’agriculture urbaine.


Plantes & Santé Vous pratiquez la culture hors-sol, dont l’évocation rappelle les productions sous serre souvent gloutonnes en énergie. En même temps vos projets se teintent de préoccupations écologiques. N’est-ce pas contradictoire ?

Yohan HubertNous faisons pousser des végétaux en dehors de la pleine terre. Cela va de la simple plante en pot, jusqu’à des techniques extrêmement complexes qui permettent de cultiver une grande variété d’espèces potagères sur une surface limitée. Mais notre approche est à la culture sous serre, ce que l’agriculture bio est à la conventionnelle : sa version écologique ! En effet, nous recyclons les déchets plastiques et organiques produits en ville et nous valorisons les eaux de pluie. Nos plantations occupent des territoires résiduels, c’est-à-dire des balcons, des terrasses, des toits, des murs, des trottoirs, etc. Il existe en ville de nombreux espaces minéralisés qui ne sont pas utilisés. Avec nos installations végétales, ces territoires deviennent productifs. D’une certaine manière, nous repensons la fonctionnalité de la ville pour qu’elle soit plus vivable.

P. &S. Pourquoi ne pas se limiter au développement d’espaces verts pour végétaliser la ville ?

Y. H.Notre idée de base est de pouvoir produire où l’on veut des aliments sains. Depuis ces cinq à dix dernières années, cette tendance trouve un écho dans le monde entier : les citadins recherchent des produits frais donc cultivés localement. Parallèlement, en végétalisant leur environnement direct ils se reconnectent avec le vivant. Nous voulons faire émerger un nouveau regard sur la ville : c’est un écosystème bouleversé qu’on doit contribuer à rééquilibrer.

P. &S. Comment procédez-vous ? S’agit-il par exemple d’apporter de la terre sur des toits et d’y cultiver des légumes ?

Y. H.C’est envisageable pour un petit projet de sensibilisation à l’écologie urbaine, mais pour cultiver un vaste toit, il serait irrationnel de ramener toute la terre. En effet, il faut aller la chercher loin car les sols en ville sont non seulement rares mais aussi pollués : les substances toxiques s’y sont accumulées depuis deux siècles d’ère industrielle ! De plus, la plupart des bâtiments ne sont pas prévus pour supporter le poids de plusieurs tonnes de terre et doivent être renforcés. Ainsi, nous avons développé des technologies innovantes qui permettent de s’affranchir de la terre. Dans les projets que nous menons, nous utilisons un substrat inerte et très léger, les « membranes hydrobiologiques », que nous fabriquons écologiquement à partir de déchets de l’agro-industrie. Et pour les particuliers, nous délivrons nos secrets professionnels au travers de stages ou dans le livre que je viens de publier. Nous espérons que le plus grand nombre de citadins mettront en œuvre ces technologies à domicile.

P. &S. Les variétés de plantes sont-elles différentes dans la culture hors-sol ?

Y. H.Effectivement, nous avons sélectionné les variétés qui s’adaptent le mieux à la culture hors-sol. Nous avons une expérience de cinq ans dans ce travail. Quant aux particuliers, nous leur conseillons de choisir les variétés sur des critères plus gustatifs que productifs.

P. & S. Votre association est basée à Grenoble. On peut imaginer que la nouvelle mairie écologiste s’intéresse de près à vos activités…

Y. H.J’ai reçu certains des nouveaux élus au cours des rencontres pédagogiques sur l’écologie urbaine organisées chaque année par notre association. J’espère avoir contribué à la prise de conscience écologique des Grenoblois ! Nous avons installé un potager biologique sur la terrasse de la bibliothèque municipale et sur celle de l’office de tourisme ; nous y organisons des événements lors desquels des restaurateurs cuisinent devant le public les légumes récoltés sur place. Nous recherchons désormais des personnes qui voudraient se former à l’agriculture urbaine. J’ai évalué à 400 les emplois possibles à Grenoble dans ce domaine.

P. &S. De nombreux projets de potagers en ville reposent sur des subventions. Pensez-vous que l’agriculture urbaine puisse un jour devenir une activité rentable ?

Y. H.L’an dernier, sur la terrasse du Centre de culture scientifique et industrielle de Grenoble, nous avons produit 1 500 kg de légumes sur 250 m2. Nous avons amorti nos frais de mise en place du potager en vendant nos légumes à des restaurateurs qui sont venus cueillir eux-mêmes les légumes. Cette année, nous allons doubler la surface et nous comptons bien engranger des bénéfices ! Je propose une vision durable de la végétalisation de la ville. Nous ouvrons désormais des bureaux à Paris où les demandes sont nombreuses. L’agriculture urbaine a un bel avenir devant elle. 

Parcours 

1998Maîtrise des techniques de fertilisation hors-sol
et initiation d’un programme d’expérimentation sur la fertilisation organique.

2000Création d’un conservatoire de plantes endémiques sur une friche industrielle à Grenoble.

2004Animation de modules pédagogiques « végétalisation hors-sol du bâti » au lycée des métiers du bâtiment Roger Deschaux.

2006Expérimentation des premiers engrais biologique pour l’hydroponie (culture dans l’eau) aux États-Unis.

2007Dépôt d’un brevet sur la culture biologique verticale.

2007Création de l’Association française de culture hors sol.

2011Cofondateur du laboratoire d’écologie urbaine Bioponey.

2013« Paris sous les fraises », start-up dans la production maraîchère biologique
hors-sol en ville.

2014Parution du livre « Cultiver ses légumes hors-sol », éd. Ulmer.

Aller plus loin

www.culture-hors-sol.org