L’aunée officinale : un traitement anticancer « intelligent »

L’aunée  est  une  plante  aussi remarquable par ses vertus médicinales que par ses mystères. Originaire d’Asie, bien implantée en Europe et ce depuis des siècles (les Romains la citaient comme condiment et médicament), l’aunée est de la famille des inules. Il en existe une trentaine, dont une dizaine prospèrent en France, préférant les haies, les prairies humides, les fossés, ou la lisière des bois pour s’épanouir.

La plus usitée reste la grande aunée. Son nom botanique, Inula signifie « je purge ». La liste des propriétés médicinales de cette plante assez commune est impressionnante. Tonique, expectorante, cholagogue, stomachique, diurétique…

Si vous en découvrez dans votre jardin, protégez farouchement vos pieds d’aunée. Ils vous offriront un remède à large spectre et, peut-être, anticancéreux.

L’aunée participe tout autant à réguler des anémies dues aux pertes menstruelles abondantes qu’à lutter contre des affections hépato-biliaires ou des catarrhes pulmonaires. Traditionnellement, la racine est utilisée en infusion pour les voies respiratoires, à raison d’une cuillère à café par tasse. En somme, elle porte avec honneur son nom : Inulahelenium. Inula vient vraisemblablement du grec «ineo»qui signifie « je purge ». Helenium, viendrait quant à lui d’Hélène de Troie. D’aucuns affirment qu’elle por- tait une branche d’aunée lorsqu’elle fut enlevée par Pâris, d’autres que c’est de ses larmes que la plante aurait poussé. Nous savons de l’aunée qu’elle agit tant sur la flore intestinale que sur certaines hormones. Deux actions pilotées par quelque 350 principes actifs parmi lesquels l’inuline et l’hélénine. L’inuline (présente à hauteur de 40 %) est une molécule à chaîne longue, à l’instar de l’amidon. Sa grande particularité est d’être désagrégée par la flore intestinale dans le côlon, et non par les sucs digestifs dans la vésicule biliaire. C’est un prébiotique, un fructo-oligosaccharide, plus exactement. L’inuline contribue donc à l’équilibre de la flore intestinale en stimulant la prolifération des probiotiques.

L’hélénine, présente à hauteur de 3 %, est une molécule aromatique particulièrement volatile. Elle agit plus précisément sur l’hypophyse, en la stimulant. Cette action, prisée des femmes à la ménopause, nécessite de prendre quelques précautions. Cela étant dit, en gélule, et afortiorien poudre, le taux d’hélénine chute sensiblement.

Redoutableetintelligente

Mais, l’action de l’aunée ne se limite pas à la liste des vertus médicinales identifiées depuis des siècles par les herboristes. Dans une étude menée en août dernier par le Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York, les chercheurs ont démontré que les extraits de la racine d’Inulaheleniumpossèdent une cytotoxicité… sélective. En clair, sur un panel de quatre types de cellules tumorales, les propriétés biologiques de l’aunée officinale se révèlent particulièrement virulentes, tout en se montrant quasiment inoffensives sur des lymphocytes B périphériques (responsables de l’immunité humorale). La destruction, par l’aunée, des cellules tumorales a été vérifiée au microscope électronique. La destruction cellulaire qui se produit  s’apparente  plus  à  une nécrose (destruction immédiate) qu’à une apoptose (mort cellulaire programmée). Cette destruction cellulaire propose de réel bénéfice dans le cas où un cancer présenterait une résistance à l’apoptose.

Dans ce cadre, la cytotoxicité sélective relevée dans les extraits de la racine d’Inula helenium(cent fois supérieure à celle des lymphocytes B périphériques), présente de réelles promesses. Imaginez un traitement anticancéreux «intelligent», capable de ne s’attaquer qu’aux seules cellules tumorales !

Malheureusement, il est aujourd’hui difficile de se procurer de la racine d’aunée en gélules (vérifiez tout de même auprès de votre pharmacien). Pour en disposer régulièrement, mieux vaut la planter dans son jardin (les graines se trouvent plus facilement chez les horticulteurs).