L’espinheira santa : pour oublier votre estomac

Pour une fois, ce ne sont pas les usages traditionnels qui ont mis les chercheurs sur la piste des propriétés de l’espinheira santa (ou Maytenus ilicifolia). Ce petit arbre vert dont les feuilles ressemblent au houx est pourtant une plante commune au Brésil (en Amazonie principalement) et dans plusieurs régions d’Amérique du Sud. Cette espèce de Maytenus a ainsi été utilisée par quelques groupes tribaux au Paraguay, où les femmes employaient la plante comme régulateur de cycle et contraceptif, mais on n’en retrouve pas d’autre usage traditionnel.

Un antiulcéreux puissant

Ce n’est qu’au début du XXe siècle que le Maytenus réapparaît dans la pharmacopée brésilienne avec la mention, pour la première fois, de son activité dans le traitement des affections de l’estomac. Il est alors référencé comme analgésique, désinfectant, tonifiant et cicatrisant. Dans les gastralgies, il calme rapidement la douleur.

Dès lors, de nombreux médecins brésiliens vont prescrire la plante, ou plutôt une décoction de ses feuilles, et en affiner la prescription. Le Maytenus apparaît comme une plante capable de rééquilibrer les fonctions sécrétrices des estomacs hypotoniques et dyspepsiques et des intestins atoniques et constipés. De plus, elle possède un rôle cicatrisant sur les blessures des muqueuses. On peut également l’employer pour traiter l’aérophagie. Régulatrice de la digestion et des fonctions gastro-intestinales, elle réduit les fermentations anormales.

À la demande du ministère de la Santé du Brésil, plusieurs équipes de chercheurs se sont penchées sur l’épine sainte. Ses capacités antiulcéreuses puissantes ont ainsi été démontrées en 1991 dans une étude qui comparait l’action de la décoction de feuilles de Maytenus et celle de deux des principaux traitements anti-ulcéreux. Pour les chercheurs, l’action de Maytenus était au moins aussi efficace en causant simplement une augmentation du volume et du PH du « jus » gastrique. Du coup, il existe aujourd’hui un brevet japonais sur les composés antiulcère biologiquement actifs trouvés dans l’espinheira santa.

Contraceptif : oui ou non ?

En raison de son utilisation traditionnelle en tant que contraceptif, plusieurs chercheurs ont aussi exploré cette piste. Leurs conclusions ne leur ont pas permis de valider cet usage. Dans une étude, l’infusion de Maytenus donnée comme boisson à des souris enceintes n’a pas causé d’avortement ou de changement pour les fœtus. En revanche, la plante semble interférer sur la fertilité féminine. Une étude a confirmé ces résultats en 2002: l’extrait de feuille aurait une action sur la réceptivité utérine à l’embryon. C’est la raison pour laquelle le Maytenus doit être déconseillé aux femmes traitées contre la stérilité, qui souhaitent avoir un enfant ou qui sont enceintes. De la même manière, les femmes atteintes d’un cancer « œstrogène-positif » (cancer du sein) ne doivent pas utiliser cette plante.

Une piste contre la leucémie 

Les recherches sur l’épine sainte se poursuivent… La plante est en effet un incroyable concentré de principes actifs. On s’est d’abord intéressé aux maytansinoïdes et à la mayteïne pour leur activité anti-tumorale. Ces deux substances ont été testées dans le traitement du cancer aux États-Unis et en Amérique du Sud. Mais, malgré des premiers résultats significatifs, les recherches n’ont pas été poursuivies en raison de la toxicité de la plante aux dosages utilisés. Plus récemment, des chercheurs japonais ont découvert des triterpènes dans l’espinheira santa, qu’ils ont nommés cangorins. Ces cangorins ont montré une efficacité certaine dans le traitement de la leucémie et contre les cellules tumorales (plus de huit études ont été publiées sur cette découverte).