La digitale : un cardio-tonique caché dans un poison

Son nom « digitale » rappelle la forme de ses fleurs ressemblant à des doigts. Les taches que portent ses fleurs seraient, d’après une légende anglaise, la trace des doigts des elfes de la forêt, destinée à nous prévenir de la toxicité de cette plante que l’on trouve un peu partout en Europe du Nord. Toute la plante est réputée toxique, et toute intoxication due à la digitale est considérée comme grave. Il est estimé que l’absorption de seulement quarante grammes de feuilles peut entraîner la mort suite à des troubles cardiaques par accélération du rythme cardiaque (tachycardie), ralentissement (brachycardie) ou par asphyxie.

Un poison difficile à doser

En Europe, au XVIème siècle, la digitale était utilisée en décoction, infusion, emplâtre pour soigner les blessures. La toxicité de la plante la rendait délicate à manier et nombre de patients ne sont pas morts de leur maladie mais d’une erreur de dosage… L’usage plus rationnel de la digitale est apparu au XVIIIème siècle, où elle n’était alors plus employée que pour des troubles précis tels que des désordres nutritifs prédisposant à la tuberculose, l’épilepsie et surtout l’hydropisie (accumulation de liquide dans une cavité naturelle du corps).

La digitaline : cardio-protectrice

C’est sa prescription dans le cas d’œdème pulmonaire qui a permis, au XXème siècle de constater scientifiquement les effets de la digitale sur le rythme cardiaque et de permettre aux chercheurs d’isoler ses principes actifs. La digitale renferme deux glucosides, la digitoxine et la digoxine.

En cas de problèmes cardiaques, la digitoxine provoque un accroissement de l’amplitude des battements du cœur et un ralentissement du rythme cardiaque. On constate également une amélioration de la circulation. La digitoxine agit selon la règle des trois « R » : renforce, régule, ralentit.

La digoxine, quand à elle, agit comme un puissant diurétique sur les reins. Cet effet est redoublé par l’effet toni-cardiaque de la digitoxine puisque lorsque le cœur pompe le sang de manière plus efficace, les reins évacuent plus facilement déchets et toxines.

Les ouvrages de référence médicaux, tel le Vidal, utilisent le terme de digitaline pour désigner les glycosides actifs dans la digitale. De nos jours, la digitale est prescrite en cas d’insuffisance cardiaque congestive et de fibrillation auriculaire, par exemple au travers du médicament du laboratoire Procter & Gamble Pharmaceutical : le « Digitaline Nativelle ».

Meilleure chimiste que les laboratoires

La digitale pourpre est très prisée par l’industrie pharmaceutique, mais sa présence naturelle étant insuffisante pour les besoins de la thérapeutique, la culture a été organisée dans des pays comme la Hollande ou la France. La récolte se fait au mois d’août au moment où les feuilles contiennent le plus de glycosides cardiaques.

Le succès thérapeutique de la digitale ouvre maintenant la recherche vers d’autres médicaments agissant sur le myocarde, la partie centrale et la plus épaisse de la paroi du cœur, et traitant les affections cardiaques. Les substances de la digitale sont utiles quel que soit le problème cardiaque, crise, infection ou troubles de l’appareil valvulaire, dont le souffle au cœur.

Mais la reproduction de la formule chimique complexe de la digitaline étant très onéreuse, les laboratoires extraient le remède directement des plantes, en réduisant les feuilles en poudre. Malgré les moyens et l’arsenal technique des laboratoires, la meilleure chimiste reste la plante.