La nigelle : pour un troisième millénaire

Du temps des pharaons jusqu’à nos jours, la nigelle (ou cumin noir) est employée pour traiter des maux aussi divers que les maladies de la peau, les allergies, les troubles organiques, les maladies des voies respiratoires, les maux de tête ou de dent et, plus généralement, toutes les infections. En Inde, la nigelle supplée le fenouil pour favoriser la lactation. Une utilisation multiple puisque le cumin noir est une véritable panacée palliant les nombreux déséquilibres dont notre métabolisme est souvent victime. Pour les plus courageux (son goût est très amer) trois cuillerées à café par jour d’une bonne huile qualité bio suffisent pour profiter de ses nombreux bienfaits. Sinon, optez pour les capsules marines, à raison de 2 à 3 capsules par jour.

La thymoquinone : molécule miracle ?

Si les propriétés de la nigelle se sont transmises de génération en génération, les outils scientifiques permettent aujourd’hui d’entrevoir les mécanismes propres aux principes actifs contenus dans cette renoncule. Trois d’entre elles attirent l’attention des chercheurs :

  • la thymoquinone (TQ),
  • la thymohydroquinone (THQ),
  • la dithymoquinone (DIM). Mention spéciale pour la TQ, dont les nombreuses expériences avèrent, entre autres, les propriétés antivirales et antitumorales.

En septembre dernier, une équipe de chercheurs de l’université de Zagreb (Croatie) a étudié l’activité antitumorale de la TQ et de la THQ, in vitro et in vivo sur des rats. Il en résulte une activité cytotoxique des plus significatives, dont nous trouvons des éclaircissements dans une étude antérieure menée par des chercheurs de l’université américaine de Beyrouth. Ces derniers ont réalisé des analyses afin de comprendre les effets de la TQ sur des cellules humaines de cancer du côlon.

Deux propriétés ont été mises en évidence. En premier lieu, la TQ est une molécule antinéoplasique. En clair, elle bloque la multiplication cellulaire en inhibant son développement, et ce, dès la première des quatre étapes de leur croissance (phase G1, préparant la cellule à sa reproduction, sa « réplication »). En second lieu, pratiquant la méthode d’analyse dite TUNEL, les chercheurs libanais ont relevé que la TQ de la nigelle contribuait à l’apoptose (la mort programmée) des cellules cancéreuses. Ces études conduisent l’équipe scientifique à affirmer que les composants de la nigelle peuvent jouer un grand rôle dans le traitement spécifique du cancer du côlon. Un autre aspect remarquable de la nigelle tient à sa faculté de renforcer le système immunitaire en stimulant sa réponse aux agressions pathogènes, notamment celles des bactéries ou des virus. C’est du moins ce qu’a démontré une équipe de chercheurs américains. Outre une croissance sensible de certaines cellules lym- phatiques au contact de la TQ, les chercheurs ont observé une nette amélioration des performances des cellules tueuses naturelles.

Le mystère de ses propriétés reste entier

Mais les recherches ne se limitent pas aux seules propriétés antitumorales ou antivirales de la nigelle. De nombreux scientifiques turcs se sont penchés sur l’étude des propriétés antihistaminiques, antiépileptiques ainsi que sur les effets de la TQ sur l’arthrite des rats. Pour chacun des cas, les conclusions avéraient l’efficacité des effets de la molécule.

Mais s’il est fort à parier que la nigelle restera au cœur des recherches pour de nombreuses années, cette panacée conservera encore longtemps ses mystères. Ceci tient avant tout à la méthodologie scientifique consistant à extraire une molécule pour l’étudier, sans apporter plus d’éclaircissement sur les interactions de cette molécule avec les 350 autres principes actifs de la plante. C’est pourtant bien cette interaction qui fait de la nigelle la panacée que nous nous connaissons.