Le grémil : la pilule contraceptive d’un autre temps

Elle est aussi appelée millet perlé, herbes aux perles, herbes aux yeux (en raison de l'un de ses usages pour éliminer les corps étrangers dans l'œil). Elle revêt aussi les petits noms de graines d'amour, larmille des champs, blé d'amour, thé de Fontainebleau. La belle, fleurit entre avril et juillet sur nos sols calcaires. Une plante banale, facile à planter et à reconnaître, qui semble capable de dissoudre les calculs biliaires et urinaires et de guérir la maladie de la pierre. Mais c’est hors de nos frontières que l’utilisation de cette plante est la plus surprenante. En Afrique, en Inde et chez les Amérindiens, les femmes l’utilisent comme contraceptif. Elles font macérer la racine du grémil, plus efficace que le reste de la plante, dans l’eau froide. On  trouve aussi un extrait lyophilisé qui, à l'abri de l'humidité, conserve sa pleine efficacité pendant une dizaine d'années. Pour son utilisation, le degré de stérilité obtenu varie en fonction de la dose et de la durée du traitement.

Chez les Amérindiennes, la méthode traditionnelle consiste à prendre la macération pendant six mois, après  quoi elles sont censées être infertiles pour toujours. Dans d'autres tribus, les femmes consommeraient un petit morceau de racine chaque jour comme on avale sa pilule aujourd’hui. Que doit-on en penser ? Que cet effet soit utopique ou magique, il n’en reste pas moins énigmatique. Des expériences sur les animaux et sur des femmes ont mis en évidence que la plante inhiberait l'hormone lutéinisante (ou gonadotropine B), dont le rôle est de provoquer la rupture des follicules et de favoriser la formation du corps jaune. Une telle utilisation et surtout de tels résultats devraient permettre au grémil d’obtenir le plein statut de contraceptif humain, mais ce ne sera pas pour demain. Même si le grémil est de loin le « contraceptif » le plus envisageable parmi ses concurrents du monde entier, il n’a aucune fiabilité.

En revanche, il est moins dangereux d’y croire que de consommer les crottes de crocodile séchées supposées assurer la stérilité, en Égypte, ou d’avaler d’innombrables potions à base de plantes vénéneuses utilisées au fil des siècles et dont une dose un peu trop élevée suffisait à vous ôter la vie.