La bardane vous colle à la peau

Appréciée depuis l’Antiquité, la bardane fut très utilisée au Moyen Âge. Sainte Hildegarde de Bingen s’en servait pour calmer les maladies de peau mais aussi pour réduire certaines tumeurs. Dans l’Europe du XIVe siècle, la bardane était ise à macérer dans du vin et servait à oigner la lèpre. Par la suite les herboristes l’utilisèrent pour venir à bout de diverses maladies de peau, de problèmes du cuir chevelu, de l’arthrite, d’infections urinaires… Certains historiens rapportent qu’elle guérit le roi Henri III de la syphilis. Selon d’autres il ne s’agissait que d’une simple maladie de peau, mais cela contribua grandement à la valoriser.

Elle doit son nom d’« herbe aux teigneux » à son utilisation pendant des siècles en médecine populaire contre la teigne et les maladies du cuir chevelu. À cause de ces caractéristiques, mais aussi de ses fruits qui s’agrippent partout, la bardane s’est vu attribuer de multiples noms au fil des siècles : rhubarbe sauvage, tabac du diable, rapace, glouteron, grateron…

Dans le Midi, un amoureux un peu collant est comparé à la bardane : cram- pon dont on se débarrasse difficilement ! Actuellement, la bardane est intensé- ment cultivée par la Chine et le Japon (qui se régalent de ses racines), par la Russie et le Canada… pour la cosmétique, la méde- cine et l’alimentation. Plusieurs variétés y ont été développées pour obtenir des racines plus tendres.    

Propriétés : Anti-infectieuse, antiseptique, dépurative, draineur cutané, diurétique, laxative…

La bardane, à son pouvoir détoxifiant, est excellente pour soigner divers problèmes de peau, passagers ou chroniques, tels l’acné, l’anthrax, les dermatoses, l’eczéma, le psoriasis, les furoncles… Feuilles et racines contiennent du potassium, magnésium, phosphore, fer et calcium, des vitamines A, B, C, E, P et des mucilages.

En outre, elles sont riches d’un antibiotique végétal glucosidique et d’inuline (utile pour faire baisser le taux de sucre de certaines formes de diabète).

Ses feuilles fraîches appliquées en cataplasmes soulagent les rhumatismes ; sur la poitrine, elles guériront rhumes et affections pulmonaires. La bardane possède aussi des propriétés antitumorales.

À noter : la racine se montre plus active fraîche qu’après séchage.

Un Velcro naturel

Pour faire tenir un badge sur n’importe quel tissu, utilisez un fruit sec de bardane plutôt qu’une épingle à nourrice… C’est en 1941 Georges de Mestral son créateur, a inventé le Velcro en s’inspirant de ces fruits aux multiples crochets qui s’agrippaient si fort au pelage de son chien.

Conseils de culture

Splendide et exubérante, la bardane est idéale en fond de massif ou isolée dans un coin. Si la plante n’est pas exigeante, il faut tout de même lui laisser de la place.

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La bardane s’accommode de tous les terrains. Prévoir 1 m2  en terre riche. Installer de préférence dans un lieu en plein soleil ou à peine ombré. Elle apprécie les sols riches en humus, profonds et bien meubles, et les terres riches en azote : utilisez du purin d’ortie en guise d’engrais.

Quand ?

Semez en février ou mars, en pépinière ou directement en place. La division des racines se fait de préférence à l’automne ou au printemps. Vous pouvez aussi prélever un petit plant dans la nature au printemps (au stade  de 4 ou 5 feuilles), qui supporte généralement bien la transplantation.

Comment ?

La première année, cueillez les feuilles en été et récoltez les racines en automne. Maintenez le sol humide pour obtenir des racines tendres. Si vous ne récoltez pas les racines l’année suivante, coupez les fleurs fanées pour limiter les semis spontanés dont la belle est généreuse… Sachez que, si elle est rustique, c’est une bisannuelle que la floraison, en deuxième année, condamne à mort.

Potager : non au mildiou

Abondante dans la nature, vous profiterez d’une promenade pour faire provision de ses amples feuilles : outre les usages cosmétiques et médicinaux, la bardane est efficace contre le mildiou, vous vous en servirez pour pailler les rangs de pomme de terre

Le tour de main de l'herboriste 

-Tisane purifiante :

100 g de racine fraîche (30 g si elle est sèche), 1 demi-litre d’eau, brossez et lavez la racine. Coupez en petits morceaux. Placez dans l’eau froide et amenez à ébullition. Laissez frémir 3 minutes, puis infuser 15 minutes hors du feu. Filtrez. Boire 3 tasses par jour, en cure de 10 à 15 jours, de cette tisane très douce au goût.

-Soin pour peau et cheveux secs :

Feuille de bardane, huile de sésame (d’olive ou de tournesol) coupez la feuille en petits morceaux. Laissez-les faner 24 heures sur un torchon. Placez les morceaux dans un bocal. Couvrez avec l’huile choisie et fermez. Laissez macérer pendant 3 semaines en agitant régulièrement. Filtrez. Pour les cheveux, appliquez 2 heures avant le shampooing.

-Cataplasme adoucissant et cicatrisant :

Feuilles fraîches suivant la surface à couvrir, miel. Passez au mixeur la bardane fraîche. Mélangez cette bouillie avec un peu de miel, jusqu’à obtenir une pâte pas trop liquide. Appliquez sur la peau ou sur les cheveux : laissez poser 30 min sur la peau et 2 heures sur les cheveux avant de rincer.

Côté cuisine : une racine savoureuse

Avant qu'elles ne deviennent amères on récoltera les très jeunes feuilles pour en faire des salades. Les feuilles et surtour les racines sont utilisées couramment dans le midi de la France, en Italie, dans les pays scandinaves, au Canada. Au japon, les jeunes racines au goût d'artichaut sont considérées comme un plat gastronomique. Elles peuvent se consommer crues à la croque-au-sel, rapées avec de la vinaigrette, ou bien cuites. Leur légère amertume s'harmonise bien avec des carottes. On peut aussi les lacto-fermenter et les torréfier après séchage : elles sont alors utilisées en remplacement du café. 

A noter : la racine noircit au contact de l'air et doit être cuite ou mise à tremper dans l'eau froide citronnée aussitôt épluchée.