Fraîches ou sèches les prunes nous régalent

Disponible de juillet à octobre selon les variétés, la prune est le fruit de l’été à ne pas rater. Désaltérante, elle est idéale en vacances pour les petits creux. Contrairement à une idée répandue, elle n’est pas plus sucrée que d’autres fruits ni plus calorique que la pomme. Elle présente un index glycémique modéré qui en fait un bon compagnon des sportifs, à qui elle fournit progressivement de l’énergie. Sa saveur se prête à de multiples variantes culinaires dans des préparations salées ou sucrées, en compotes ou en confitures très réussies grâce à sa belle teneur en pectines.

Au-delà de son intérêt culinaire, ce sont ses vertus nutritionnelles qu’il faut retenir, avec tout d’abord ses fibres qui en font un laxatif déjà répertorié dans la pharmacopée arabe. Elle est par ailleurs un des aliments les plus riches en bore, oligo-élément utile contre l’arthrite et l’ostéoporose, qui préserve aussi la fonction œstrogénique. Sa richesse en minéraux est également à saluer, surtout pour le pruneau – la forme séchée de la prune – qui concentre plus de nutriments que le fruit cru. Très reminéralisant et complet, le pruneau contient moins de vitamine C que la prune mais gagne en fer, magnésium, potassium, calcium ainsi qu’en provitamine A, en vitamine E et en vitamines du groupe B (voir encadré). De plus, prunes et pruneaux font partie des aliments les plus riches en antioxydants, juste après les petits fruits rouges et noirs (myrtilles, mûres, framboises…) et devant l’orange, la pomme, la pêche et le raisin.

Mais d’où vient la prune ?

Elle serait originaire de Chine, aujourd’hui premier producteur mondial, et était déjà connue des Égyptiens (on en a retrouvé des noyaux dans la tombe de Kha, architecte de la ville de Thèbes). Plus tard, les Romains l’ont adoptée et, au Moyen Âge, on en comptait déjà sept variétés. L’une d’elles fut rapportée par les croisés au XIIe siècle : après une expédition infructueuse en Syrie, ils rentrèrent avec des pieds de pruniers de Damas. Si, aujourd’hui, cette variété désigne les quetsches, elle en aurait engendré d’autres comme le mirabellier, le damassinier, le prunier d’Ente, le prunier Sainte Catherine et le quetschier. La légende raconte que l’on se moqua d’eux « Ils sont allés là-bas pour des prunes ! », d’où l’origine de l’expression. À la Renaissance, les prunes eurent un véritable succès. À tel point que l’épouse de François 1er, la reine Claude, grande amatrice du fruit, donna son nom à l’une d’elles.

Le pruneau ne compte pas pour des prunes

Aujourd’hui, on compte près de 400 variétés à travers le monde avec une multitude de couleurs, de formes et de saveurs différentes. Les prunes vertes sont essentiellement des variétés de reines-claudes (dont la reine-claude dorée, une des meilleures variétés de prunes). Les reines-claudes sont généralement cultivées dans le Sud-Ouest de la France ; elles sont juteuses, charnues, moelleuses et sucrées. Parmi les prunes bleues, on trouve les angelo (grosses et assez noires), les président (grosses et allongées) et les quetsches de Lorraine (ovales, violacées, à la chair fraîche et cotonneuse, plus acides tout en restant sucrées). Les prunes jaunes sont les golden japan, les TC Sun et les mirabelles de Lorraine (label Rouge). Enfin olbinaya, allo et ruby crunch constituent des variétés rouges. La prune d’Ente est quant à elle la variété utilisée pour les célèbres pruneaux d’Agen. Le savoir-faire de cette spécialité de la région de Villeneuve-sur-Lot remonte à huit siècles. Il consiste à sécher les prunes au four ou au soleil puis à les réhydrater à 36,2 %.

Le pruneau, concentré de bienfaits

En séchant, les prunes deviennent plus caloriques et perdent les deux tiers de leur vitamine C, mais au passage elles deviennent des super-aliments bien plus concentrés en nutriments.

7 fois plus de fer

5 fois plus de magnésium

6 fois plus de fibres

4 fois plus de potassium

3 fois plus de calcium

3 à 6 fois plus de provitamine A

4 à 5 fois plus de vitamine E

2 à 5 fois plus d’antioxydants.

Santé du cœur et des os

Les prunes et pruneaux sont le remède phare de la constipation depuis le Moyen Âge. On les recommande encore aujourd’hui à cet effet : faites tremper cinq pruneaux durant la nuit puis mangez-les à jeun le matin en buvant également l’eau de trempage. Les fibres augmentent le volume du bol intestinal et permettent d’accélérer le transit de l’intestin grêle vers le gros intestin où les bactéries plus actives font mieux leur travail. Pour les intestins fragiles, on recommandera de se montrer modéré car le pruneau contient un composé irritant en grande quantité.

Mais ces fruits ne se limitent pas à leur seule propriété laxative. La consommation quotidienne de prunes et pruneaux réduit l’hypercholestérolémie chez les hommes. À raison de douze pruneaux par jour, le taux de cholestérol LDL baisse de façon significative. En plus de sa belle teneur en fibres, les polyphénols antioxydants du pruneau pourraient expliquer cette vertu. Ces derniers – acides chlorogéniques et caféiques – protégeraient le cholestérol circulant de l’oxydation, limitant ainsi les risques d’infarctus ou d’accidents vasculaires cérébraux (AVC). Un effet renforcé par la teneur des prunes en potassium, minéral connu pour réguler la pression artérielle et réduire le risque d’AVC. Consommer des pruneaux permet aussi de limiter la perte osseuse et l’ostéoporose, comme l’ont démontré plusieurs études. Plus spécifiquement, pendant la ménopause, une cure de douze pruneaux par jour durant trois mois augmenterait la formation osseuse.

Capacités cognitives

Pour combattre votre anxiété, vous mangerez trois prunes par jour. Surréaliste ? Pas tant que ça ! Grâce à l’acide chlorogénique, l’un de ses polyphénols, la prune pourrait avoir une action anxiolytique selon des études effectuées pour le moment uniquement chez l’animal. Plus globalement, il semble que les fortes capacités antioxydantes des prunes améliorent la mémoire et les capacités d’apprentissage.

Ces premières études laissent penser que la consommation de pruneaux pourrait participer à la prévention des maladies liées à l’âge, dont la sénilité. Enfin, les prunes nous protégeraient aussi contre certaines formes de cancer en diminuant la viabilité des cellules cancéreuses et en inhibant leur prolifération. Plus spécifiquement, c’est le risque de cancer du côlon qui semble diminuer significativement avec la consommation de prunes. Autant de propriétés qui prouvent bien que ces simples petits fruits estivaux ne comptent pas pour des prunes !

Bientôt le retour des variétés anciennes ?

Deux milles variétés de pommiers, pêchers, cerisiers figuiers et pruniers sont aujourd’hui conservées sur les 12 000 hectares du conservatoire végétal régional d’Aquitaine. Ce lieu reflète la riche diversité qui existait jusque dans les années 1950-1960, mais il est aujourd’hui mis à mal par une industrialisation des vergers imposant aux fruits des critères de transport, de conservation, de calibres… et oubliant les critères gustatifs ! Pourtant les variétés anciennes de prunes regorgent de trésors. « La goutte d’or a une saveur et un parfum incroyables, confie Évelyne Leterme, la directrice, mais malheureusement elle est intransportable. » Les choses pourraient cependant changer car ces variétés sont intéressantes face aux changements climatiques. Plus résistants, ces arbres ont aussi moins besoin d’être traités. « Au prix de beaucoup d’efforts, nous avons réussi à introduire chez certains producteurs une de ces anciennes variétés : la datil, une petite prune violette, résistante aux maladies, aux qualités gustatives exceptionnelles, extrêmement productive et très riche en polyphénols, complète Évelyne Leterme. Toutefois, sa diffusion se limite à quelques producteurs de la région Aquitaine. »

Vous pouvez commander une des 24 variétés de pruniers sur www.conservatoirevegetal.com.