L'aubergine : le caviar des jardins

Ami de la rate, du foie, du coeur, des intestins et de la ligne, ce modeste légume a autant de bonnes raisons d’être un invité de choix à votre table, sans compter sa saveur incomparable. En gratins, en tartes, farcies, marinées, en jolis mille-feuilles, la quantité de recettes pour accommoder l’aubergine ne laisse que l’embarras du choix et fournit autant d’occasions de se régaler sainement.


Originaire de l’Inde, l’aubergine, Solanum melongena, y serait cultivée depuis 2 500 à 4 000 ans. Plus tard, les navigateurs maures l’importèrent dans le bassin méditerranéen entre les IXe et XIIe siècles. Elle est toujours très populaire au Moyen-Orient et parée de nombreuses vertus. Adoptée par les Espagnols, elle leur doit son nom albergina, emprunté au perse en passant par l’arabe al-bâdinjân. En France, c’était une plante décorative avant que son usage alimentaire ne se développe au XIXe siècle. On se méfiait d’elle, comme de sa cousine la pomme de terre, de la même famille des Solanacées, et l’on croyait qu’elle donnait la lèpre ou rendait fou, d’où son surnom de mala insana, littéralement « pomme folle ». Aujourd’hui, l’aubergine est un légume emblématique du régime méditerranéen mais ses vertus nutritionnelles propres sont encore trop souvent négligées.

Allié de la rate et du foie

Avant de devenir un aliment, l’aubergine fut utilisée comme plante médicinale contre les saignements de gencives, les hémorroïdes, les brûlures ou encore empoisonnement aux champignons. En Asie, « la poudre d’aubergine produite à partir de l’aubergine séchée est une utilisation connue, explique Jean Pélissier, praticien de médecine chinoise. On en prend 2 ou 3 g, trois fois par jour, avec un mélange d’eau tiède ou un peu d’alcool de riz. Cette potion est excellente en cas de traumatisme avec douleurs et tuméfactions. En Corée, la poudre est consommée contre les lumbagos ou pour agir sur l’alcoolisme.

Enfin, la saveur douce et la nature fraîche de l’aubergine en font un aliment reconstituant et harmonisant qui agit principalement sur l’énergie de la rate », complète le praticien. Par ailleurs des études récentes ont démontré des capacités étonnantes : l’aubergine a un pouvoir détoxifiant pour éliminer les médicaments et substances chimiques nuisibles. Tandis qu’une autre étude in vitro a suggéré qu’un de ses composés (un glycoalcaloïde) pouvait tuer les cellules cancéreuses du foie.

Riche en fibres et alcalinisante

D’un point de vue strictement nutritionnel, l’aubergine est aussi un bon alcalinisant et un allié minceur. Constitué à 93 % d’eau, c’est un des légumes les moins caloriques (à peine 20 kcal pour 100 g), à condition de ne pas l’arroser d’huile en la cuisinant ! Sa richesse en pectine lui apporte aussi un effet rassasiant : elle gonfle dans l’estomac et forme un gel capable d’absorber une partie des sucres et des graisses du repas. Les différentes fibres douces qui composent l’aubergine sont bénéfiques à l’intestin et facilitent le péristaltisme intestinal, important facteur de santé. Grâce à sa richesse en fibres, l’aubergine pourrait jouer un rôle dans la prévention du cancer du côlon et serait un bon régulateur du cholestérol et du niveau desucre dans le sang.

Son potentiel antioxydant élevé explique aussi ses vertus sur la sphère cardiovasculaire ainsi que son action anticholestérol. Parmi ces antioxydants, on retrouve de nombreux acides phénoliques dont l’acide chlorogénique qui serait anticancer, antibactérien, antiviral et permettrait de diminuer le mauvais cholestérol. Enfin, comme tous les aliments de couleur foncée, l’aubergine est riche en anthocyanes, une autre catégorie d’antioxydants. Parmi eux, la nasunine est spécifique à la peau de l’aubergine. Cet antioxydant puissant lui donne sa belle couleur et la protège des agressions de l’environnement et du soleil.

Cette molécule serait un allié contre le cancer grâce à ses propriétés antiangiogéniques, c’est-à-dire sa capacité à bloquer le développement de nouveaux vaisseaux qui alimentent les cellules cancéreuses. La nasunine est également un anti-âge intéressant, protégeant les artères du cholestérol et le cerveau de l’oxydation des lipides des membranes cellulaires.

L'aubergine régule le fer

L’aubergine est un aliment riche en nutriments parmi lesquels le magnésium, le manganèse, le fer, ainsi que les vitamines B1, B3, B9, C et K. En cas d’anémie, le Dr Jean-Christophe Charrié, auteur de « Se soigner toute l’année au naturel » (éd. Prat), préconise en premier lieu une cure d’aubergines associées à des lentilles. « L’efficacité de cette synergie est encore difficile à comprendre, commente-t-il, mais son efficacité justifie l’usage de ces végétaux. J’ai beaucoup de bons résultats, notamment lors d’anémies aiguës postchirurgicales par exemple (en associant le traitement à de la teinture mère de patience). Ces résultats positifs peuvent aussi s’expliquer par la forte concentration en vitamine B6 et en cuivre de l’aubergine, des nutriments qui participent à la synthèse de l’hémoglobine. »

Par ailleurs, sa teneur en potassium lui confère des propriétés diurétiques intéressantes, notamment en cas d’hypertension. Un vieux remède préconise de couper une aubergine en rondelles, de la couvrir d’eau fraîche dans un bocal en verre, puis de déposer le tout au réfrigérateur et de boire chaque jour cette eau pour lutter contre l’hypertension.

Ami de la rate, du foie, du coeur, des intestins et de la ligne, ce modeste légume a autant de bonnes raisons d’être un invité de choix à votre table, sans compter sa saveur incomparable. En gratins, en tartes, farcies, marinées, en jolis mille-feuilles, la quantité de recettes pour accommoder l’aubergine ne laisse que l’embarras du choix et fournit autant d’occasions de se régaler sainement.