Aphrodisiaques, réveillez votre désir

Des philtres d’amour à la phyto moderne

Racines, écorces, herbes et fleurs… les plantes aphrodisiaques se déclinent sous toutes les formes ! Depuis longtemps l’homme attribue à de très nombreux végétaux la capacité de l’accompagner dans sa sexualité. Une enquête ethnobotanique réalisée l’an dernier a recensé 200 plantes aphrodisiaques rien que pour l’Inde. Elles sont aussi très recherchées : le très explicite bois bandé, un arbuste endémique des Caraïbes, est devenu rare aux Antilles en raison de la surexploitation. Sarriette, menthe poivrée, ginseng ou encore maca entrent dans des formules censées « stimuler la libido ». De nombreuses plantes alimentaires ont servi de tonifiants sexuels, notamment le céleri, longtemps considéré comme le meilleur aphrodisiaque de la flore européenne! Mais que cherche-t-on au juste lorsqu’on recourt à ces plantes du plaisir ? Et surtout, que faut-il en espérer, avec le recul scientifique dont nous jouissons aujourd’hui ? La réponse à la première question est à la fois simple et compliquée. Trivialement, nous cherchons à ressentir et à donner du plaisir, et lorsque nous n’y parvenons pas, nous recourrons à des moyens extérieurs. Josselin Sebille, médecin spécialisé en sexologie et thérapie de plantes servent en premier lieu de messagères, tant les symboles amoureux qu’elles véhiculent sont nombreux. « Elles sont présentes dans les jeux amoureux, par exemple en préparant un plat épicé », propose Josselin Sebille. On attend évidemment bien plus des plantes dites aphrodisiaques. Et c’est ce qu’on nous promet parfois en parlant de «Viagra naturels ». Or c’est à la fois survendeur et très réducteur car, à l’image d’une sexualité complexe, l’action des plantes est très variée.

Chaudes épices

Depuis longtemps, les épices occupent une place centrale dans la famille des plantes aphrodisiaques. Vasodilatatrices, elles apportent un afflux de sang dans les organes périphériques qui s’accompagne d’une petite bouffée de chaleur entraînant  un désir sexuel. Ce faisant, elles créent des sensations supplémentaires amplifiant les stimuli induits par le toucher et l’odorat. Au premier rang de ces plantes chaudes, le gingembre est aussi considéré comme une panacée : une demi-cuillère de gingembre frais râpé, mélangé avec un œuf dur et une cuillère café de miel est un excellent tonifiant sexuel. Les épices sont également dotées d’un haut pouvoir antioxydant, notamment la cannelle et le clou de girofle, important pour la tonicité vasculaire et par conséquent la fonction érectile. Comme on le fait communément en médecine ayurvédique, préparez un thé aphrodisiaque en mélangeant du thé noir avec de la cannelle, du gingembre, de la cardamome, des clous de girofle, de la noix de muscade, des grains de poivre et du safran.

 

 

« De nombreuses plantes dites aphrodisiaques agissent en fait sur la vitalité », résume Nico-las Wirth, naturopathe chez Natura  Mundi. On distingue ainsi en tout premier lieu celles qui sont toniques, agissant sur le système ner- veux, les muscles et les vaisseaux. Riches en minéraux, l’avoine et l’ortie entrent dans cette catégorie, mais aussi des aromatiques telles que le romarin et la sarriette surnommée « herbe aux satyres », et de nombreuses épices. Depuis les Égyptiens et les Romains, l’oignon et surtout l’ail sont considérés comme des aliments propres à fortifi notre santé sexuelle ; ils se sont révélés porteurs de principes anti-oxydants qui fortifi le système vasculaire.

D’autres plantes dites aphrodisiaques éveillent le désir en stimulant les sens. C’est le cas de la vanille, dont la gousse charnue évo- quant une verge en érection a guidé les Amérindiens sur la piste de ses vertus érogènes, de l’ylang-ylang dont les fleurs sont parsemées sur le lit des jeunes mariés en Indonésie et de l’aspérule odorante, cette petite reine des forêts de hêtres avec laquelle on prépare en Allemagne un « vin des amoureux ». Ces plantes contiennent des composés volatils qui, en agissant sur certains médiateurs du système nerveux, aident aussi à la relaxation et modulent la sphère nerveuse et émotionnelle.

Enfin, de nombreuses plantes aphrodisiaques doivent leur réputation à leur action adaptogène, c’est-à-dire qu’elles augmentent la résistance de l’organisme et permettent de retrouver l’équilibre des organes perturbés par un stress ou une contrariété. En l’occurrence, le ginseng, littéralement la « racine-homme », s’est imposé dans le monde entier comme la plante permettant de conserver une activité sexuelle dans la durée. Une synergie de composés – acides aminés, minéraux, vitamines et notamment les ginsénosides – procure à la racine cette place de choix. Si on comprend mieux aujourd’hui pourquoi ces plantes sont qualifi d’aphrodisiaques, elles gardent ce pouvoir évocateur qui de tout temps a fait rêver les hommes et les femmes.

Femmes, levez votre voile

On dit que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus! Mais en termes de sexualité, les exigences féminines rejoignent à l’heure actuelle celles des hommes. L’hormone principale du désir chez la femme n’est autre que la testostérone ! Elles veulent s’ouvrir plus complètement au plaisir, en découvrir les multiples facettes et en amplifier la résonance. Alors il ne faut pas s’arrêter face aux difficultés, la plus fréquemment rencontrée étant la perte de désir. « Manifestes en post-partum, à la ménopause et après, les problèmes de désir surviennent aussi lors de prises hormonales et tout simplement en cas de la fatigue, après le travail et les tâches ménagères », rapporte Bérangère Arnal. Pour la gynécologue phytothérapeute, la prise de magnésium se révèle alors indispensable, ainsi que les vitamines B6 dont l’ail frais est très riche et plus encore l’huile de germe de blé. Celle-ci est également intéressante par voie orale pour nourrir les muqueuses génitales asséchées. Bérangère Arnal prescrit aussi des plantes sédatives et anxiolytiques pour aider à gérer le stress lié à l’acte sexuel: aubépine, mélisse ou camomille romaine, sous forme de tisanes ou d’extraits. Ces dernières peuvent aussi être utiles en cas de vaginisme, un autre obstacle qui peut survenir dans la vie intime d’une femme : contraction incontrôlée du périnée empêchant la pénétration du sexe du partenaire, cette difficulté pourra nécessiter un entretien avec un sexothérapeute, voire un hypnothérapeute.

Dans sa sexualité, la femme peut aussi être gênée par des douleurs à la pénétration, qui peuvent être dues à sécheresse vaginale, à des infections telles que les mycoses ou plus simplement des inflammations en lien avec l’hygiène intime. Dans ce dernier cas, des gestes simples permettent de se prémunir: il faut éviter de se laver trop fréquemment avec des savons décapants et utiliser plutôt des gels doux, au calendula par exemple ; on peut y ajouter de temps à autre une goutte d’huile essentielle de géranium rosat en cas d’infections à répétition.

L’homme à l’épreuve de la performance

L’enjeu de la performance sexuelle a toujours été un marqueur fort de l’identité masculine. Il est révélateur que les troubles touchant la libido de l’homme soient regroupés sous l’appellation floue et  anxiogène d’« impuissance »… Ainsi la baisse du désir sexuel peut venir d’une fatigue générale ou de formes de stress chroniques pour lesquels les plantes peuvent réellement soutenir l’homme. Il est conseillé de faire alors une cure de quelques semaines de plantes adaptogènes avec un effet sur les glandes endocrines : en cas de fatigue physique choisissez l’éleuthérocoque (TM, 150 gouttes le matin) et si c’est surtout dû au stress, optez pour Panax ginseng (posologie variable selon la galénique) ou l’avoine (macérat glycériné 1D, 120 gouttes par jour). Si le manque d’appétence sexuelle est lié de manière plus marquée par une moindre sécrétion de tes- tostérone, par exemple liée à l’avancée en âge, vous pourrez compléter avec la sarriette (teinture mère ou infusion) ou des onctions d’huile essentielle de cabreuva (Myrocarpus fastigiatus) et de thym saturéioïdes (à 10 % dans de l’huile végétale en massage sur le bas du dos), deux spécifiques des asthénies sexuelles. D’après l’aromathérapeute Michel Faucon, cette dernière aurait en outre la faculté de stimuler l’amour-propre et d’aider dans la relation à l’autre, ce qui est évidemment bénéfique tant on sait l’importance de la part psychologique dans l’acte sexuel. « Il faut raisonner de manière globale et harmoniser la fonction plutôt que de se focaliser sur le symptôme: faire baisser le stress, travailler à la tonicité vasculaire, prévenir l’oxydation, s’assurer d’un apport suffisant en zinc et magnésium (nécessaire à la contraction des muscles lisses du pénis) ou en arginine (un acide aminé) », conclut le D Schnebelen.

Se rencontrer

À l’heure où le nombre de partenaires sexuels au cours de la vie augmente, où les possibilités de rencontre se multiplient toutes générations confondues, où le sexe se banalise au point d’être partout, nous entretenons un rapport tout à la fois familier et ambivalent à la sexualité. Lieu de promesses d’épanouissement, la sexualité peut amener avec elle un ensemble d’injonctions auxquelles il est diffi de se soustraire dans un monde où tout doit fonctionner bien et aller vite : une érection en béton sur commande pour monsieur, un orgasme à la minute pour madame, un désir prêt à surgir chez les deux à tout moment. Et ce, à tout âge. Au vu de ces attentes démesurées, la frustration nous guette ! Or l’intermittence du désir est normale (flux hormonaux, circonstances de vie, passage du temps, etc.) et la rencontre des corps répond à une mécanique subtile. Pour se soustraire à la dictature de l’immédiateté certains conseillent la « décélération érotique ». Prendre son temps est en effet un bon moyen de se centrer sur toutes ses sensations corporelles – vue, toucher, odorat, ouïe – et de faire taire le mental pour ouvrir un autre espace de communication avec son ou sa partenaire. Car le plaisir mutuel s’apprivoise et apprendre à se connaître «par corps» peut prendre un peu de temps. Le passage par la case massage pas sage vous permettra par exemple de vous exercer au lâcher prise ou à l’exploration du corps de l’autre. La verbalisation de ses désirs est également un bon moyen d’éviter la routine qui guette tous les couples à un moment ou à un autre. Pour certains, il faudra dépasser la peur d’être jugé, de ne pas pouvoir répondre aux attentes de l’autre, sentiments d’atteintes aux idéaux de féminité ou de virilité, conditionnements… Pourtant ouvrir un espace de parole autour de la sexualité permet de ne pas répéter en boucle un script écrit d’avance. Quoi de mieux, au fond, que de toujours réécrire son histoire à deux ?