• Aromathérapie : peau et soleil

L’Amazonie dans la peau tout l’été

Voilà quelques années déjà qu’on nous met en garde contre l’exposition prolongée au soleil quand arrive l’été. À tel point que le public commence à faire l’amalgame soleil = danger, et à finalement voir l’astre du jour comme un ennemi. L’est-il vraiment ? Bien sûr que non.

Cependant, des phénomènes nouveaux viennent quelque peu gâcher la fête, et il faut en tenir compte. En premier lieu, l’atmosphère terrestre, profondément modifiée par l’activité humaine, ne filtre plus le rayonnement solaire aussi efficacement qu’autrefois, ce qui le rend effectivement plus agressif. En second lieu, les crèmes solaires censées nous protéger seraient en réalité pire que le mal, la faute à des constituants pas très nets.

Heureusement, la nature nous sauve encore une fois la mise avec une palette de plantes d’Amérique du Sud ‒ eh oui, une fois de plus ‒ utilisées traditionnellement par les Indiens d’Amazonie, dont l’urucum.

 

Les crèmes solaires, dangereuses ou protectrices ?

S’il est vrai que s’exposer au soleil aux heures les plus chaudes est déconseillé (en gros deux heures avant et après le zénith, soit entre 12h et 16h en tenant compte du décalage par rapport à l’heure solaire), prendre un bon bain de soleil reste un plaisir et un bienfait, autant pour le corps que pour le moral.

D’où la nécessité de pouvoir recourir à une solution autre que les crèmes du commerce, aujourd’hui bourrées d’ingrédients peu sympathiques, parmi lesquels des allergisants, des perturbateurs endocriniens, des cancérigènes reconnus et des nanoparticules.

Tout ou partie de ce petit monde se retrouve à différents endroits dans votre corps, avec des effets dont personne ne semble vraiment se préoccuper. Hormis peut-être les associations de consommateurs et les défenseurs de l’environnement. UFC-Que choisir  et 60 millions de consommateurs, par exemple, ont publié plusieurs tests mettant en évidence que les crèmes solaires ne tenaient pas toutes leurs promesses et renfermaient bien des composants suspects.

 

L’urucum, vous en avez déjà mangé sans le savoir

L’urucum (Bixa orellana), appelé aussi roucou, roucouyer ou achiote, est assez peu connu du public sous nos latitudes. Originaire d’Amérique du sud, il est utilisé depuis plusieurs décennies par l’industrie agroalimentaire, qui en tire un colorant (E160b) d’une teinte rouge brique. Son utilisation est suffisamment diversifiée pour que vous en ayez certainement déjà consommé, sans doute sans le savoir.

Les fromages de Hollande (cheddar, mimolette et gouda) tirent leurs couleurs chatoyantes de ce colorant, mais on le retrouve aussi dans la quasi-totalité des produits apéritifs, dans des desserts lactés, des sorbets, des boissons, des charcuteries, des céréales de petit-déjeuner, des huiles alimentaires… Bref, il ressort assez rapidement qu’il est presque impossible de passer outre.

Il est aussi incorporé dans certains aliments du bétail : les poules, par exemple, en reçoivent pour colorer leur chair ainsi que le jaune de leurs œufs. On n’arrête pas le progrès… Tout compte fait, cela n’est peut-être pas bien grave, dans la mesure où ce fameux E160b reste un extrait végétal, ce qui est plutôt louable au vu de tous les additifs de synthèse dont nous sommes assaillis.

 

La protection « magique » des Indiens d’Amazonie

Les populations amérindiennes, du moins celles qui avaient connaissance de l’urucum, s’en servaient traditionnellement comme teinture ornementale sur leur corps et sur d’autres supports, notamment textiles. Elles voyaient aussi l’urucum comme une protection magique. Se sentant véritablement nus et fragilisés sans cette « parure », il était inconcevable pour ces Amérindiens de partir en chasse ou se confronter à une tribu rivale sans s’être enduit au préalable du précieux onguent rouge orangé.

Pour sa fabrication, la poudre de roucou était mélangée à une huile végétale extraite des noix de carapa, un arbre de très haute taille assez largement distribué en Amérique et en Afrique tropicales, appelé aussi andiroba.  Ce choix n’est pas neutre, puisque cette huile présente des propriétés médicinales parfaitement indiquées sous ces contrées : ses triterpènes non toxiques pour l’homme et sa richesses en acides gras insaturés en font un excellent répulsif à insectes, ainsi qu’un anti-inflammatoire efficace.

 

Des propriétés en affinité avec l’épiderme

La poudre d’urucum est très riche en caroténoïdes (dont la bixine et la norbixine, très proches du bêta-carotène). Les caroténoïdes, vous en avez déjà souvent entendu parler dans nos publications pour leurs vertus sur la peau et les yeux. Mais l’urucum est aussi particulièrement généreux en minéraux, dont le calcium et le magnésium, ainsi qu’en oligoéléments comme le zinc, le cuivre, le souffre ou encore le précieux sélénium.

Cette brochette d’actifs fait de l’urucum un excellent agent antivieillissement : en plus de stimuler la fabrication de mélanine ‒ à l’origine du bronzage ‒ il limite la dangerosité du rayonnement UVA et aide à maintenir l’élasticité de la peau. Il en favorise aussi la réparation et la cicatrisation en cas de brûlure ou de blessure, et possède même des vertus antifongiques. 

 

Confectionner son huile préparatrice

Il est tout à fait envisageable de préparer soi-même une excellente huile préparatrice au soleil, qui peut même convenir comme crème solaire  pour les peaux les moins fragiles. Son niveau de protection équivaut à un indice 4, donc les peaux sensibles devront avoir recours à une « vraie » crème solaire au préalable.

On pourra, cerise sur le gâteau,  accentuer en même temps le caractère répulsif contre les insectes.

 

Ingrédients pour 50 ml de préparation1 :

  • 15 ml d’huile de noyaux d’abricots (nourrissante et réparatrice)
  • 15 ml d’huile de jojoba (pénétrante, calmante et assouplissante)
  • 10 ml d’huile désodorisée de sésame2 (photoprotectrice)
  • 5 ml d’huile végétale de buriti (colorant naturel et photoprotectrice)
  • 5 ml d’huile végétale d’andiroba (répulsif des insectes)
  • 1 cuillère à café rase de poudre d’urucum (colorant naturel)
  • 5 gouttes de vitamine E végétale (conservateur)

 

Lavez-vous soigneusement les mains et assurez-vous de la propreté des ustensiles que vous utiliserez pour confectionner cette préparation. Mélangez avec précaution les différentes huiles en remuant doucement, puis incorporez la poudre d’urucum et continuez à remuer jusqu’à obtenir un mélange homogène. Ajoutez la vitamine E en dernier, tout en continuant à mélanger.

Transvasez dans un flacon en verre, sombre ou opaque si possible, et conservez à l’abri de la chaleur et de la lumière pendant 24 heures. Puis filtrez pour retirer la poudre, au travers d’un linge en coton au tissage suffisamment serré (le filtre à café ne convient pas pour ce genre de filtration, rien ne passe) et toujours dans un contenant en verre. Conservez votre préparation à l’abri de la lumière et au frais, et utilisez-la dans l’année.

 

L’huile de buriti protège et donne bonne mine

Le buriti (Mauritia flexuosa ou vinifera) est souvent qualifié par les populations de la région centrale du Brésil d’ « arbre de vie », tant il a de choses à offrir. Très ancré dans la vie quotidienne, son bois sert à faire des charpentes, ses feuilles à confectionner sacs, paniers et autres chapeaux, et son fruit est aussi apprécié des humains que des Aras ou des poissons (lorsqu’ils tombent à l’eau, ce qui est commun puisque cet arbre adore les régions marécageuses).

Ce qui nous intéresse ici, ce sont les propriétés de l’huile extraite des graines. Elle a la réputation d’absorber une partie du rayonnement UV et d’emprisonner les radicaux libres générés par l’exposition au soleil. L’huile de buriti est riche en actifs, notamment en caroténoïdes et en oméga 9 très nourrissants pour la peau. Sa couleur orange foncé à rouge et ses propriétés antioxydantes (comme l’urucum) et hydratantes favorisent le bronzage et un teint rayonnant.

 

Peut-être un bel avenir pour l’huile d’andiroba

Aussi inconnue chez nous que celle de buriti, l’huile extraite des noix du carapa (Carapa guianensis, appelé aussi andiroba) pourrait connaître une certaine notoriété dans les années à venir pour sa faculté à repousser les insectes. Je fais allusion à la progression galopante des populations de tiques, ainsi qu’à celle du désormais fameux moustique tigre, que certains ont déjà cru apercevoir jusqu’en Alsace (ce qui demande à être vérifié, même si ce n’est sans doute plus qu’une question de temps).

Ce qui est certain, c’est qu’il est bel et bien implanté dans le pourtour méditerranéen, et qu’en plus de moustiquaires aux fenêtres, un bon répulsif ‒ non chimique ‒ ne sera pas de trop ! C’est donc tout naturellement qu’on l’associera à l’urucum dans notre petite recette, parce que c’est quand même plus agréable de prendre le soleil sans être dévoré par une nuée de volants en tous genres. Autres intérêts de l’huile d’andiroba : elle soulage les rhumatismes et les douleurs articulaires, assainit la peau (elle est réputée bénéfique sur le psoriasis), réchauffe et décontracte les muscles.

 

L’urucum intéressant aussi en usage interne

La poudre d’urucum se prête volontiers à la cuisine en tant que condiment alimentaire. C’est une épice fine et discrète, qui apporte à vos préparations culinaires un petit goût qui se situe ‒ c’est une question de palais ‒ entre ceux du safran et du paprika. On peut en consommer jusqu’à 1 cuillère à café rase par jour, dans les pâtes, le riz, les légumes, la vinaigrette, la mayonnaise…  

Son principal intérêt, en interne aussi, réside dans sa richesse en caroténoïdes qui atteint 3200 mg pour 100 g de poudre (contre 7 à 8 mg pour 100 g de carottes), et le fait qu’elle soit combinée avec une teneur intéressante en sélénium, pour leur synergie antioxydante. Sous la forme d’une petite cure avant la saison estivale, l’urucum stimule la production de mélanine dans l’épiderme, en véritable autobronzant naturel, et prépare la peau à l’exposition au soleil, épargnant les habituels coups de soleil de début d’été. C’est aussi un tonifiant de la sphère digestive.

Quelques précautions à prendre tout de même : attention aux tâches sur les vêtements ainsi que sur certaines surfaces poreuses, car l’urucum est un colorant puissant et tenace. Attention aussi à la possibilité de présenter une allergie. La probabilité semble très rare d’après le peu de données disponibles, mais elle existe.

 

Prendre soin de sa peau : pour en savoir plus

Vous voilà un peu mieux armé pour partir vous faire dorer la pilule en toute sérénité, ou tout au moins disposez-vous d’une alternative naturelle pour ménager votre désir d’exposition au soleil et la préservation de votre peau. Pour d’autres aspects quant aux soins à apporter à notre précieux épiderme, je vous renvoie au dossier de notre mensuel Plantes & Santé du mois de Juin que vous pouvez commander en vous rendant sur notre boutique. Car après tout, quelle meilleure occupation qu’une bonne lecture pendant un bain de soleil… ! 

 

1. AVERTISSEMENT : les propriétés, indications et modes d'utilisation sont tirés d’ouvrages ou sites internet de référence en aromathérapie et phytothérapie. Ces informations sont fournies à titre informatif et ne sauraient en aucun cas constituer une information médicale, ni engager notre responsabilité. Pour tout usage des huiles essentielles, des hydrolats et des plantes ou poudres de plantes dans un but thérapeutique, consultez un médecin.

Certains ingrédients peuvent présenter un risque d’allergie chez des personnes sensibles : faites toujours un test préalable de 48H dans le pli du coude pour vérifier qu'aucune réaction n'apparaît avant d'utiliser votre préparation.

2. Faire un test préalable également, car l’huile de sésame peut s’avérer allergisante sur certaines peaux sensibles.