• L'ortie

L’ortie veut prendre ta douleur

A priori, rien n’est plus commun qu’une mauvaise herbe. Et puis, qui n’a jamais eu, dans l’enfance au moins, une expérience douloureuse avec les orties ? Une chute de vélo qui se termine mal, ou une randonnée passée à se démanger ?

Pourtant, vous serez étonné d’apprendre tout ce que cette plante farouche peut faire pour vous. Certes, aujourd’hui on parle beaucoup de l’ortie pour prévenir la chute des cheveux. Soit dit en passant, regardez la composition des lotions en question, et vous verrez qu’il y a moins d’ortie que de produits chimiques aux noms incompréhensibles et aux effets dangereux.

Mais surtout, elle ne sert pas qu’à cela ! Depuis la plus haute Antiquité, on lui prête des vertus tonifiantes, et cette énergie a pour vocation de s’insinuer partout dans votre organisme. Elle renforce l’immunité, reminéralise, équilibre les règles, lutte contre les rhumatismes, et a encore bien d’autres effets bénéfiques, aphrodisiaques notamment.

Ainsi, vous gagnerez plus à prendre de l’ortie qu’à l’éviter. Une petite flagellation pour vous mettre en jambes ?

 

Contre l’arthrite, flagellez-vous !

L’ortie est présente dans les régions tempérées du monde entier, et elle est utilisée depuis la nuit des temps comme source de nourriture, de fibres et de remèdes.

On a découvert au Danemark des linceuls en fibres d’ortie datant de l’âge du bronze. De leur côté, les Egyptiens antiques mentionnaient déjà les infusions d’ortie pour soulager l’arthrite et les lumbagos. Au haut Moyen Âge, elle était l’un des ingrédients du « charme des neuf plantes », remède anglo-saxon utilisé contre les empoisonnements et les infections.

Mais surtout, dès l’Antiquité, l’ortie a servi à une pratique que l’on nomme urtication, c’est-à-dire à l’autoflagellation avec les branches. Les légionnaires romains s’en servaient pour soigner leurs jambes fatiguées et endolories, et les Amérindiens utiliseraient encore cette pratique, de même que les Sibériens.

Or cette pratique, qui peut sembler inutilement douloureuse, a été validée scientifiquement pour le traitement l’arthrite ! En effet, l’urtication stimule la circulation et aide l’élimination des toxines causant les rhumatismes. De plus, l’acide formique des orties semble avoir un effet bénéfique sur les articulations souffrantes.

Ainsi, notre ortie, la grande ortie (Urtica dioica) était déjà tenue pour une panacée au Moyen Âge, capable de lutter contre les hémorragies et de purifier le sang. En fait, son secret est qu’elle synthétise des substances spécifiques au règne animal, comme l’acide formique propre à la fourmi rouge, ou l’acétylcholine, présente dans le dard de l’abeille (Apis mellifica). Elle contient aussi de l’histamine et de la sérotonine.

Reconnaissons tout de même qu’il faut beaucoup de courage pour se soumettre à ce traitement, et qu’il y a d’autres moyens plus doux pour profiter des nombreuses vertus de la plante.

 

Les femmes particulièrement concernées

Outre ses propriétés antirhumatismales, elle est aussi reminéralisante, antianémique, hémostatique, préventive de l’artériosclérose, antiallergique et dépurative. Elle renforce le système immunitaire, se révèle antiasthmatique, antipelliculaire, astringente, diurétique, hypoglycémiante, hypotensive, pectorale, styptique (qui empêche l’écoulement du sang), rubéfiante, et tonique. Rien que ça.

Les femmes sont particulièrement sensibles à ses bienfaits, puisqu’elle est tout à la fois emménagogue et hémostatique, c’est-à-dire qu’elle permet de faire venir les règles et de les stabiliser si elles sont trop fortes. Comme elle est purificatrice du sang, elle fortifie les femmes enceintes, et elle aide enfin à faire monter le lait (galactagogue). Toutefois, si l’ortie sèche est un tonique nourrissant pour les femmes enceintes, l’ortie fraîche stimule l’utérus et doit être évitée pendant la grossesse.

Ses propriétés la rendent également utile aux anémiques comme aux goutteux, car elles permettent l’élimination de l’urée et de l’acide urique. L’ortie est fidèle en traitement de fond, puisqu’elle reminéralise et draine en même temps, ce qui est préconisé aux patients en surcharge métabolique.

Les extraits d’ortie peuvent donc être utilisés pour traiter l’arthrite, l’anémie, le rhume des foins et les problèmes rénaux. Elle aide aussi à soulager les difficultés urinaires associées à l’hyperplasie prostatique bénigne. Elle remédie au diabète et ses semences sont aphrodisiaques. On s’en sert également comme anti-énurésique (contre les fuites urinaires nocturnes).

 

Aussi riche que la viande

Si la composition nutritionnelle des orties varie en fonction de l’organe de la plante, ce sont surtout les feuilles qui sont recommandées pour l’alimentation. Elles font un excellent tonique de printemps et un remède détoxicant général, contenant des flavonoïdes, des acides organiques, des éléments minéraux en grande quantité (sels de calcium, de potassium, silicates solubles), des vitamines A, C, D et K.

Très riches en protéines complètes, équilibrées en acides aminés, elles ont la même valeur nutritionnelle que la viande. Elles contiennent 8 fois plus de vitamine C que les oranges, 2,5 fois plus de fer que les épinards, presque autant de calcium que le fromage et une quantité impressionnante de provitamine 1.

Elle se mange, crue ou cuite depuis la nuit des temps. Très revitalisante, elle est préférable à l’épinard car elle ne contiennent pas d’oxalates (substances toxiques pouvant conduire à des calculs rénaux, et présentes dans de très nombreuses plantes, dont le thé, les agrumes, les framboises, le cacao, la rhubarbe, les fraises…).

Le jus frais d’orties convient pour l’épuisement nerveux et physique mais aussi en cas de goutte, puisqu’il accroît l’excrétion de l’acide urique par les reins, selon de récentes études.

Toutefois, à cause de sa réputation de mauvaise herbe, l’ortie a longtemps été réservée au fourrage. Les feuilles servaient de nourriture aux volailles, aux canards et aux cochons. Les maquignons la mélangeaient quelques fois à l’avoine pour rendre les chevaux plus fringants et leur donner un poil plus brillant. Mélangée à la pâtée des poules, elle en activerait naturellement la ponte.

L’intérêt gastronomique indique de ne récolter que les jeunes pousses, tout au sommet de la plante, avec les quelques feuilles terminales. Les pousses plus mûres doivent être broyées afin d’être expurgées de leurs pouvoirs urticants.

Dans certaines régions, on mange les jeunes pousses en potage, en vinaigrette ou même crues, comme au XVIIIe siècle. On en prépare un beurre parfumé ou un pistou, et on la mange classiquement en soupe, mais aussi en soufflé ou en quiche.

Si les propriétés de l’ortie, ce « super-aliment », vous intéressent, retrouvez toutes nos recettes dans le dernier numéro de Plante & Santé.

 

L’ortie sans la douleur

L’ortie se trouve assez facilement dans le commerce. En EPS (extraits de plantes standardisés), il suffit d’une cuillère à café par jour.

Faites attention toutefois, une utilisation excessive peut interagir avec le traitement du diabète et de la pression sanguine, ainsi qu’avec les médicaments anti-inflammatoires et sédatifs. Elle est également contre-indiquée en cas de rétention d’eau causée par une fonction cardiaque ou rénale déficiente.

Enfin, pour celles et ceux qui se soucient de garder leur cuir chevelu en pleine santé, prenez 100 g de racines d’ortie pour 1 litre d’eau et faites bouillir pendant ¼ d’heure. Filtrez, et vous obtenez une lotion quotidienne, à même de lutter contre l’alopécie (chute de cheveux) ! Passez le suc obtenu sur le cuir chevelu avant le shampooing et laissez reposer dix minutes.

Que l’ortie redonne un coup de fouet bien mérité à votre santé !

 

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