• Phytothérapie : libido

Libido à zéro, phyto à gogo

Il est maintenant de bon ton d'affirmer que les plantes aphrodisiaques relèvent d'une énorme mystification. Beaucoup d'amoureux de la nature partagent cette opinion très répandue. Des personnes qui se soignent avec les plantes n'hésitent plus à affirmer que ces histoires d'aphrodisiaques, bien jolies, ne sont que légendes. Et de reprendre toujours le même argument : il n'existe pas de preuve scientifique qui pourrait confirmer de telles propriétés chez telle ou telle plante. Curieux, si l'on considère que ces fameuses preuves font aussi défaut à la majorité des plantes, pourtant mises en avant par la science elle-même pour leurs vertus thérapeutiques…

 

Mais pourquoi donc les plantes, qui traitent tant de maux humains, n'auraient-elles aucun pouvoir sur la sexualité?

 

Le dédain est légitime : les marchands nous ont abusés pendant des siècles. Mais ce rejet en bloc du végétal aphrodisiaque, savamment entretenu par quelques experts, ne cache-t-il pas un autre mercantilisme ? Comprenez : rien ne vaut les pilules de synthèse !

 

Trop d'amour à vendre

 

D'accord, les Anciens, avec leurs histoires de philtres d'amour, n'y sont pas allés de main morte. Entre croyances émoustillantes, mythes et réalité, on nous a vendu à prix d'or (et on continue) un peu de tout au rayon aphrodisiaque. À boire, à manger, et plus si affinités… Franchement, d'où vient la réputation du concombre ?

 

La liste des plantes susceptibles de nous faire de l'effet laisse perplexe. Il y a les exotiques, affriolantes : muira puama, damiana, ylang ylang, bois bandé… Il y a le panier de la ménagère : asperge, carotte, clou de girofle, angélique, fenugrec, rose, oignon, sésame (graine), avocat, banane, céleri, ail, abricot, radis, potiron (graine)… Chaque tradition, chaque culture a apporté son écot. Si l'on y ajoute ce que disent les auteurs de traités et les légendes historiques, tout est bon pour le sexe…

 

En fin de compte, qui ne s'est pas dit après avoir essayé un "secret de virilité" ou succombé à une "promesse d'extase" : C'est moi qui ne réponds pas ou c'est la plante?… Comment ne pas tomber dans l'incrédulité ?

 

 

Autant de secrets que d'individualités

 

L'igname sauvage ou l'avocat des Aztèques, les pois chiches des Romains, l'ail d'Henri IV, l'asperge de François Ier, le cresson des serfs du Moyen Âge, le cacao de Mme de Sévigné, l'absinthe des poètes, la truffe de Brillat Savarin, la sarriette de Mességué… Quelle auberge espagnole !

 

On peut en sourire, mais on peut aussi se dire qu'il n'y a pas de fumée sans feu, la nature étant un formidable réservoir de ressources prompt à contenter la libido de chacun et l'imaginaire qui la nourrit. Ces histoires ne sont pas sans fondement… Prenez l'igname sauvage à la mode chez les Aztèques : la découverte récente de sa richesse en progestérone a abouti à l'invention de la pilule contraceptive…

 

En réalité, la force d'un aphrodisiaque est aussi d'être en soi un objet de désir, un remède convoité. Sur fond de croyances personnelles et collectives, l'auto-persuasion et l'effet placebo joue un rôle certain dans son efficacité… Aux Antilles, qui oserait dire que le bois bandé n'est qu'un attrape-couillon ? (À part les épouses…)

 

Et même si quelques plantes sont réellement plus excitantes et plus efficaces que d'autres, il n'y a pas un secret, une sorte d'élixir universel pour tous, mais autant de secrets que d'anatomies et d'individualités.

 

J'ai un ami par exemple qui ne jure que par l'oignon, qui, dit-il, lui donne un tonus sexuel d'enfer. Devant mon étonnement, il m'a expliqué un jour que quelques lamelles d'oignon sur une salade, par exemple, ne lui faisaient aucun effet, mais qu'une sauce concentrée en oignons le transformait en étalon… Allez comprendre ! Certes, l'oignon fait partie de la liste des aphrodisiaques potentiels, mais comment expliquer qu'il soit si efficace pour cet ami alors que chez la plupart des gens, il ne provoque rien ?

 

La nature n'est pas un sex-shop

 

Le désamour pour les « plantes de l'amour », comme les qualifie l'écrivain et herboriste Bernard Bertrand (auteur d'un bel «Herbier érotique»), n'est pas étranger à ce côté foutraque des aphrodisiaques où chacun peut faire valoir sa recette personnelle. Ou sa tentative désespérée d'en trouver une…

 

Et si tant sont déçus, c'est aussi parce qu'en matière de sexe, on demande aux plantes l'impossible : des résultats forts et immédiats. Et souvent de manière caricaturale : d'une façon ou d'une autre, il s'agit de bander, et de jouir ! Forcément, il y a de quoi être déçu(e) : il n'existe pas de plante pour jouir sur commande. La nature n'est pas un sex-shop…

 

Manque de désir sexuel, panne physique ? Le réflexe « pilule de synthèse » (bleue ou rose, comme le nouveau « Viagra » féminin) est toujours le plus fort. La fin justifie les moyens…

 

Pourtant, le monde végétal regorge de plantes qui réchauffent le cœur, apaisent les émotions, calment le mental, renforcent le bien-être et la complicité, favorisent la réceptivité, le don de soi, échauffent le désir et tonifient les organes. Cela suppose de considérer la sexualité autrement, dans sa globalité, et d'être à l'écoute de soi et de l'autre.

 

Mille et une manières de booster sa sexualité

 

Culturellement, on a tendance à limiter les difficultés sexuelles à l’homme et à un seul symptôme : l’absence d’érection. Pourtant, il existe une multitude de situations très différentes : absence de désir, manque de fécondité, excès d’émotivité chez l’homme comme chez la femme, blocage dû au stress…

 

Évidemment, si vous êtes de ceux qui cherchent encore la corne de licorne, le secret qui vous donnera un pouvoir irrésistible sur vos semblables, mieux vaut passer votre chemin (allez braconner le rhinocéros en Afrique, au cas où…).

 

Pour ceux qui souhaitent, en revanche, résoudre un problème sexuel en douceur, il existe des dizaines de plantes parfaitement indiquées. Elles sont stimulantes, à action antistress, hormonale, circulatoire… et c'est ainsi que certaines d'entre elles, qui n'ont parfois même pas d'étiquette aphrodisiaque, attisent la flamme du désir. À chacun de trouver les bons ingrédients et la formule qui lui convient.

 

Le meilleur des stimulants est peut-être dans votre cuisine

 

Je ne ferai pas ici l'apologie du bois bandé (qui ne m'a jamais fait d'effet, en tout cas moins que le rhum qui l'accompagne), du yohimbé (radical pour l'homme mais interdit, même dans les sex-shops), du tribulus (anabolisant mais risqué, surtout contrefait…) ou de la damiana (dont les señoritas mexicaines font des infusions avant d'aller au lit). Je vous livrerai d'autres solutions, plus éprouvées, et quelques trucs (patience !).

 

Mais avant d'aller plus loin, connaissez-vous les aliments susceptibles de titiller votre libido ? Celui qui vous convient est peut-être parmi eux, et dans tous les cas votre santé sexuelle vous dira merci :

 

  • - L'ail : de très nombreux témoignages attestent de son pouvoir (on le trouve dans les plus anciens philtres d'amour). Son action bienfaisante sur la circulation sanguine n'est pas la moindre de ses vertus… Pensez à « l'ail au lit »…
  • - L'artichaut : « L'artichaut, le bel artichaut! Pour avoir le corps et le cul bien chaud!», criaient les marchands sous Henri IV. On ne sait pas trop sur quoi repose sa réputation, mais le fait est que l'artichaut a longtemps été interdit aux femmes.
  • - L'asperge : plusieurs rois de France s'en sont entichés (jusqu'à Louis XIV). Elle est riche en phytoestrogènes et stimule la production de testostérone.
  • - L'avoine : cette céréale, dont on avait observé qu'elle excitait fortement les chevaux à forte dose, contient un alcaloïde, l'avénine, stimulant du système nerveux central.
  • - Le céleri rend sa force au vieux mari»…) : sa richesse en vitamines A, C, B, P, sels minéraux et oligoéléments expliquerait en partie son pouvoir chez les hommes.
  • - Le cacao : sa teneur en arginine, que le corps transforme en oxyde nitrique, substance impliquée dans les mécanismes du désir (le Viagra agit à ce niveau aussi) joue autant que son pouvoir de libérer des endorphines antistress…
  • - Le fenouil : le bon sens populaire atteste que la consommation régulière de fenouil accroît le tonus sexuel…
  • - Les épices, le gingembre, la cannelle : tous dilatent peu ou prou les vaisseaux sanguins et échauffent les sens…
  • - L'oignon: sa richesse en principes soufrés (comme l'allicine que l'on retrouve dans l'ail) est déjà une promesse de tonicité…
  • - Les pois chiches : cet aphrodisiaque réputé chez les Romains (qui en donnaient à leurs étalons) a été remis à l'honneur par le Pr Joyeux qui affirme dans ses conférences qu'une poignée de pois chiches cuits al dente (à la vapeur) après une nuit passée à tremper fait autant merveille chez l'homme que chez la femme…
  • - La roquette : le piquant de sa saveur annonce la couleur…
  • - Le sésame : la plante du renouveau, de la conception et de l'éternité en Asie. « Sésame, ouvre-toi ! »
  • - La vanille : précédée d'une solide réputation (depuis les Aztèques), son action reste mystérieuse mais réelle : on l'utilise en homéopathie pour traiter l'impuissance…

 

La cuisine de l'amour est bien plus riche encore. Ainsi, la plupart des 70 plantes présentées par Bernard Bertrand dans son «Herbier érotique» se mangent, de l'anis à la chicorée, la courge, la figue, la grenade (un stimulant féminin trop méconnu), la vigne… Un livre à dévorer pour mieux nourrir sa sexualité et savoir éviter les anaphrodisiaques (réglisse, laitue…) !

 

SOS désir en danger

 

L'inappétence sexuelle, ou la perte de la libido, est le problème que l'on rencontre le plus souvent dans notre société, où stress et médicaments en tous genres sont de vrais tue-l'amour.

 

Évidemment, la première réponse est de réduire son stress et d'alléger sa consommation de médicaments autant que possible, mais le recours aux plantes est aussi précieux. Le ginseng (rouge de préférence), ou l’éleuthérocoque, son cousin russe, sont des plantes puissamment toniques, bien qu’elles ne soient pas excitantes. Elles rééquilibrent le système nerveux, décontractent (en favorisant une montée du plaisir pendant les préliminaires) et stimulent (l’orgasme).

Si le ginseng fonctionne mieux comme stimulant sexuel chez l'homme, il a un équivalent féminin très populaire en Chine : l'angélique (Angelica sinensis).

 

La médecine traditionnelle chinoise nous a fait connaître une autre plante aux effets très surprenants : la schizandra. Les baies de schizandra stimulent et exacerbent les sensations des cinq sens, notamment le goût, l’odorat et le toucher, ce qui en fait un élément de choix pour augmenter sensualité, désir et plaisir : sous son effet, c’est une symphonie de sensations électriques qui apparaît. Antifatigue, la schizandra se consomme en gélules et agit 2 heures après.

 

Pour chasser le spectre de l’impuissance et de la frigidité

 

Devant une stimulation sexuelle, apparaît chez l’homme une érection et chez la femme divers signes de plaisir. L’impuissance ou certains cas de frigidité sont la perte du réflexe nerveux qui suit cette stimulation. Ce réflexe étant originaire du cerveau, on en conclut souvent que le problème "est dans la tête".

 

Pourtant, l’impuissance ou la frigidité relèvent davantage de troubles physiques que mentaux. Ceux-ci peuvent être résolus dans la plupart des cas par la phytothérapie. La première plante à privilégier est le muira puama. Elle possède des actions vasodilatatrices périphériques suivies d’une action stimulante du système nerveux orthosympathique. Elle est par ailleurs capable de restaurer la libido aussi bien de l'homme que de la femme.

 

Une autre plante, la maca, donne souvent de bons résultats face à ces troubles, là aussi chez les deux sexes. Le ginseng des Andes est en effet riche en oligoéléments et en précurseurs hormonaux utiles devant l’impuissance ou la frigidité. Cette plante, à utiliser en usage prolongé, agit également contre l’infertilité.

 

Pour inhiber l'excès d'émotivité

 

Les pannes sexuelles et les blocages sont souvent dus à une émotivité excessive, chez l’homme comme chez la femme, qui bloque la montée du plaisir.

 

Le kudzu, plante aux vertus décontractantes, sera idéal devant des situations de stress et de peur inexpliqués face à une situation normalement harmonieuse comme le rapport amoureux. Certains thérapeutes l’appellent « la plante zen ». Le kudzu modère l’émotivité et le besoin de compenser un malaise par une boisson alcoolisée ou une cigarette, par exemple.

 

Le sabal (fruit du palmier de Floride) est réputé fortifiant et convient bien à une personne frêle, homme ou femme. De par ses propriétés anabolisantes, il agit sur une personne émotive en donnant une meilleure confiance en soi. Le sabal active les fonctions surrénaliennes en même temps que l’activité parasympathique. Il est aussi réputé pour favoriser le développement de la poitrine chez la femme.

 

Les «trucs» anti-panne de l'aromathérapie

 

Les huiles essentielles ont l'avantage d'agir vite (20 minutes environ via la circulation sanguine), fort (en profondeur) et agréablement (l'effet olfactif joue à plein). Ce qui en fait de précieuses alliées dans les situations les plus pressantes et les plus embarrassantes…

 

Par exemple, pour les hommes sujets aux pannes d'érection, une solution assez efficace (que je tiens de mon ami aromathérapeute Luc Grossin) consiste à masser la racine de la verge avec quelques gouttes d'huile essentielle d'hélichryse italienne pure, 20 à 30 minutes avant d’entrer en action.

 

Pour les femmes souffrant de sécheresse vaginale ou d'anaphrodisie (difficultés à atteindre l'orgasme), il existe également des mélanges actifs. Celui-ci, par exemple, en onction de la vulve : huile végétale de jojoba (60 ml), HE d'ylang-ylang 40 gouttes, teinture mère de sauge sclarée 2 ml (attention, en cas de prédisposition au cancer du sein, remplacer celle-ci par quelques gouttes d'HE de galbanum), teinture mère de mandragore (Mandragora officinarum) 2 ml.

 

Pour enflammer les préliminaires, l'huile essentielle d’ylang-ylang est euphorisante et anxiolytique à souhait. Une bonne base de massages à deux…

 

Pour freiner au contraire celles et ceux dont la libido s'enflamme vite et favoriser un échange progressif, on fera appel à l'HE de pruche. À utiliser à raison de quelques gouttes mélangées à une huile végétale, en massage sur le torse.

Pour enflammer ou intensifier au contraire les ébats, le très chaud Bay St Thomas (surnommé « quatre épices » en raison de sa saveur très épicée rappelant la muscade, le gingembre, la cannelle et le girofle) fera merveille dans une huile de massage.

 

Et si la solution était dans la «décélération érotique»?

 

Dans le numéro d'été dernier de Plantes & Santé (n° 148, juillet-août 2014)* en partie consacré aux aphrodisiaques, mes collègues concluaient sur l'importance de prendre son temps dans l'échange amoureux.

 

La décélération érotique est un bon moyen, en effet, de se soustraire à la dictature de l'immédiateté (et de la performance), comme du stress qui l'accompagne, en l'espèce rédhibitoire.

 

Cela passe par l'échange verbal (qui peut éviter la routine et contribuer à la résolution des problèmes), les « massages pas sages » ou d'autres préliminaires à inventer. Cela passe aussi par le contrôle de la respiration et du souffle. Le Tantra a déjà tout expliqué. La solution durable, au fond, est rarement dans les expédients ou les remèdes de fortune.

 

Si l'on opte pour cette voie de la simplicité, un bon thé aux épices suffira. Pour le partage, pour le plaisir… Il existe de savoureux mélanges d'épices, des infusions coquines telles que celle de l'herboriste Jean-François Astier. Ce philtre à base de cannelle, gingembre, badiane, cardamome et cynorrhodon (ici) est parfait pour digérer après un sympathique dîner tout en stimulant d'autres appétits…

Et si l'on opte pour quelque chose de plus élaboré, découvrez ce complexe  dont la synergie des plantes (Salvia officinalis, Inula helenium, Nigella sativa, Piper negrum, Zingiber officinale, Pimpinella anisum) permet d'augmenter le niveaux d'énergie, de stimuler et équilibrer la production hormonale masculine. 

 

Plantes & Santé n° 148

*Pour commander le numéro 148 de Plantes et Santé sur le dossier "Aphrodisiaques, réveillez votre désir", envoyez-nous votre demande par courrier à l'adresse suivante - Plantes et Santé - 65 rue Claude Bernard - 75005 Paris - accompagnée d'un chèque de 7,20 euros (4,20 euros + 3 euros de Frais de port)


 

  • Ecoutez également l'émission sur Radio Médecine Douce : Libido en berne de Patrick Hoor, ostéopathe et directeur de l'école BioSanté
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