• Soyez chou !

Soyez chou !

Le chou possède de nombreuses qualités nutritionnelles et digestives, mais aussi, ce qui est moins connu, des vertus respiratoires, anti-inflammatoires, neuroprotectrices, et même anticancer.  


Le chou, tout le monde le connaît. Ou du moins, croit le connaître. Car il est plein de surprises. Il est un allié de notre santé si fiable que les Romains, nos prédécesseurs en tous domaines, estimaient qu’il permettait de se passer de médecin ! Sans aller jusque-là, il est évident que l’on peut se fier à lui.

Surtout, il a cet avantage qu’il existe mille recettes pour le cuisiner. D’ailleurs, qui n’en connaît pas une ou deux ? Farci ? À la vapeur ? Au bouillon ? En pot-au-feu ? En choucroute ? Chacun arrange le chou à sa sauce.

Bien sûr, le chou possède de nombreuses qualités nutritionnelles et digestives, mais aussi, ce qui est moins connu, des vertus respiratoires, neuroprotectrices, et même anticancer.

Une plante aux mille facettes

D’où vient le chou ? Vraisemblablement, d’un ancêtre sauvage poussant au bord de la mer, sur les falaises calcaires d’Europe.

Ce légume a une capacité extraordinaire à se transformer. À partir des mutations naturelles de la plante, l’homme a réussi à sélectionner des formes très différentes et plus étonnantes les unes que les autres. 

On retrouve aujourd’hui ces crucifères dans notre assiette : chou de Bruxelles, chou-rave, chou-fleur, chou moëllier, chou fourrager, mais aussi pommé, rouge, ou encore le brocoli, déjà sélectionné par les Romains et introduit en France par Catherine de Médicis.

Pourtant, la réputation du chou n’était déjà plus à faire. C’est à Caton l’Ancien, homme politique romain du IIIe siècle av. J.-C. et rédacteur d’un traité d’agriculture parvenu jusqu’à nous, que l’on doit l’idée que le chou pouvait tout guérir, et surtout permettre de se passer de la médecine grecque, dont il interdit le recours à ses enfants.

Les autres Anciens, de leur côté, estimaient que le chou était parfait pour être consommé au début et à la fin d’un banquet, afin de ne pas subir les méfaits de l’ivresse

Ses bienfaits pour le système respiratoire furent appréciés de bonne heure. Ainsi, on tenait le chou rouge comme très efficace pour soigner les infections des bronches et des poumons. Ce n’est donc pas pour rien que l’on en retrouve le sirop et le suc mentionnés au Codex (registre des remèdes naturels français), en 1866.

On utilisait aussi le chou comme remède aux maladies inflammatoires du tube digestif, à la dysenterie, à la néphrite (inflammation rénale) et aux ascites, des épanchements liquides dans l’abdomen symptomatiques de la cirrhose.

Une bombe nutritionnelle

Le chou est un aliment très complet. Il renferme des sels minéraux, des vitamines et des hétérosides sulfurés. Or 70% des acides aminés, les briques que fabrique notre corps, proviennent du soufre ! Ce qui fait de cette plante un reconstituant de premier ordre.

Naturellement, il est antioxydant. Il protégera vos cellules des agressions du temps et des toxiques en tous genres. Déjà, parce qu’il contient de la vitamine C, qui favorise aussi la formation du collagène, matériau principal des cartilages et de la peau, et accélère la cicatrisation. Mais en plus, il est riche en anthocyanosides, des pigments naturels dont l’action antioxydante est telle qu’on les extrait souvent à cette seule fin.

On y trouve également de la vitamine B9, appelée aussi acide folique, essentielle au maintien de la bonne forme de notre ADN et de notre ARN – la carte d’identité et le logiciel de nos cellules – dont dépend notre  santé ainsi que la croissance harmonieuse des enfants et des adolescents.

La teneur du chou en provitamine A (bêta-carotène) protège les voies respiratoires et l’intestin ainsi que la peau, en diminuant l’apparition de l’acné. La vitamine E permet de protéger les cellules des radicaux libres. La vitamine K favorise quant à elle la coagulation et est bénéfique contre l’ostéoporose.

N’oublions pas le chou-fleur ! Il contient lui aussi beaucoup de vitamine C. Si vous en trouvez des rouges (la nature les fait ainsi), jetez-vous dessus. Ils contiennent cent fois plus de bêta-carotène que les autres, ce qui vous donnera bonne mine et contribuera là aussi à lutter contre le vieillissement de vos cellules.

Quant au potassium présent dans le chou-fleur et le chou de Bruxelles, il sera apprécié des sportifs, puisqu’il prévient les crampes et les courbatures après l’effort.

Prévenir les dégénérescences

On peut penser que Caton l’Ancien, grand promoteur du chou, pourfendeur de la culture grecque et de sa médecine qu’il jugeait décadentes, aurait été ravi d’apprendre les pouvoirs anti-dégénérescents de sa plante favorite.

Car le chou et ses cousins préviennent les maladies dégénératives et la dégénérescence cellulaire. Cela, grâce aux nombreuses substances soufrées qu’il contient : la vitamine U, très rare, que l’on ne trouve que dans le chou et la luzerne, et les glucosinolates.

Ces derniers, très concentrés dans les brocolis en particulier, donnent le goût piquant si particulier aux choux et aux autres crucifères. Lorsqu’on les coupe ou qu’on les mâche, une enzyme transforme ces glucosinolates en isothiocyanates, substances aussi actives dans l’organisme que sensibles à la cuisson.

Voilà pourquoi il vaut mieux, pour profiter de tous les bienfaits des choux, les manger crus, en salade, ou cuits légèrement à la vapeur afin de préserver leurs vertus, car 10 minutes d’ébullition suffisent à détruire 50% des glucosinolates. Si vous décidez de les cuire, vous pouvez garder l’eau de cuisson pour des potages, des soupes ou des fonds de sauce.

Les glucosinolates sont aujourd’hui connues pour leurs effets préventifs contre les cancers du côlon, de l’estomac, mais aussi de l’œsophage, du rectum et de la vessie.

C’est surtout aux isothiocyanates, ces petites molécules sensibles à la chaleur, que l’on doit les vertus neuroprotectrices du chou, lesquelles mobilisent une attention soutenue des chercheurs en phytothérapie. Ainsi, la famille des légumes crucifères aurait un effet protecteur contre les maladies d’Alzheimer, de Parkinson, mais aussi réduirait les dégâts consécutifs aux traumas cérébraux.

En outre, une consommation régulière de ces plantes contribuerait à résorber les déficits de l’attention, l’hyperactivité mentale, la dépression, les changements d’humeur et les dommages sur la mémoire à court terme.

Des études sur l'autisme à approfondir

Ces indications cérébrales multiples nous indiquent une chose : toute la lumière n’a probablement pas encore été faite sur le fort potentiel thérapeutique du chou. Encore récemment, en 2014, une étude a beaucoup surpris les chercheurs travaillant sur la question de l'autisme. Elle concernait le sulforaphane, une molécule propre aux crucifères et très présente dans le brocolis, aidant le foie à la détoxification et protectrice contre certains cancers. Après quatre semaines de prise de sulforaphane, on a constaté chez de jeunes hommes atteints de ce qu’on appelle les troubles du spectre de l’autisme (TSA), une amélioration notable de leurs symptômes (difficulté à la communication et à l’interaction sociale, irritabilité, léthargie, hyperactivité…). Cet effet, qu'on pense lié au caractère antioxydant du sulforaphane, a été encore plus net après dix-huit semaines. Les études méritent d'être approfondies car cette molécule est bien tolérée.

Le chou de Bruxelles, particulièrement riche de ces précieuses molécules soufrées, est le sujet de nombreuses études. Il diminuerait la dégradation des tissus cérébraux induits par les toxiques. De même qu’il pourrait prévenir les cancers du rein, des ovaires, de la prostate et du sein.

Le chou rouge, quant à lui, se révèle appréciable contre la dégénérescence maculaire, en plus d’être bon pour le cœur, notamment contre l’hypertension artérielle.

Votre ventre vous dira merci

Cela paraîtra une évidence à certains, mais le chou a des propriétés reconstituantes pour tout l’appareil digestif.

Déjà, la vitamine U, que nous avons précédemment évoquée, aurait des propriétés étonnantes à ce titre, capable de calmer et de cicatriser les ulcères gastriques et duodénaux, mais aussi les gastrites et les troubles dyspeptiques en général : brûlures d'estomac, nausées, régurgitations et dyspepsies hépatobiliaires.

Voilà pourquoi les vieux traités d’herboristerie recommandaient le jus de chou pour les maux de l’estomac et de l’intestin. Il fait en outre office de vermifuge de choix.

En revanche, ce que l’on sait moins, c’est que le chou est hypoglycémiant. Hélas, le principe actif qui participe à cette vertu est trop instable, et on a renoncé à l’en extraire. Il n’en reste pas moins que le chou ne peut vous être que bénéfique si vous êtes diabétique.

Paradoxalement, il peut arriver que l’on ait du mal digérer les choux. Dans ce cas-là, on peut les faire blanchir à l’eau bouillante, mais au risque de perdre une bonne part de ses vertus. La badiane, l’anis, les clous de girofle et la cardamome, non pulvérisée pour garder ses bienfaits intacts, sont utiles pour y remédier.

Digérez le chou en choucroute !

Oui, la choucroute est excellente pour la digestion. Et pas seulement pour ça. Préparation traditionnelle venue d’Asie centrale, elle aurait été apportée en Europe par les Huns lors de leur passage en Autriche et en Alsace au milieu du Ve siècle – le mot vient de l’alsacien sürkrüt, qui signifie chou aigre ou chou acide.

Comme pour d’autres végétaux lactofermentés, les bactéries lactiques opèrent ici la fermentation en transformant le sucre du chou en acide lactique, lequel empêche le développement des autres micro-organismes. En retour, l’acide lactique a une action bénéfique sur notre flore intestinale endogène, et fait un bon désinfectant pour tout le tube digestif.

Cette lactofermentation protège les vitamines du chou et augmente même leur taux. Ainsi, la teneur en vitamine C double au cours du processus ! C’est une opération simple que l’on peut réaliser chez soi. Mais sachez que vous ne pourrez pas déguster votre choucroute avant un bon mois… Enfin, la lactofermentation n’est pas réservée au chou : chou-fleur, navet, carotte et radis s’y prêtent très bien.

Du chou à toutes les sauces

Si vous n’êtes pas fou de choucroute, beaucoup de possibilités s’offrent à vous pour cuisiner le chou.

Comment bénéficier pleinement de ses effets thérapeutiques ? Une vraie cure gastronomique de choux représente 10 à 20 jours d’une consommation quotidienne de 300 à 400 g, moitié cuits, moitié crus. Mais attention, cela impliquera aussi une importante augmentation du volume urinaire…

Vous pouvez aussi vous concocter du suc de chou en broyant les feuilles au mixeur, à raison de 20 à 30 g par jour. Comme vermifuge, une bonne cuillerée de ce suc suffira.

Toutefois, si vous avez des problèmes d’hypothyroïdie avérés, veillez à ne pas en faire une consommation excessive et permanente, car il contient également une autre molécule, la goitrine, qui rentre en compétition avec l’iode dans la production des hormones thyroïdiennes.

Enfin, connaissiez-vous l’usage externe du chou ? Prenez des feuilles bien lavées, auxquelles vous ôterez la grande nervure centrale, puis écrasez-les pour en faire un cataplasme. Voilà un remède bien connu des jeunes mamans pour soulager les mamelons malmenés par l’allaitement ! Il s’avérera aussi bénéfique contre les ulcères, les plaies, les douleurs rhumatismales, la goutte, les articulations douloureuses, les névralgies et les sciatiques.

 

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