• Aromathérapie

Plantes béton pour soins urbains

Il y a quelques semaines, dans une pharmacie de centre-ville où j'avais à récupérer une préparation magistrale d'huiles essentielles, je patientais au comptoir derrière une vieille dame. Elle souffrait d'un œil-de-perdrix aux pieds et réclamait un produit, "le plus naturel possible". On lui a vendu un emplâtre à la feuille de saule. "Une solution pas chère et efficace pour les cors, les durillons, etc.", a lancé la pharmacienne, visiblement contente d'avoir du répondant.

Un emplâtre de 100 g de feuille de saule (avec 40 g d'acide salicylique), c'est une solution éprouvée, relativement bon marché. Sauf qu’à quelques mètres de cette pharmacie se trouve une petite place, plantée de saules... La cliente ne le savait pas mais son remède était là, derrière, naturel et gratis !

Il lui aurait suffi de cueillir quelques feuilles sur ces saules. De les chiffonner en les déchirant, d'en faire une boulette puis de la poser sur son œil-de-perdrix, fixée par un sparadrap. Et de renouveler l'opération chaque soir jusqu'à disparition de la vilaine callosité.

 

Dame Nature surgie du macadam

Des remèdes de ce type, on en trouve à foison dans nos villes. La phytothérapie, se dit-on, est une science des campagnes, une affaire de grand-mères, champêtre... C'est ainsi qu'entre macadam et béton, on passe tous les jours à côté de plantes médicinales bien utiles que l'on piétine souvent sans le savoir.

Notre flore urbaine est en effet loin d'être insignifiante.

Il y a bien sûr les allées arborées, les plantations entretenues par la municipalité, les squares regorgeant de thym, lavande et romarin, les jardinières des voisins à la main verte, les parcelles de potagers et jardins partagés. Mais avez-vous bien observé ? N'y a-t-il pas d'autres plantes ? Des "mauvaises herbes" en bas de chez vous ? C'est dans les fissures de murs que se trouvent les meilleures, celles qui ne se remarquent jamais.

 

L'antigrippe est dans le parc

En ville, par exemple, tout le monde peut trouver du buis : il est omniprésent. Il n’en existe qu’une seule espèce, donc pas de risque de se tromper.

Or ce buis des parcs est précieux pour ses propriétés antivirales : c'est par exemple un excellent médicament contre la grippe (en préventif ou en curatif).

La recette est très simple : une poignée de feuilles de buis pour un litre d’eau, à faire bouillir un quart d'heure, filtrer puis boire. Le breuvage vous fait transpirer ? C'est bon signe.

Avec cette préparation, sachez que vous pouvez aussi nettoyer des plaies infectées à l'aide de compresses bien imprégnées.

 

Le lierre, une aubaine contre la cellulite

Décoration de jardins, tapisserie de murs, plante d'intérieur ou grimpant naturellement sur les arbres, le lierre (Hedera helix) est un trésor de la pharmacopée urbaine.

Les Grecs de l'Antiquité faisaient macérer quelques feuilles de lierre dans leur vin avant de le consommer afin d'éviter les empoisonnements. Et de minorer les effets de l'ébriété (c'est ainsi que la couronne de Bacchus est faite de lierre). Belle légende urbaine avant l'heure... Ce qui n'enlève rien à cette plante aux vertus très polyvalentes !

Le lierre, d'abord, fait un excellent remède face aux inflammations des voies respiratoires et particulièrement des bronches, asthme compris. C'est également un bon moyen de chasser une vilaine toux. Ces qualités ont été validées par la science : on trouve ainsi en pharmacie des sirops antitussifs à base de lierre.

Le plus simple dans ces cas est de le consommer en infusion : une cuillère à café de feuilles séchées dans 150 ml d'eau bouillante (10 minutes), la moitié pour les enfants. Comptez jusqu'à 3 tasses par jour.

Cette infusion de lierre expectorante présente par ailleurs des propriétés dépuratives, antibactériennes et antiparasitaires. Comme le buis, elle peut servir à nettoyer plaies et ulcères.

Mais sachez que ce remède est puissant : il ne doit pas être utilisé plus de deux semaines en interne (risques de diarrhées et d'hépatite).

Enfin, les dames qui veulent surveiller leur ligne auront tout intérêt à ramasser les feuilles du lierre grimpant sur les arbres pour ses propriétés anticellulite. Pour en bénéficier, il suffit de faire bouillir 2 bonnes poignées de feuilles de lierre dans 1 l d’eau que l’on rajoutera dans son bain. On obtiendra ainsi un bain aux vertus amincissantes. Pour éviter une éventuelle allergie, testez au préalable la solution sur l'avant-bras.

 

 

Place des marronniers ou rue des Lilas ?

Vous souffrez de rhumatismes ? Vous pouvez toujours essayer un truc d'anciens : mettre deux marrons dans chaque poche pour atténuer les douleurs, ou l'arthrite ou la goutte. La Vox populi a toujours affirmé que cela marchait. On sait aujourd’hui que le marron d’Inde, fruit toxique, présente en effet des propriétés anti-inflammatoires.

Personnellement, je n'y mettrai pas ma main à couper, mais vous avez une autre solution, fiable : le lilas. Si vos articulations vous enquiquinent, ne loupez pas l’occasion de récolter des fleurs de lilas (surtout si vous habitez en zone périurbaine où il est plus fréquent). C’est un don de la nature pour fabriquer de l’huile antirhumatismale (et si vous ne le faites pas vous-même, sachez que vous n’en trouverez nulle part) : ramassez les fleurs au moment de la pleine floraison, faites macérer dans de l’huile d’olive : au bout d’un mois, vous obtiendrez de l’huile au lilas, excellente en massage pour soulager les douleurs articulaires.

 

Arrêtez de marcher dessus !

Des centaines d'espèces de "mauvaises herbes" ont pris résidence dans nos villes, et la plupart sont bonnes (même en salade). L'ortie en est le plus bel exemple (http://www.plantes-et-sante.fr/article/remedes-ortie-douleur.html). Il y en a d'autres, comme la chélidoine dont la sève est souveraine sur les verrues, ou le très urbain (et très piétiné) plantain.

Une espèce en particulier, facile à reconnaître : le plantain lancéolé, herbacée aux feuilles en forme de lances qui affectionne chemins, pelouses et fissures de vieux murs. Son surnom "d'herbe à cinq coutures" nous aide à l'identifier : ses feuilles présentent cinq nervures très nettes.

 

Le plantain du coin est idéal pour les piqûres d’insectes provoquant des démangeaisons (moustiques, araignées, aoûtats, etc.), et même sur les petites blessures cutanées. Il stoppe l'inflammation.

Faites le test : prenez une feuille fraîche, broyez-la sous vos doigts et appliquez le suc sur l’endroit qui démange. L’effet sera encore plus efficace si vous la mâchez dans la bouche en salivant avant de l’appliquer.

Le plantain est par-dessus tout un remarquable antihistaminique dont l'usage est sans danger. Il calme les allergies aux pollens (dont ceux de plantain !) et tout type de manifestions allergiques, cutanées, oculaires, respiratoires. En outre, il combat lui aussi la toux, soulage les gorges irritées, apaise et purifie les muqueuses (il existe des sirops pour fumeurs à base de plantain). Et même si vous ne choisissez pas le bon plantain, la plupart des espèces présentent ces propriétés.

On peut en faire des infusions ou des macérations. Pour une infusion adoucissante (coup de froid, sinusite, toux, bronchite, fatigue générale), prévoyez 1 cuillère à soupe de feuilles pour 200 ml d'eau, faites infuser 10 minutes dans l'eau bouillante et boire 3 à 4 tasses par jour.

Cette même infusion, utilisée froide, peut servir de lotion adoucissante lors d’eczéma, de dartres et pour les peaux sensibles et irritées.

Pour une macération (laxative) : versez une généreuse cuillère à soupe de graines dans un demi-verre d’eau puis laissez macérer les graines pendant 3 heures à température ambiante. Le soir, au coucher, avalez le tout, puis buvez un autre verre d’eau.

 

Salade de soucis, bourrache et trèfle

Si du plantain arrive spontanément dans votre pelouse ou dans un coin du jardin, vous ne tenterez plus de l’extirper en le traitant de mauvaise herbe… Surtout si vous savez que la pousse de feuilles tendres de plantain est très goûteuse en salade (surveillez la montée en graines que vous récolterez).

À vrai dire, il est facile d'épater ses invités avec des salades glanées en ville.

Outre le plantain, il n’y a pas plus facile que de ramasser des pétales de soucis… du plus bel effet. Et si avec un petit peu de chance vous savez où trouver de la bourrache, qui donne une si jolie fleur bleue, vous mêlerez celle-ci au Calendula (souci) pour un mélange de couleurs de nature à stimuler les papilles gustatives !

En hiver, dans les massifs laissés à l'abandon, au pied des arbres ou sur les pelouses délaissées, pousse une autre plante en abondance : le tendre et délicieux "mouron blanc". Et le trèfle à 4 feuilles se mange très bien aussi.

En fait, on trouve en ville des tas de solutions de survie naturelles (alimentaires, médicales, etc.). Je vous renvoie à ce sujet vers l'excellent petit livre de Jade Allègre (par ailleurs grande spécialiste de l'argile) : "Survivre en ville quand tout s'arrête". Un vade-mecum plein de conseils pratiques. Vous apprendrez par exemple comment fabriquer un excellent sirop contre la toux avec… un navet !

 

SOS épicier : le pharmacien des p'tits bobos

On l'a oublié, mais nos jardins sont de véritables pharmacies où l'on peut puiser des remèdes d'urgence. À défaut, l'épicier le plus proche fait très bien l'affaire.

Voici quelques-uns des remèdes d'urgence (mis au point par nos grand-mères) à l'usage du citadin du XXIe siècle...

- Démangeaisons et allergies

Râpez finement des carottes, mettez-les dans un linge afin d’en faire un cataplasme que vous poserez sur les parties concernées.

- Brûlures et coups de soleil

Pour des coups de soleil, prenez une tomate bien mûre (presque trop). Coupez-la avec un outil très tranchant en deux et appliquez-la sur la brûlure : son contact calmera le feu et évitera une évolution négative des radiations solaires. Cette recette est applicable sur de petites brûlures qui ne sont pas dues au soleil.

On peut employer de la même façon la pomme de terre dont on appliquera le jus chargé d’amidon sur la brûlure ou sur la peau sensibilisée au soleil.

- Problèmes articulaires, fractures, entorses, foulures…

Faites comme les Anciens, pensez à l’ail, connu pour éliminer les toxines. Faites macérer une tête d’ail dans un peu d’huile que vous appliquerez en massage doux sur le membre meurtri avant de mettre un bandage pour la nuit.

Pour une meilleure cicatrisation en cas de fêlure ou de petite fracture, utilisez la méthode de "l’œuf-citron" : posez un œuf frais entier dans un verre. Versez dessus un jus de citron pressé jusqu’à recouvrir l’œuf. Laissez agir quelques heures. Ce breuvage reminéralise l’organisme tout en lui redonnant de l’énergie. Renouvelez tous les jours pendant 1 à 2 mois.

- Rage de dent, maux de tête, saignements de nez

Le "truc" consistant à garder un clou de girofle dans la bouche près de la dent douloureuse est bien connu, mais il y a moins agressif au goût : le persil. Il suffit d'appliquer un coton imbibé de suc de persil (jus extrait au mortier ou à la centrifugeuse) sur la gencive. Les anciens utilisaient également les figues : une dizaine de ces fruits bouillis quelques minutes dans de l’eau font une excellente décoction que l’on emploiera chaude en bain de bouche (en recrachant le liquide).

Pour les maux de tête légers, il existe un remède à base de pommes de terre crues : coupez-les en tranches et appliquez-les sur les tempes avant de vous allonger dans le noir. Renouvelez ce "cataplasme" avec des tranches fraîches jusqu’à disparition de la douleur.

- Bosses, hématomes, coupures, petits bobos

Après un choc, la méthode "débrouille" consiste à appliquer en cataplasme un mélange de persil et de beurre : l’hématome disparaîtra progressivement.

Vous avez affaire à un petit bobo, une égratignure, un genou éraflé ? Nettoyez la plaie avec un mélange d’eau et de sel marin (une cuillère à café pour un verre) en soufflant pour éviter que ça pique. Prenez un oignon, détachez la fine pellicule qui tapisse l’intérieur d’une tranche et appliquez-la sur la plaie. Recouvrez d’un léger bandage. Cela accélérera de façon spectaculaire la cicatrisation. Renouvelez matin et soir.

 

Diarrhées et maux de ventre

Pour les diarrhées de bébé, on fera appel à la carotte : faites cuire 500 g de carottes bio coupées en tranches fines dans 1 l d’eau pendant 1 heure puis faites-en une bouillie à donner au biberon jusqu’au retour à la normale, en réincorporant le lait progressivement.

Pour les adultes, en cas de maux de ventre (non accompagnés de fièvre), le cumin est roi : faites chauffer un demi-litre d’eau, ajoutez-y une cuillère à soupe de l’épice et mélangez. À boire à raison d’un demi-verre tous les quarts d’heure.

Vous êtes pris de diarrhée ? Buvez l’eau de cuisson du riz ! Une poignée de riz dans trois quarts de litre d’eau fera l’affaire.

 

Un élixir de jouvence sous mes fenêtres

Le ginkgo est l’arbre rêvé pour entretenir la longévité. Or cet arbre repeuple nos villes. Sa grande résistance face à la pollution atmosphérique et ses propriétés anti-insecticides naturelles en font un habitant de plus en plus plébiscité par les municipalités. De fait, des allées entières de ginkgo ont vu le jour un peu partout ces dernières années. Alors pourquoi se priver de ses vertus antioxydantes ?

 

Le mode d’emploi traditionnel est l’infusion.En règle générale, on récolte les feuilles de ginkgo au moment où les premières feuilles commencent à jaunir. Je vous conseille de les faire sécher pour en bénéficier toute l’année en les laissant dans une pièce très sèche (contrôlez le taux d’humidité) ou en utilisant une source de chaleur douce comme un radiateur ou un poêle à bois disposé à proximité. Vous pouvez aussi éventuellement les utiliser fraîches. Prévoyez 30 feuilles pour 1 l d'eau, laissez infuser, à prendre 3 fois par jour maximum (au-delà, il y a risque d'allergie).

 

Quand abeilles et plantes sauvages fuient les campagnes

Sur les balcons, en jardin ou (de plus en plus) sauvages, les plantes se plaisent en ville. Elles s'y gavent de gaz carbonique, essentiel à leur croissance (avez-vous remarqué comme elles sont souvent plus belles qu'à la campagne ?), y prospèrent de plus en plus dans un environnement protégé.

Mon petit doigt me dit que la phyto urbaine a devant elle un bel avenir. Tout comme l'apiculture : regardez à quelle vitesse les abeilles colonisent nos cités. Ce n'est pas un hasard : la reine des pollinisateurs se réfugie dans nos murs, loin des pesticides qui la déciment dans les campagnes. Et de l'avis des apiculteurs, elle s'y porte bien mieux, y fait toutes sortes de miels de qualité.

Comme les abeilles, les plantes fuient les insecticides, fongicides et autres intrants mortifères des campagnes. En ville, et pas seulement dans les jardins, des dizaines, des centaines d'espèces permettent maintenant de se soigner à l'œil, sainement.

 

Une application mobile pour le Monopoly du futur

Vous voulez en savoir plus ? Sachez qu'il existe un guide sur le sujet, "Sauvages de ma rue" dans lequel sont inventoriées les plantes sauvages les plus répandues de nos villes. Reconnaissance (avec illustrations), écologie, usages... L'association Tela Botanica a passé nos cités au crible avec le soutien du Muséum national d'histoire naturelle.

Dans cet inventaire réalisé il y a trois ans, on dénombrait déjà 240 espèces sauvages très répandues. Mais ce chiffre ne cesse de grimper, comme en atteste l'application mobile "Sauvages de ma rue" (téléchargeable ici) qui permet à tout un chacun de connaître les plantes de son quartier, de les lister et d'en découvrir sans cesse de nouvelles.

La phyto du futur, nouveau Monopoly, est en marche.

 

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