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L'agriculture s'invite dans nos villes

Agriculture

L’agriculture urbaine, une utopie ? Si l’expression peut sembler paradoxale, il n’en est rien sur le terrain. Depuis peu, des initiatives citoyennes et de véritables fermes urbaines éclosent en France, à Paris et dans d’autres villes. Les graines de l’évolution sont semées, à nous de les faire germer !

A la fin de cet hiver, le temps d’un week-end, la capitale est devenue un peu moins minérale, un peu plus végétale... Une quarantaine de lieux ont en effet célébré les « 48 heures de l’Agriculture urbaine », un événement organisé par la Sauge – entendez Société d’agriculture urbaine généreuse et engagée – en partenariat avec la mairie de Paris. En plus d’activités pédagogiques, six lieux ont été nouvellement végétalisés. C’est ainsi qu’un atelier de création de jardinières en bois s’est installé sur le toit d’un café-concert du 10e arrondissement, le Point Éphémère. « L’étape du bricolage est souvent indispensable en ville pour créer des espaces de culture qui n’existent pas», nous explique Robin Boutry, trésorier de la Sauge, fils et petit-fils d’agriculteurs. « Notre rêve est que tout le monde jardine deux heures par semaine, car nous pensons que cela peut résoudre de nombreux problèmes sociaux, environnementaux et économiques », poursuit le jeune agriculteur urbain, les yeux pétillants de projets. L’agriculture urbaine n’ambitionne plus seulement de créer du lien entre les gens via des jardins partagés (volet social) ou de faire entrer la nature en ville (volet environnemental). Il s’agit désormais de générer de nouvelles activités « productives ». À ce titre, plusieurs fermes urbaines à vocation commerciales fonctionnent déjà à Paris : l’Association française de culture hors-sol exploite ainsi trois sites, notamment celui des toits des Galeries La Fayette, soit au total 3 000 m2.

Selon son président Yohan Hubert, la production annuelle s’élève à deux ou trois tonnes de petits fruits et plusieurs dizaines de milliers de fleurs et de bouquets aromatiques. Les clients de cette production agro-urbaine ? Des restaurants comme les Déserteurs, dans le 11e arrondissement. À deux pas de la Tour Eiffel, la très chic brasserie Frame a désormais son propre potager de 600 m2, installé et entretenu par la société Topager (photo et encadré ci-contre). «Il ne s’agit pas que d’une mode», analyse Christine Aubry, responsable de l’équipe « Agricultures urbaines » à l’INRA. « Le développement se fait à l’échelle européenne, car cela répond à de nouvelles aspirations des citadins: disposer de productions de proximité même si elles ne fournissent pas 100 % de notre alimentation, et renouer avec les techniques agricoles qui nous rapprochent aussi d’une alimentation saine. » L’agriculture en ville rend par ailleurs des services écologiques : biodiversité cultivée, régulation thermique de l’espace urbain ou encore rétention d’eau dans les sols, phénomène qui limite la pollution des rivières lors des précipitations. Cette tendance n’est pas nouvelle : dans les pays en développement comme Madagascar, l’agriculture urbaine est très développée pour procurer des produits frais à la population qui a dû quitter la campagne.

100 nouveaux hectares à Paris d’ici 2020

La mairie de Paris a décidé de jouer un rôle incitatif et facilitateur. Depuis 2014, les programmes «Végétalisons la ville», «Réinventer Paris» et, tout dernièrement, «Paris-culteurs», annoncé lors du dernier Salon de l’agriculture, visent la végétalisation de 100 nouveaux hectares d’ici 2020, dont un tiers consacré à l’agriculture urbaine. Et l’initiative de la capitale fait aussi des émules : l’agriculture urbaine arrive dans des villes comme Bordeaux, Lyon ou encore Lille, même si pour l’heure...

, ce sont surtout des jardins partagés dans un cadre associatif, à but non commercial. Certaines villes ont par ailleurs conservé des productions dans la limite administrative de leur agglomération. C’est le cas de la métropole nantaise où Dominique Barreau, chargé de mission Agriculture, coordonne la conservation et la réhabilitation des terres agricoles dans l’espace urbain : « Nous avons besoin de garder des poumons verts dans les 24 communes qui composent l’agglomération », explique-t-il.

Ainsi, les deux tiers de la surface de Nantes Métropole – soit 31000 hectares – sont et resteront dédiés à l’agriculture, avec des productions considérées comme un patrimoine telles que l’élevage, la vigne et la fameuse mâche nantaise. « Nous versons une subvention aux propriétaires terriens qui souhaitent défricher des terres anciennement cultivées à hauteur de 80 % », détaille Dominique Barreau. C’est ainsi que deux maraîchers bio ont pu s’installer sur des communes jouxtant la ville de Nantes, à Bouguenais notamment, avec l’appui technique et financier de la métropole nantaise. « L’agriculture est une activité qui occupe l’espace et génère de l’emploi; c’est le meilleur moyen de tirer parti du paysage et de freiner l’expansion urbaine.» Des salades sur quatre étages Alors que Nantes cherche à préserver les terres agricoles, un autre type de projet se prépare à faire sans. C’est le cas des Fermes urbaines lyonnaises (FUL) qui proposent un système de production vertical où les plantes sont cultivées tout au long de l’année. Des robots, des lampes à LEDS et des solutions nutritionnelles mélangées à de l’eau pluviale récupérée remplaceront les humains, le soleil, la terre et l’eau. «Avec la réduction continuelle de la surface cultivable, c’est l’existence même de l’activité agricole qui est menacée», peut-on lire sur la présentation. Cette société qui donne à voir un modèle d’agriculture urbaine intensive installera dès le mois de juin un démonstrateur technologique à Villeurbanne. Une première unité de production végétale de 1 000 m2 au sol et s’élevant sur quatre étages verra le jour en 2017. Autre exemple, la société Agricool, créée par deux  ls d’agriculteurs, a installé un petit container fermé en bordure du parc de Bercy à Paris : les 3 600 fraisiers cultivés en hydroponie et éclairés par des LEDS devraient produire dès cette année 7 tonnes de fraises, vendues aux particuliers à 3 € la barquette de 250 g.

«Ces fermes intensives – qui existaient déjà dans les années 1970 – n’ont aucun rôle positif sur la biodiversité ou encore le rafraîchissement de la ville», critique Yohan Hubert, président de l’Association française de culture hors-sol. On peut aussi légitimement s’interroger sur les limites de ces techniques qui s’affranchissent complètement des éléments naturels, et par conséquent de la saisonnalité. Mais d’aucuns sont convaincus que cette agriculture urbaine a de l’avenir. «De tels projets vont se multiplier en ville, c’est certain, car les consommateurs sont là », prévoit quant à elle Christine Aubry. « Ces productions ne vont pas concurrencer d’éventuels maraîchers périurbains, mais les denrées importées de pays lointains et dont la production n’est ni écologique ni éthique », relativise la chercheuse en faisant référence aux fameuses fraises d’Espagne ou encore aux haricots verts du Kenya.

De la difficulté de recruter

On peut enfin s’interroger sur ces nouveaux agriculteurs. « Il n’existe pas de profil type, c’est plus la motivation qui compte », témoigne Yohan Hubert, pour qui le recrutement représente une vraie difficulté. «Nous les formons nous- mêmes sur le terrain», poursuit-il. L’équipe de Christine Aubry est ainsi en discussion avec l’École du Breuil et l’ISARA à Lyon pour développer une filière. Agriculteur urbain, un métier d’avenir ?

Aquaponie au jardin

L’agriculture urbaine donne  lieu à de nombreuses  innovations développées  par de jeunes entreprises  très dynamiques. L’équipe  de la société MyFood a  par exemple conçu des  serres où sont associés  des poissons (des alevins)  et des plantes potagères,  les déjections des premiers 2 servant à faire pousser  les secondes. D’une surface de 22 m , elles peuvent être installées dans un jardin et procurent des légumes, des plantes aromatiques et des truites toute l’année. « En 2016,  nous allons faire une trentaine d’installations en France et en Europe, chez des citoyens  pionniers qui vont tester notre projet », s’enorgueillit Matthieu Urban, président de la  société. L’investissement initial est de 6 000 à 7 000 € par serre et doit être amorti en  trois ans. Les seuls intrants sont les alevins, la nourriture pour poisson et les graines  (bio), le tout fourni par MyFood qui souhaite proposer un produit « clé en main ».

Des cultures au top

À Paris (15e), la brasserie Frame cultive son propre potager sur 600 m2. En milieu urbain, le manque d’espace au sol pousse à explorer les toits pour accueillir  de nouveaux jardins. Cette culture au sommet, c’est le pari fait par la société Topager  qui, depuis 2013, a réalisé une vingtaine d’installations, soit au total près de 2 hectares.  « L’avantage d’être en hauteur est qu’on n’a peu ou pas de risque de contamination des  légumes par les métaux lourds », explique Frédéric Madre, cofondateur de Topager et  chercheur au musée national d’histoire naturelle. « Les sols urbains ont accumulé  beaucoup de pollutions, ce qui peut être dangereux pour la santé ». Topager a fait  le choix de recréer de véritables sols en superposant des billes d’argiles, du bois  d’élagage, du marc de café et du compost. Au préalable, une étude de portance et  d’étanchéité des toits est réalisée, car la terre pèse lourd. « Nous avons beaucoup de  vent, mais du coup moins d’humidité sur les cultures, et la plupart des insectes urbains  sont habitués à être dispersés et n’ont donc aucun problème à monter le long des  immeubles, assurant ainsi la pollinisation des cultures », observe Frédéric Madre. http://topager.com 

Cultiver des Incroyables Comestibles

En France, le mouvement des Incroyables comestibles a  commencé en 2012 dans deux communes alsaciennes. Depuis, dans le sillage de cette idée lancée par deux mères de famille de Todmorden, commune située au nord de Manchester en  Angleterre, les initiatives se multiplient. Nombreuses sont les municipalités qui ne  voient plus d’inconvénient à ce que l’espace public soit occupé par des bacs, accueillant tomates, courgettes et autres légumes. La ville d’Albi (Tarn) s’est même engagée  à rejoindre le « calendrier de Todmorden », dans le but de devenir autosufFIsante en  2020 ! À Combs-la-Ville, en Seine-et-Marne, la municipalité a mis à disposition bacs  et  yers. « La mairie joue le jeu à fond », s’enthousiasme Éric Bergua qui a pris l’initiative.

Voici quelques conseils pour rejoindre le mouvement :

1. Constituez un groupe. La tradition veut qu’on réalise une photo « de famille » au pied du panneau de la commune et qu’on l’envoie à la coordination nationale pour que le groupe soit localisé sur la carte qui recense toutes les initiatives.

2. Choisissez un ou plusieurs emplacements en se rapprochant si nécessaire d’une école, d’une MJC, de la mairie, et créez des petits potagers, en pots, en bacs ou sur des plates-bandes, ouverts sur l’espace public.

3. Installez dans chaque plantation la pancarte « Nourriture à partager », à imprimer à partir du site web des Incroyables Comestibles.

4. Prenez de l’ampleur via une page Facebook, par exemple !

Contact : Jean-Michel Herbillon, jean-michel@incredible-edible.info  Tél. : 06 83 18 56 27, www.incredible-edible.info  

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