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La fumigation : traditions et bonnes pratiques

Les peuples traditionnels ont tous eu recours à la fumigation, méthode primitive de purification de l’atmosphère souvent teintée d’aspects énergétiques et religieux. Faire brûler de l’encens est aujourd’hui encore une pratique courante, peut-être plus axée désormais sur la convivialité que sur le nettoyage énergétique ou la recherche spirituelle. Elle n’en reste pas moins une technique efficace pour nettoyer l’air ambiant d’un lieu de vie pour qu’on s’y sente mieux, moyennant certaines précautions.


Des confins de l’Himalaya aux vastes plaines de lAmérique du Nord, en Orient, mais aussi en Europe ou encore en Russie, est-il un endroit sur terre où le brûlage de végétaux à des fins de purification n’a pas été utilisé ? Qu’il s’agisse de purifier des temples, des maisons ou des hôpitaux, de chasser la maladie ou les mauvais esprits, d’entrer en contact avec des défunts, des divinités ou d’atteindre soi-même un état modifié de conscience, la fumigation a été pendant des siècles une pratique quasi universelle. 


Des centaines de plantes brûlées de par le monde

La fabrication traditionnelle fait exclusivement appel à des produits naturels végétaux. Pour sa confection, la méthode chinoise veut que le bâtonnet ‒ généralement un fragment de bambou ‒ soit trempé dans l’eau puis dans une poudre de plante adhésive, le plus souvent Gonostegia hirta ou Basella alba.


On réhumidifie l’ensemble, puis on le trempe dans de la poudre déshydratée de Pinus yunnanensis (un conifère de la province du Yunnan) qui sert à améliorer la combustion. Après un nouveau bain, le bâtonnet est cette fois trempé dans la poudre d’encens, opération renouvelée jusqu’à ce qu’on obtienne l’épaisseur recherchée. Enfin, les bâtonnets sont pétris pour affiner leur forme et mis à sécher.

L’un des composants les plus utilisés dans l’élaboration des encens de tradition chinoise est la poudre du cyprès de Chine (Cupressus funebris), très prisé pour son parfum agréable et ses propriétés toniques et équilibrantes. On lui adjoint souvent la gaulthérie odorante (Gaultheria fragrantissima), le troène (Ligustrum sempervirens), le pistachier (Pistacia weinmannifolia), le genévrier (Juniperus squamata) ou encore le cornouiller (Cornus oblonga), des espèces implantées sur de vastes surfaces en Asie. Mais au total, ce sont les parties de plus de 400 espèces végétales qui sont susceptibles d’être utilisées ; arbustes, herbes, bois, écorces, racines, feuilles, exsudats…

Tuer les pathogènes et capturer les ions positifs dans l’air ambiant

Une étude indienne (1) a voulu mettre en lumière les véritables possibilités de la fumigation dans l’assainissement d’un espace confiné, comme dans une habitation. Elle a observé qu’une heure de fumigation par combustion d’un mélange de bois et d’herbes médicinales et odoriférantes (appelé havan samagri, très courant en Inde pour de nombreux rituels de purification) entraînait une réduction de 94 % de la population bactérienne aérienne.

Cette capacité de la fumée à assainir l’air ambiant d’un lieu clos perdure au-delà de 24 heures. L’absence de bactéries pathogènes comme Corynebacterium urealyticum (responsable de cystites), Enterobacter aerogenes (responsable de maladies nosocomiales), Kocuria rosea (pathogène opportuniste), Staphylococcus lentus (maladies nosocomiales) ou encore Xanthomonas campestris pv. tardicrescens (pathogène des plantes), même trente jours après la fumigation, démontre le potentiel bactéricide de la fumigation aux plantes médicinales.

Quand on sait que l’air ambiant, dans les pays développés comme dans les lieux plus reculés, à l’intérieur autant qu’à l’extérieur, peut véhiculer jusqu’à 1 800 types différents de micro-organismes, dont de nombreuses souches bactériennes pathogènes et résistantes, on mesure mieux l’intérêt que peut revêtir la fumigation aux plantes médicinales et odoriférantes.

La fumée des plantes ainsi comburées capte de grandes quantités d’ions positifs. Ceux-ci servent prioritairement de véhicules aux microparticules pour qu’elles puissent se maintenir en suspension dans l’atmosphère. Lorsque les ions négatifs sont majoritaires, les poussières se déposent. Un air saturé d’ions positifs est délétère pour la santé, tandis qu’une atmosphère riche en ions négatifs (comme au bord de la mer ou à la montagne) est au contraire très bénéfique, notamment pour les voies respiratoires, le système immunitaire et l’équilibre psychique.

Sur les plans subtils aussi…

Les peuples anciens n’avaient aucun moyen de contrôler scientifiquement l’effet de la fumigation en mesurant la teneur de l’atmosphère en ions ou en bactéries. Si elles l’avaient pu, la dimension spirituelle et énergétique de cette pratique en aurait-elle été diminuée ? Pas sûr, car elle reste bien vivante encore aujourd’hui. Après tout, l’une n’exclut pas l’autre. L’expansion planétaire du bouddhisme à partir des années 1970, qui s’en sert notamment pour la méditation, n’est sans doute pas étrangère à la popularisation de l’utilisation récréative des encens.

Sur tous les continents, les hommes ont pratiqué la fumigation pour honorer leurs dieux, éloigner les mauvais esprits ou accompagner leurs rituels. Les Mayas se servaient du copal ‒ résine semi-fossile provenant généralement du courbaril (Hymenaea courbaril), un arbre tropical d’Amérique du Sud ‒ pour honorer leurs divinités, de même que les Incas pour célébrer le dieu soleil. Les Égyptiens faisaient brûler le kyphi en l’honneur de leur propre dieu solaire, Rê. Cette appellation d’encens recouvre diverses recettes comprenant entre dix et cinquante ingrédients, comme le miel, la cannelle, la myrrhe et le bois de santal.

Plutarque évoque ainsi les effets du kyphi dans ses Œuvres morales : « Il s’en exhale une vapeur suave et profitable, qui change les conditions de l’air. Cette vapeur s’insinuant dans le corps au moyen du souffle, le berce d’une manière douce et insensible, l’invite au sommeil, et répand autour de lui une influence délicieuse. Les soucis journaliers, qui sont comme autant de chaînes si pénibles, perdent de leur douleur et de leur intensité ; ils s’affaiblissent et se relâchent, sans le secours de l’ivresse… De cette manière se charment et s’adoucissent les troubles et les désordres de l’âme. »

S’il n’existe à peu près aucune trace d’utilisation proprement médicale du kyphi, il n’en va pas de même du copal. Différentes études en Israël, au Pays de Galles et aux États-Unis ont confirmé son aptitude à créer une atmosphère paisible, propre à influencer le mental de manière positive et relaxante. En brûlant, ce type d’encens active les canaux cérébraux qui soulagent l’anxiété et la dépression. Il s’est aussi révélé capable de réduire la tension artérielle, d’atténuer les maux de tête, de stimuler la concentration et la créativité… et de favoriser le bien-être et le plaisir.

Quelles plantes utiliser en fumigation ?

Les plantes à brûler présentent à peu près toutes des qualités purificatrices sur les microparticules et les bactéries en suspension dans l’atmosphère, même si elles peuvent différer d’une espèce à l’autre. Leurs influences sur les plans de la santé, du mental et de l’énergétique diffèrent plus volontiers :

  • La sauge : de tradition amérindienne, mais aussi celtique, la combustion de sauge blanche (Salvia apiana) a été utilisée en Europe lors des grandes épidémies. Elle produit une fumée dense et « agglutinante » qui capte tout ce qui traîne dans l’atmosphère. D’abord montante lorsque chaude, la fumée de sauge redescend vers le plancher en se refroidissant. Il est donc important de bien laver les sols après une fumigation à la sauge.

  • Le cèdre : sa fumée est purificatrice et prédispose au calme et à la sérénité. Il est censé attirer les énergies bénéfiques et favoriser l’harmonie et l’entente entre les personnes. On utilise principalement les copeaux de bois ou les épines du Red cedar (Thuja plicata).

  • Yerba Santa : cette plante (Eriodictyon californicum) pousse dans les collines arides de Californie et du nord du Mexique. Aussi utilisée en tisane dans la tradition amérindienne pour les affections du système respiratoire, Yerba Santa permet l’enracinement, renforce la confiance en soi et la croissance intérieure, tout en ouvrant à l’amour. Idéale pour les cœurs brisés.

  • Le romarin : il peut être brûlé de la même manière que la sauge, confectionné en petit fagot. D’ailleurs on peut très bien associer les deux. Le romarin évoque la notion de « nouveau départ », qu’il s’agisse de changer une habitude ou de commencer une nouvelle relation ou une nouvelle carrière.

  • L’encens de benjoin : composé de résine naturelle et d’huile essentielle de benjoin roulé autour d’une tige de bambou, cet encens est purifiant et antiseptique, particulièrement bénéfique aux bronches. Il fixe très bien les odeurs. Symbole de prospérité, le benjoin est censé calmer le mental et favoriser l’évolution personnelle.

  • Le bois de cade : arbuste méditerranéen assez commun dans les garrigues du midi, son bois fut longtemps utilisé en fumigation pour éloigner les insectes et assainir les hospices, car la fumée de cade est un excellent bactéricide. Elle aide également à contrôler les addictions et l’anxiété.

Côté pratique, les herbes et plantes aromatiques pouvant être fumigées se trouvent généralement sous forme de cônes, de bâtonnets, de poudre ou de brins conditionnés en petits fagots (appelés « smudge ») à consumer sur un support adapté ‒ coupelle de terre cuite, coquillage épais…

Il existe de nombreux autres produits et assemblages à faire brûler vendus sous le vocable d’encens, mais intégrant des composants synthétiques qui peuvent se révéler dangereux. Dans ce cas, ce n’est guère plus recommandable que les sprays destructeurs d’odeurs et autres diffuseurs de parfums totalement synthétiques vantés sur le petit écran.

Quoi qu’il en soit, pour tirer les bénéfices d’une authentique fumigation tout en évitant ses inconvénients, veillez à ce que ceux que vous choisirez soient exclusivement composés d’ingrédients naturels. Une fois la fumigation terminée, aérez quelques instants. Idéalement, passez un coup de chiffon à poussière humecté et lavez le sol pour débarrasser la pièce des derniers miasmes neutralisés par la fumée.


1. Division of Plant-Microbe Interactions, National Botanical Research Institute, Rana Pratap Marg, Lucknow 226001, India


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