L’acidose, c’est la civilisatose

Si le pH fait partie intégrante de la chimie moderne depuis des décennies, la médecine l’ignore encore superbement, en dehors de quelques praticiens proches de la naturopathie. Quelle étrangeté, quand on sait que la totalité des processus métaboliques relève de la biochimie... Et que le pH en est le paramètre majeur, autrement dit un facteur clé de notre santé.


[Mis à jour le 24/07/2018]

Même un corps en bonne santé produit naturellement des acides par ses fonctions essentielles comme la digestion, une faible activité musculaire ou le stress le plus anodin. Ceux-ci sont neutralisés dans le corps, puis évacués par les émonctoires. Le foie fait le plus gros de ce travail, secondé par les poumons, mais aussi la peau et les reins. Ce processus fonctionne à merveille dans des conditions de vie saine : une alimentation équilibrée, assortie de disposi- tions psychiques favorables, d’une activité physique régulière, et d’une vie sociale satisfaisante. Le conte de fée, quoi ! On en est loin de nos jours, à tel point qu’un nombre croissant de gens ne remplissent plus une seule de ces conditions. Du coup, l’équilibre acido-basique est menacé et cède insidieusement la place à une acidification latente.

 

En réalité, si la tendance acide peut être la cause de nombreux troubles, elle est d’abord une conséquence. Son origine véritable est souvent un état de stress trop prolongé, qui aura installé durablement un surrégime du système nerveux autonome. Cette mauvaise dynamique conduit le corps à maintenir en éveil des fonctions de régulations qui sont normalement prévues pour n’opérer que ponctuellement. Elles affaiblissent le corps d’abord sur le plan énergétique, puis au niveau de ses réserves minérales. Car les minéraux, calcium en tête, mais aussi phosphore, potassium et magnésium, sont utilisés pour la neutralisation des acides. C’est ce qu’on appelle l’effet tampon. Lorsque celui-ci est sollicité en permanence, il peut assez rapidement se transformer en un cercle vicieux : la neutralisation des acides produit des déchets résiduels que l’organisme, débordé, ne sera bientôt plus en mesure d’évacuer. De façon bien involontaire, il stocke les acides ainsi que leurs dérivés dans les tissus conjonctifs, et les fige dans les graisses. C’est ainsi que la cellulite pointe le bout de son nez...

 

 

Un mal de civilisation

Le modèle alimentaire actuel, qui intègre des substances dénaturées, trop salées, trop sucrées, est clairement acidifiant. La consommation, devenue habituelle, de boissons gazeuses sucrées mais aussi de café ou d’alcool, ne fait que renforcer ce phénomène. De même que l’omniprésence de dizaines de substances de synthèse, alimentaires ou médicamenteuses, que l’organisme s’escrime à traiter sans en avoir le mode d’emploi.

 

Ensuite, du fait d’une respiration globalement très insuffisante, beaucoup d’entre nous vivent dans un état de sous-oxygénation. La sédentarité, renchérie par les tensions et les angoisses, a tendance à réduire notre amplitude respiratoire. Si bien que, sans s’en apercevoir, on se contente d’une respiration thoracique, superficielle, en négligeant la respiration abdominale, bien plus profonde et oxygénante. Cela suffit pour ne pas s’asphyxier, mais pas pour rester en bonne santé, tant les poumons sont essentiels dans leur travail de ventilation du gaz carbonique et d’approvisionnement en oxygène.

 

Le stress, sous toutes ses formes, n’est pas le dernier contributeur à l’acidification. On lui découvre régulièrement de nouvelles implications dans la progression des maladies dites de civilisation. Son influence principale est la stimulation permanente du système nerveux autonome, qui maintient artificiellement un taux de glucose élevé sans qu’il y ait de véritable besoin physique pour le brûler. À la longue, la fatigue s’installe, la digestion devient paresseuse, le sommeil est perturbé, les fringales taraudent... 

Sans compter le stress oxydatif, qui participe au niveau cellulaire à augmenter l’acidité, mais aussi à accélérer le vieillissement. D’où l’intérêt des antioxydants comme la vitamine C naturelle et la papaye fermentée.

 

Les principales manifestations

Lorsque l’acidification est amorcée dans le corps, différents processus sont activés pour tenter d’y remédier. Mais tout le monde ne réagit pas de la même façon. L’acidose implique en tout cas deux phénomènes universels : primo, la mobilisation des minéraux corporels pour neutraliser les acides. Secundo, le stockage des résidus de la neutralisation, phénomène entraînant cellulite, bedaine, gros bras, etc. Mais ces déchets se déposent aussi dans le système circulatoire et lymphatique, les articulations ou les muscles.

 

Le signe extérieur le plus souvent lié à l’acidification est la prise de poids. Les femmes ont l’avantage sur les hommes de disposer longtemps de leurs menstruations pour une élimination périodique massive des acides. Une fois atteint l’âge de la ménopause, le corps doit trouver d’autres moyens d’éliminations, d’où ces signes d’inconfort tout à coup si flagrants.

 

L’ostéoporose, en constante progression, est aussi une conséquence directe de l’acidification. Elle traduit un processus déjà bien installé, depuis longtemps à l’œuvre au niveau de l’ossature. Le plus mauvais réflexe, dans ce cas, est de se réfugier dans une surconsommation de produits laitiers, comme on ne cesse de nous y inciter. C’est le plus souvent contre-productif, la mauvaise digestibilité de ces produits augmentant les déperditions en minéraux, calcium en tête. Préférez les vrais reminéralisants que sont la prêle, l’ortie, les poudres d’algues ou les citrates, seuls capables d’inverser le mouvement.

 

Bien d’autres manifestations trouvent leur origine dans une déperdition de minéraux. Les problèmes dentaires, mais également des affections de la peau comme l’eczéma et le psoriasis peuvent être les symptômes d’une acidification. L’hypertension elle aussi est souvent une traduction sanguine d’influences neuropsychiques conduisant à l’acidose.

Certaines autres conséquences restent invisibles et silencieuses pendant très longtemps avant d’être découvertes. C’est le cas du développement de champignons et germes indésirables comme Candida albicans et Helicobacter pylori, très à leur aise dans les milieux acidifiés. Surtout lorsqu’ils sont bien approvisionnés en sucre, leur nutriment préféré. Ils le métabolisent en gaz carbonique et en alcool, dont l’accumulation provoque ballonnements et selles dénaturées. Les huiles essentielles, notamment de lemongrass, d’origan et de laurier, auront des effets tangibles sur la réduction des populations de ces hôtes embarrassants.

 

Rééquilibrer la balance pH

L’acidification n’est pas une fatalité! À moins d’abandonner vos responsabilités vis-à-vis d’une certaine hygiène de vie... Mais encore faut-il avoir un minimum d’information dans ce domaine, et pas de celle qui est véhiculée par la publicité télévisée entre la fin du match de foot et le début d’une série américaine...


Le constat actuel est le suivant : une alimentation «ordinaire» comporte 80% d’ingrédients acidifiants. Café, pain blanc et confiture, céréales du petit-déjeuner ou en barres, viandes et accompagnements cuits, produits laitiers, tous ces aliments soutiennent la tendance acide. Pour revenir à l’équilibre, il faut inverser la machine. Consommez au moins 500 grammes de légumes quotidiennement, frais ou peu cuits, à la japonaise. Leurs fibres sont essentielles à la santé du tube digestif, qui est lui-même un acteur majeur dans la lutte contre l’acidose. Préférez les protéines d’origine végétale, limitez les produits laitiers, et réduisez autant que possible le sucre raf- finé. Et pas en le remplaçant par des édulcorants de synthèse, mais par le stévia, désormais en vente libre dans sa forme purifiée, ou par le xylitol, sucre de bouleau. N’oubliez pas non plus de boire au moins 1,5 litre par jour d’une eau peu minéralisée pour relancer les échanges cellulaires.


Un véritable programme de retour à l’équilibre devrait d’abord comporter deux tiers d’aliments alcalinisants. Mais il convient surtout de relancer l’élimination. Si 90 % des plantes médicinales sont diurétiques, toutes ne sont pas des spécialistes de l’élimination des acides. Parmi les plus efficaces, retenez l’aubier de tilleul, les feuilles de bouleau et de frêne, la vergerette du Canada, ou encore la reine-des-prés et la prêle. L’idéal est de réunir les vertus ciblées de plantes spécifiques pour obtenir une synergie.

 

Vous pouvez renforcer la reminéralisation avec des compléments alimentaires comme le lithothamne, la spiruline ou la sève de bambou. Ils viendront dispenser à tous les tissus corporels leur large éventail nutritionnel, à même d’en augmenter le tonus et d’en bannir les inflammations. Une prise quotidienne d’acérola pour la vitamine C donnera un petit coup de pouce salutaire à l’ensemble. Et surtout, misez sur l’activité physique. Faites tourner la machine un peu tous les jours ! Pour que chaque organe soit activé et maintenu à son meilleur ren- dement. L’équilibre acido-basique est un enjeu global, qui engage notre personne dans son entier. Alors, plutôt que de chambouler profondément un seul chapitre de notre vie, il est souvent plus judicieux de procéder par touches successives, ici sur notre alimentation, là sur notre relation avec nos proches, ailleurs sur notre implication au travail ou notre manière de prendre soin de nous. Mens sana in corpore sano... un esprit sain dans un corps sain, quoi !

 

 


Ces conseils ne vous dispensent pas de consulter en premier lieu un médecin pour établir un diagnostic. Vous pouvez également vous faire accompagner par un thérapeute en médecine complémentaire. Pour en trouver un près de chez vous, rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com