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Les herbiers des Pays de la Loire Reflet d’une époque

herbier

Près de 600 herbiers ont été inventoriés en Pays de la Loire dans le cadre du projet HerbEnLoire. Provenant des muséums de la région, des écoles, des mairies ou bien caché dans les greniers des châteaux, ce riche patrimoine historique et scientifique est présenté dans une exposition itinérante à Angers, puis à Nantes et au Mans.

Il s’agit d’un travail inédit. D’octobre 2015 à juin 2017, un programme de recensement des herbiers des Pays de la Loire baptisé HerbEnLoire, porté par l’université d’Angers et impliquant différents partenaires, a permis d’inventorier, de diagnostiquer et d’expertiser un patrimoine précieux souvent caché afin de le préserver, de le valoriser et de le rendre accessible au plus grand nombre.

Avant de sillonner les cinq départements de la région, la botaniste Samantha Bazan, chargée de mission du projet HerbEnLoire, a réalisé un travail de recherche bibliographique. « Nous avions ainsi une idée de ce que nous cherchions et d’où le trouver », explique-t-elle. Plus de la moitié des collections sont conservées dans les quatre muséums de la région, à Angers, Laval, Le Mans et Nantes. Un certain nombre ont été trouvées dans des écoles d’enseignement supérieur comme l’université catholique de l’Ouest et Agrocampus Ouest, tous deux situés à Angers ou encore à l’université de Nantes.

« Le Muséum d’Angers possède la plus grande collection de la région et la dixième en France avec comme pièces maîtresses l’herbier d’Alexandre Boreau, présentant la flore du Centre de la France, et celui du botaniste nantais James Lloyd, répertoriant la flore de l’Ouest, y compris les algues, de La Rochelle aux Côtes-d’Armor », explique Thomas Rouillard, responsable des collections botaniques du Muséum de sciences naturelles...

d’Angers.

Un véritable travail d’enquête

L’appel lancé à tous les habitants de la région disposant ou ayant connaissance d’une collection d’herbiers a porté ses fruits et permis de belles découvertes. L’une des plus belles collections retrouvées date de la fin du XVIIIe siècle et, fait plutôt rare, contient à la fois des plantes sauvages et des plantes cultivées. L’herbier du marquis Philippe-François Josseaume de la Bretesche, composé de treize volumes reliés, est dans un état de conservation exceptionnel.
« Les étiquettes parfaitement renseignées permettent de retracer année par année les voyages de son auteur. Les récoltes débutent en 1798 en Angleterre, où le marquis et sa famille se sont expatriés à la suite de la Révolution. On observe leur retour dans la région de Nantes en 1802. Enfin, on retrace tous leurs voyages à travers l’Europe (Paris, Suisse, Hollande, Italie) jusqu’aux années 1830 », raconte Samantha Bazan.
Il est parfois difficile de retrouver l’auteur d’un herbier : il a ainsi fallu un an pour attribuer une trentaine de liasses retrouvées chez des particuliers à Nicolas-Charles Pontarlier et Henri-Nicolas Marichal. Ces professeurs et botanistes vendéens ont, pendant près de cinquante ans collecté, identifié et classé les plantes de la Vendée.

Samantha Bazan a d’abord pensé que l’herbier appartenait à Julien Foucaud (1847-1904), botaniste ayant collaboré avec James Lloyd pour la quatrième édition de la Flore de l’Ouest avant de découvrir, grâce à une comparaison de l’écriture et un travail de généalogie, qu’il avait été réalisé par les deux botanistes vendéens, dont trois herbiers sont déjà conservés respectivement à la médiathèque de La Roche-sur- Yon, au Lycée Édouard Herriot et aux Archives départementales de la Vendée.

Vestiges d’un âge d’or

La seconde moitié du XIXe siècle correspond à l’âge d’or de la botanique dans la région. La pratique des herbiers n’est pas réservée aux seuls botanistes : elle intéresse aussi des instituteurs (la botanique est enseignée à l’école), des médecins, des pharmaciens ou des rentiers. Pour constituer leur herbier, ils se réfèrent en général à la Grande Flore de Gaston Bonnier, qui connaît un succès énorme à l’époque. Amateurs éclairés et botanistes professionnels travaillent en réseau : on trouve ainsi dans les 240 planches de l’herbier de Guittot. Des plantes cueillies entre 1837 et 1927, issues à la fois des récoltes de Jean-Louis Guittot, instituteur vendéen, et d’échanges avec une vingtaine de botanistes (Nicolas-Charles Pontarlier, Louis Forestier, Pierre Cornuault, etc.) et plusieurs sociétés savantes (Société rochelaise, Société botanique des Deux-Sèvres...).
« Cet inventaire nous renseigne sur la circulation des plantes et des savoirs au XIXe siècle, mais il nous reste toutefois de nombreux champs à explorer, comme l’organisation de ces réseaux », précise Cristiana Oghina-Pavie, enseignante chercheuse du Centre de recherche historique de l’Ouest à l’université d’Angers et coordinatrice du programme HerbEnLoire. Historiens et botanistes disposent désormais d’un état des lieux précis, point de départ de recherches plus approfondies, notamment sur les botanistes de la région et la répartition des espèces depuis le XIXe siècle.

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