Plantes et Santé Plantes et santé : le site de la phytothérapie

Le jardin du Haut Chitelet L’altitude sied aux plantes

Le jardin du Haut Chitelet

Situé au coeur du massif vosgien à 1 230 mètres d’altitude, le jardin du Haut Chitelet est l’un des plus importants jardins alpins de France. 2 500 espèces de plantes originaires des principaux massifs montagneux de notre planète sont rassemblées dans ce jardin créé par un botaniste de Nancy il y a plus d’un siècle à des fins pédagogiques.

Le climat est rude », prévient d’emblée Bruno Petitjean, responsable du jardin du Haut Chitelet depuis 1990, qui encadre une équipe pendant six mois de l’année. « Les températures oscillent entre 3 à 5 °C de l’automne au printemps, mais la neige abondante offre une couverture protectrice à la flore. »

La visite démarre par le sentier des Alpes, près du chalet d’accueil. Le regard est tout de suite happé par la floraison buissonnante des rhododendrons ferrugineux et par le bleu velouté des gentianes acaules. Les doux edelweiss s’épanouissent sur la pelouse ainsi que des petits chardons, les carlines acaules, surnommées « baromètres du berger ». « Jadis, raconte Bruno Petitjean, ces fleurs étaient clouées au-dessus de la porte de la bergerie, car même sèches, elles ont la faculté de s’ouvrir par beau temps et de se refermer dès qu’elles sentent la pluie ! »

Un grand lys au reflet d’or

Ici et là, des panneaux pédagogiques permettent aux promeneurs d’identifier les plantes. Le botaniste amateur n’aura aucun mal à distinguer, parmi les joubarbes, l’étrange Sempervivum arachnoideum ou joubarbe à toile d’araignée, qui doit son nom au réseau de fils blancs qui courent sur ses feuilles pour capter l’eau dont elle a besoin.

Le chemin redescend ensuite en direction du secteur consacré à la flore de la Nouvelle- Zélande et à celle de l’Australie. Tapissant le sol, les fleurs blanches des touffes d’Acaena caesiiglauca étalent leurs feuilles aux reflets bleutés. Ces dernières sont dotées de minuscules crochets qui, en s’accrochant à la laine des moutons, colonisent ainsi des régions entières de ce pays. Le sentier longe plus loin les berges de la Vologne (qui prend ici sa source). Telle une sentinelle, se dresse le spectaculaire Lysichiton, dit arum bananier, aux grosses fleurs jaunes et aux énormes feuilles, qui prend ses aises dans ce milieu humide. « Cette plante “baladeuse” éparpille ses graines dans les cours d’eau et l’on peut la retrouver à des kilomètres près d’un lac voisin, explique Bruno Petitjean, et nous devons être vigilants pour éviter son expansion hors du site. »

Du jaune, la palette de couleur florale passe à l’orange vif des ancolies du Canada. On voyage d’un...

continent à l’autre en enjambant un ruisseau ! Le grand lys au reflet d’or du Caucase en impose, avec sa présence majestueuse. Dans cette zone dédiée au continent asiatique, une sélection de primevères joue les contrastes entre des géantes d’un mètre de haut et des lilliputiennes qui dépassent à peine un centimètre. Non loin de là, le merveilleux pavot bleu de l’Himalaya offre aux regards sa magnifique floraison de mi-juin à mi-juillet.

Un patchwork de milieux

En arrivant, sur les hautes chaumes, caractéristiques des sommets vosgiens, le paysage se métamorphose en steppe herbeuse. C’est le domaine des myrtilles, des pensées des Vosges et de plantes médicinales comme l’arnica, le fenouil des Alpes et la grande gentiane jaune, dont la racine facilite la digestion.

Au détour du sentier, le regard du promeneur est attiré par une tourbière à l’aspect mystérieux. « Celle-ci avait été drainée, il y a une vingtaine d’années, mais nous l’avons restaurée, il y a trois ans », précise Bruno Petitjean. Emblématiques de ce milieu, les sphaignes vertes et brunes s’étendent à perte de vue. Ce sont des mousses dont la tige est dépourvue de racines et qui sont reconnaissables à leur « tête » en forme d’étoile. Quand une mousse meurt, une autre pousse par dessus et cette accumulation est à l’origine de la tourbe.

Quelques plants de droséras rougeâtres de 10 cm de hauteur ont été installés dans une auge pour permettre l’observation de cette carnivore. « Cette belle ogresse semble recouverte de rosée mais ces gouttes collantes comme de la glu sont un piège qui capture tout ce qui passe à sa portée. Ensuite, les poils se referment sur le captif pour le digérer. »

Un chemin de caillebotis permet de circuler au milieu des airelles de marais et des canneberges. Ici et là, des mares ont été creusées, qui attirent une faune variée : libellules, grenouilles rousses, lézards ou papillons nacrés. De la tourbière, le sentier emmène le visiteur dans la hêtraie d’altitude où le vent a sculpté les arbres, leur donnant un aspect fantastique. L’occasion de clore cette promenade en rêvant à la beauté du monde !

Missions scientifiques

Sur les 12 hectares du jardin, plus de 10 sont réservés à la culture de plants échangés avec un réseau international de correspondants et à des missions scientifiques. Ainsi, depuis 2011, on y mesure l’impact du réchauffement climatique sur les plantes d’altitude. « L’objectif, explique Philippe Chauvet, en charge de cette étude, est d’observer le comportement de plantes témoins. Nous effectuons des contrôles sur les dates de floraison, l’état des fleurs et des feuilles en relation avec la météo. »

1. Tourbière d’altitude,
Protégée des pas des visiteurs par un chemin de caillebotis, la tourbière abrite des mousses particulières et une faune variée.

2. L’anémone pulsatile, Anemone pulsatilla
L’anémone pulsatille (Anemone pulsatilla) a des propriétés antispasmodiques (toux, spasmes digestifs, douleurs utérines).

3. Le pavot bleu de l’Himalaya, Meconopsis betonicifolia
De la famille des pavots, ce coquelicot géant peut mesurer un mètre de haut. Sa fleur d’un bleu électrique peut atteindre 20 cm. Son feuillage est d’un vert bleuté et ses boutons floraux sont couverts de poils roux. Cette plante rustique résiste à des températures pouvant descendre jusqu’à -25 °C. Il peut-être utilisé pour ses propriétés médicinales comme analgésique contre les maux de tête et les maux de ventre.

La renaissance d’un jardin pédagogique

En 1902, le botaniste Camille Brunotte, de Nancy, a l’idée de créer un jardin d’altitude et un conservatoire d’espèces rares près de la frontière franco-allemande. Détruit par les bombardements de la Grande Guerre, le jardin renaît de ses cendres dans les années 1960 avec l’aide d’étudiants et de botanistes français et allemands. Inauguré en 1966, il reste fidèle à la vocation pédagogique de Camille Brunotte.

En pratique

Y aller
Le jardin d’altitude du Haut Chitelet est situé sur la route des crêtes, entre le col de la Schlucht et le massif du Hohneck. L’accès par le nord se fait de Gérardmer ou de Munster en passant le col de la Schlucht. Par le sud, il faut suivre la route des crêtes en direction du col de la Schlucht.

Adresse
Jardin d’altitude du Haut Chitelet, 68140 Col de la Schlucht, tél. : 03 29 63 31 46, contact : accueilcjbn@grandnancy.org,
site : www.cjbn.uhp-nancy.fr

Ouverture du 1er au 30 juin : 10 h-12 h et 14 h-18 h, du 1er juillet au 31 août : 10 h-18 h, du 1er au 30 sept : 10 h-12 h et 13 h 30-17 h

Tarifs
Tarif plein 5 e, tarif réduit 3 e, gratuit le 1er dimanche du mois.

Restauration et hébergement
L’auberge du Schantzwasen, hébergement montagnard à 1100 m d’altitude : www.aubergeschantzwasen.com, et l’auberge rustique du Saut des Cuves www.aubergedusautdescuves.fr, à Xonrupt-Longemer. Bon rapport qualité-prix : 50 à 70 e pour deux personnes.

Cet article est reservé aux abonnés.
Pour lire les 78% restants de cet article,
Inscrivez vous gratuitement à la newsletter Plantes et Santé
Recevez chaque semaine nos conseils de bien-être par les plantes, astuces et recettes à faire vous même pour retrouver Equilibre et Santé
Votre inscription a bien été prise en compte 
Politique de confidentialité