Le droguier de Montpellier, un trésor vivace

Dès l’entrée, le décor est planté : ambiance feutrée, armoires en bois précieux, encaustiquées et vitrées. Des bocaux de toutes tailles abritent des échantillons de graines, d’écorces aux formes plus ou moins bizarres. Cette collection de drogues, terme regroupant traditionnellement les substances végétales qui ont une action pharmacologique, est en effet l’une des plus vieilles au monde. La visite commence devant une armoire majestueuse, qui abrite de nombreuses variétés de thés. Ici, des plantes africaines, d’autres asiatiques. Là, les derniers arrivages de plantes provenant des Antilles (ou d’ailleurs), encore en attente d’être triés et classifiés.

9 500 échantillons de « drogues »

Depuis 2000, les responsables Yves Pélissier et Chantal Marion luttent pour sauvegarder ce patrimoine unique. Grâce à leur pugnacité,
le lieu a été classé « monument historique » en 2009. Tout a commen-cé au milieu du XVIe siècle avec Guillaume de Rondelet, régent de l’université de médecine, qui prend l’initiative de créer le premier jardin botanique. Il fournit à Bernardin II Duranc, apothicaire de la rue de l’Aiguillerie à Montpellier, la matière pour constituer un échantillonnage de différentes drogues, des remèdes que ce passionné présente deux fois l’an aux étudiants du collège de médecine. Au fil des siècles, la collection s’enrichit : on dénombre ainsi 80 000 échantillons en 1921, mais suite aux vols, ventes sous le manteau et mauvais entretiens, n’en subsistent plus que 9 500 aujourd’hui.

Depuis 1963, le droguier a trouvé refuge dans l’enceinte de la faculté de pharmacie de Montpellier. En plus des curieux et des passionnés de botanique, il accueille les élèves en pharmacie qui viennent étudier les milliers de plantes médicinales à leur disposition. Depuis 2000, une centaine de thèses se sont appuyées sur ses trésors. Un diplôme universitaire de phyto-aromathérapie est désormais proposé et l’on se presse dans cette salle d’études mythique, ce qui témoigne de l’intérêt renouvelé des médecins, pharmaciens ou ostéopathes qui souhaitent connaître les vertus des plantes.

Les pièces rares sont régulièrement prêtées pour enrichir des expositions destinées au grand public, comme cette lithographie datée de 1 700, la plus vieille de la collection. Une armoire spéciale renferme plus de 850 planches reproduisant minutieusement les observations de leurs dessinateurs. À noter encore, la présence de plusieurs herbiers compor-tant au total 9 349 genres, objet d’un minutieux travail de numérisation.
Ce droguier, le second par son importance après celui de Paris, n’a décidément pas encore dévoilé toutes ses richesses.

Mémoire du passé pour demain

Par « drogues », on désigne tous les produits séchés tels que les écorces, les feuilles, les tiges mais aussi tous les organes ou substances animales ayant une activité médicinale ou alimentaire. Des scientifiques de tous calibres viennent puiser dans ce formidable trésor. Des chercheurs du musée d’Orsay à Paris y ont trouvé et analysé les plantes utilisées pour la peinture de certains tableaux. Des égyptologues ont étudié des graines et des végétaux utilisés pour la momification. Régulièrement, des experts sont envoyés par les laboratoires en quête de nouvelles molécules. L’existence du droguier représente un véritable trésor pour tous ces scientifiques.

Informations pratiques

Adresse : 15 avenue Charles Flahault,
34090 Montpellier
Tél. : 04 11 75 95 18

Mél. : pharma-droguier@univ-montp1.fr
Visite guidée sur rendez-vous pour des groupes d’environ 10 personnes. - Tarif : 6 euros par personne.