• Les phyto-œstrogènes, avec modération

Les phyto-œstrogènes, avec modération

Cette capacité hormono-mimétique a conduit la médecine à les utiliser comme thérapie naturelle pour se substituer à l’hormonothérapie de synthèse (THS). D’autant que les effets de celle-ci – risque majoré de cancer du sein – amenaient en effet de nombreuses femmes à les abandonner. Au vu de sa concentration en isoflavones, le soja semblait le plus adapté pour contrecarrer les symptômes de la ménopause. Mais c’était sans compter une étude montrant que, loin de protéger du cancer hormono-dépendant, les personnes suivies étaient plus sujettes à récidives (lire encadré ci-contre). Suite à cette étude et malgré le faible nombre de cas, la communauté médicale se mit d’accord pour ne plus recommander le soja à une femme ayant des antécédents de cancer hormono-dépendant. Réaction exagérée ? Depuis, d’autres recherches ont relativisé ce constat alarmant et le soja est à nouveau conseillé à dose physiologique (pas plus de 200 g de tofu par jour), et non en compléments enrichis.

Cet exemple montre bien que beaucoup reste à faire pour appréhender au mieux les phyto-œstrogènes. Et même si leur action reste en deçà de celle des œstrogènes du corps humain, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont inefficaces. Cette activité hormonale pourra donc être soit recherchée, soit évitée à forte dose, comme dans le cas d’un cancer hormono-dépendant ou chez l’adolescent au moment de sa maturation sexuelle. Le problème vient aussi du fait que certains praticiens utilisent ces plantes comme un médecin conventionnel utiliserait des hormones de synthèse. Une telle approche permet rarement de restaurer les équilibres. Mais la tentation est grande de jouer aux apprentis sorciers, de vouloir absolument tout maîtriser pour éviter certaines étapes de la vie, plutôt que d’accompagner le changement.

Soja, ménopause et cancer

Suite à la mise en évidence des risques accrus de cancer du sein liés à la prise de traitements hormonaux de substitution en 2003, le doute s’est porté sur les risques associés aux phytohormones, au premier rang desquelles le soja et le trèfle rouge. Depuis, de nombreuses de recherches ont été menées sur les effets de leurs isoflavones. La dernière revue en date de la littérature scientifique affirme qu’il n’est pas prouvé que ces plantes doivent être associées à un risque plus important de cancer. Prises à des doses physiologiques, elles pourraient même avoir un effet protecteur. Cette étude souligne aussi qu’il n’existe que des preuves limitées sur l’utilité des isoflavones pour réduire les symptômes de la ménopause (bouffée de chaleur, ostéoporose, sueurs nocturnes). Ce que contredit pourtant la pratique de nombreux thérapeutes, qui témoignent d’un succès clinique probant auprès de certaines de leurs patientes. Une des raisons semble être la présence de certaines enzymes digestives et d’une bonne flore intestinale. Enfin, le soja ne doit pas éclipser la grande variété de plantes ayant un effet sur les différents symptômes de la ménopause par des voies non hormono-mimétiques (mélilot, aspérule odorante, passiflore, etc.).

Ménopause : traiter le terrain, pas uniquement les symptômes

Chaque femme vit la ménopause différemment, et le choix des plantes se fera en fonction des symptômes exprimés :

 Période d’anxiété, de fragilité émotionnelle et de troubles de l’humeur : aubépine et millepertuis.

 Période d’abattement, de fatigue et de découragement : griffonia, mélisse et rhodiola.

 Prise de poids avec rétention d’eau et troubles de la circulation veineuse : mélilot, alchémille et piloselle.

En parallèle, vous utiliserez des plantes à action hormonale. On préconisera par exemple le houblon, un sédatif qui permet de réguler les problèmes de sommeil. C’est aussi un anti-androgène. À ce titre, il agit en cas d’augmentation de la pilosité (ce qui est intéressant pour les femmes dont la baisse des œstrogènes amène une hausse relative des androgènes). Dans tous les cas, les conseils d’un phytothérapeute seront les bienvenus.