Sur la route des lavandes : l’or bleu des Alpes du Sud

VIDÉO : À l’occasion de la 95e Foire internationale de la lavande de Digne-les-Bains (04), notre reporter est allé se frotter à la Lavandula angustifolia, l’Or bleu des Alpes du Sud, en compagnie d’un guide de montagne, d’un distillateur et d’artisans passionnés par ce buisson ardent qui lave, parfume et guérit les petits comme les grands depuis la nuit des temps. Découvrez ce reportage en images.


La lavande est considérée par beaucoup comme la reine des plantes. Elle tire son nom du latin lavare. Nos grands-mères l’utilisaient au lavoir municipal pour ses propriétés lavantes, odorantes et antibactériennes. Les curés, quant à eux, l’avaient adoptée dans les églises pour chasser la peste et les démons… 

Les Romains s’en servaient déjà pour parfumer les thermes et le linge de cérémonie. Au XIIesiècle, sainte Hildegarde de Bingen lui accordait une place de choix dans sa pharmacopée naturelle. On a retrouvé à la faculté de Montpellier des écrits datant du XVIe siècle mentionnant ses propriétés désinfectantes. Aujourd’hui encore, elle préserve et parfume le linge des armoires et est utilisée dans les savons, les détergents industriels et les purificateurs d’air… 

La lavande est particulièrement recommandée aux personnes souffrant de troubles nerveux et d’insomnie. Elle se révèle apaisante pour les problèmes de peau tels que dermite, eczéma ou acné. Appliquée en massage, l’huile essentielle de lavande soulage les douleurs articulaires et rhumatismales. Un bouquet de lavande séchée en infusion facilite la digestion, surtout chez les hypertoniques sujets au stress…

L’aromathérapie lui accorde une place de choix, compte tenu de ses nombreuses indications et de ses multiples champs d’application. Rares sont les plantes qui font pareille unanimité en Occident comme en Asie, où la lavande est reconnue par la médecine chinoise (elle tonifie l’énergie du rein et de la vésicule biliaire), ayurvédique, tibétaine et chamanique en Amérique du Sud...

La grande famille des lavandes

Les lavandes font partie de la famille botanique des lamiacées. Elles se composent d’arbrisseaux dicotylédones, à fleurs le plus souvent mauves ou violettes, disposées en épis. La plupart des espèces, très odorantes, sont comme on le sait largement utilisées dans toutes les branches de la parfumerie. 

On distingue notamment la lavande vraie ou fine, la lavande aspic (dite lavande sauvage), la lavande maritime (surnommée lavande papillon) et le lavandin, un hybride naturel entre lavande vraie et lavande aspic. Pour côtoyer ces quatre grands types de lavandes, prenez de la hauteur. Partez tôt le matin et montez en suivant les sentiers de bergers jusqu’à 1 000 m d’altitude pour découvrir la lavande vraie, qui pousse à l’état sauvage à flanc de montagne. Cette espèce distinguée et fragile est utilisée aussi bien en parfumerie qu’en pharmacie. En redescendant vers la mer, en direction des garrigues méditerranéennes sèches, vous trouverez la lavande aspic, plus camphrée. Si vous vous promenez dans le massif des Maures, situé dans le département du Var, dans l’Esterel ou le maquis Corse, vous pourrez découvrir des fleurs de lavande maritime, dans un sol siliceux et acide. 

Comme nous le rappelle Vanessa Douvrin, de l’Atelier des litsées, ces belles et différentes lavandes ont des propriétés thérapeutiques très larges.  

• La lavande vraie (Lavandula angustifolia ou officinalis) : ses esters terpéniques sont d’excellents calmants et sédatifs associés à une propriété anti-inflammatoire, décontractante musculaire ; cela en fait une huile essentielle particulièrement intéressante surtout grâce à son innocuité. Hypotensive et anti-infectieuse, elle a également des propriétés cicatrisantes et anticoagulantes. 

• La lavande aspic (lavandula latifolia) : elle possède des acides triterpéniques qui ont des propriétés tonicardiaques et anti-arythmiques. Ce qui explique son indication dans les troubles cardiaques et circulatoires. Elle apaise les brûlures et la plupart des piqûres d’insectes. Elle était même réputée efficace sur les morsures de serpents, dont la vipère aspic des climats méditerranéens, qui aime à se prélasser à ses pieds. C’est d’ailleurs de là qu’elle tire son nom. 

• Lavande maritime (lavandula stoechade) : la belle lavande papillon maritime a des propriétés mucolytiques et aide donc à combattre les encombrements bronchiques, mais attention : sa forte teneur en cétones fait qu’elle doit être utilisée avec beaucoup de précautions. On la réserve souvent pour cette raison à un usage externe et elle est à exclure en particulier chez les femmes enceintes et les enfants. 

Le lavandin. Contrairement aux lavandes, il porte des épis très fournis et réguliers. Il s’agit d’un hybride, stérile et cultivé par bouturage (latifolia x officinalis). Comme il donne d’excellents rendements, il est également très prisé en parfumerie, dans la fabrication d’huiles essentielles et des produits de nettoyage industriel et d’entretien de la maison… 

Le miel de lavande : à votre santé !

On en parle peu et pourtant : c’est à l’hôpital que les pansements au miel de lavande ont la cote. Une ouverture rendue possible par le succès d’un protocole sur le pouvoir antibactérien et cicatrisant des miels, mis en place au CHU de Limoges. Il a notamment révélé que les pansements et les soins au miel de thym pouvaient réduire sensiblement le temps de cicatrisation, sans infection ni effets secondaires. La révolution des médecines alternatives est en marche… 

La cueillette de la lavande

La cueillette de la lavande obéit à des règles climatiques précises. Comme le rappelle l’association « La grande traversée des Alpes », qui organise notamment des circuits de randonnée autour du thème de la lavande, la cueillette dépend de l’hygrométrie, c’est-à-dire de l’humidité de l’air. En clair, une longue période sans pluie peut avancer la récolte de quelques jours, alors qu’un orage peut la retarder d’autant. Leur conseil : « N’hésitez pas à vous renseigner auprès des offices de tourisme des zones dans lesquelles vous souhaitez vous rendre. »

Guide de montagne et naturopathe liée à l’association, Raphaëlle rappelle que la période de floraison de la lavande se situe en été jusqu’à fin août, mais s’empresse de préciser que cette période varie en fonction des variétés de lavandes, du climat, de l’altitude et de la latitude. Sans oublier les caprices de la météo locale… Vous retrouverez dans le croquis ci-dessous les principales périodes de cueillette dans les Alpes du Sud et notamment dans le pays dignois, où nous avons réalisé notre reportage sur l’Or bleu.