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Boire Cacao,
tout un état d’esprit

Illustration maya chocolat

On croit tout connaître des délices chocolatés, mais on est loin d’imaginer que Cacao est doté de pouvoirs particuliers ! Un aller-retour Paris-Amazonie va nous en apprendre plus.

Que ce soit au temps des Mayas, des Toltèques ou des Aztèques (de – 2600 av. J.-C. à 1400), le cacaoyer était considéré comme l’arbre nourriture des dieux. Une légende raconte qu’une déesse aurait donné naissance au cacaoyer, envoyé sur Terre pour apaiser le cœur des empereurs.

Aujourd’hui, alors que chocolat, fabriqué à partir du fruit du cacaoyer, a des fans dans le monde entier, cette plante fait encore l’objet de rituels au fond de la forêt amazonienne et au Mexique, où des chamanes font perdurer un savoir lié au monde végétal.

Le cacao, boisson des puissants

Vers 600 de notre ère, les Mayas, qui cultivent le cacao notamment sur les basses terres du Mexique, fabriquent avec ses fèves une boisson sacrée. On a retrouvé de magnifiques vases décorés avec le glyphe cacaw, ou ka-ka-wa, dans des tombes de dignitaires mayas. Des fèves y étaient déposées comme offrandes. Dans toute la Méso-Amérique, la boisson sacrée faite à partir des fèves de cacao était réservée à l’élite, aux puissants : des nobles, des guerriers, des marchands et des poètes. Chez les Aztèques, l’empereur Moctezuma, qui régna sur Mexico-Tenochtitlan de 1502 à 1520, en raffolait : il en buvait jusqu’à 50 gobelets d’or par jour… Au cours des banquets, le xoco-atl (cacao en nahuatl) était servi par des courtisanes.

Mais, la boisson Cacao des rituels ne ­ressemble pas à notre ­boisson chocolatée : Marion Sebih utilise du cacao cru (poudre ou pâte) pur à 100 % (env. 30 g par personne). Il est mélangé avec de l’eau chaude et des épices (­piment, cardamome, cannelle… et d’autres tenues secrètes !). Pour moins d’amertume, on y ajoute du lait végétal, du sirop de coco ou d’agave, et on le boit en conscience. Chez les Aztèques, Cacao était servi froid : aux fèves, on ajoutait du piment, du maïs, de l’achiote, du suc de maguey et des fleurs blanches (­frangipanier, jasmin). Parfois, lors de certaines ­cérémonies, on y ajoutait du datura.

Beaucoup moins connu et utilisé que l’ayahuasca ou le peyotl, la fève de cacao n’agit pas comme un psychotrope, mais possède des propriétés euphorisantes. Pour le chamane et auteur Laurent Huguelit, elle mérite toute notre attention. Dans la forêt péruvienne, l’homme-médecine Romulo Pelliza perpétue une tradition en préparant un breuvage au cacao pur, fabriqué simplement en râpant les fèves, visant à débarrasser les organismes du stress et des toxines, tout en aidant les personnes à retrouver leurs propres...

pouvoirs. En effet, toutes les plantes chamaniques ont comme première vocation de soigner.

De la consommation du cacao peut résulter une addiction qui n’est pas uniquement liée aux flavonoïdes antioxydants, au magnésium antistress et autres nutriments contenus dans ce végétal. En effet, ses puissantes ­molécules – plus de 800 ont été recensées – agissent aussi sur l’ensemble de l’organisme à des niveaux très subtils, énergétique comme aphrodisiaque, en facilitant la libération de l’hormone du bonheur, l’endorphine.

Vertus réelles et fantasmées

Le chamane Romulo Pelliza enseigne que le cacao a un impact direct sur l’apaisement du système nerveux, et qu’il permet de détendre complètement le cœur. Il agit aussi sur la décontraction des muscles d’une manière douce et naturelle. Le processus de dépendance vient aussi des alcaloïdes qu’il contient (caféine, théobromine et salsolinol) qui favorisent grandement la libération de dopamine, un grand stimulant du cerveau.

Laurent Huguelit précise : « Ces substances imitent nos propres hormones et viennent se loger dans leurs capteurs. Elles peuvent prendre leur place ou stimuler leur sécrétion. Lorsqu’on est dépendant d’une plante, c’est que son esprit a pris possession d’une partie de notre être. Le pouvoir de la plante compense un manque, l’énergie par exemple. »

Pour le fondateur du centre de pratique chamanique L’Outre-Monde, « en éveillant nos propres pouvoirs, certaines plantes peuvent aussi faire disparaître nos addictions ». Et de rappeler que toutes les substances produites par les plantes peuvent être produites par le corps. « Les plantes représentent alors un raccourci et c’est ce raccourci qui est séduisant », indique-t-il.

« Les plantes sacrées jouissent non seulement de la faculté de paroles et de libre arbitre, mais elles ont aussi un sexe et sont considérées comme femelles ou mâles », écrit pour sa part l’anthropologue mexicain Gonzalo Aguirre Beltràn (1908-1996).

Une énergie féminine

Après une formation chamanique en Amazonie, l’enseignante de yoga Marion Sebih a intuitivement féminisé le précieux végétal : « Cacao est une énergie féminine. J’ai découvert cette “déesse” pendant un rituel, lors d’une méditation profonde. Son énergie est très puissante et très subtile, avec beaucoup de sensualité et d’amour. »

Désormais, Marion propose à Paris des cérémonies autour de Cacao. « Pendant les rituels, votre conscience du vivant augmente. En tant que femme, j’ai sollicité Cacao pour apaiser les douleurs pendant les règles. J’ai ressenti un impact sur l’énergie sexuelle et créatrice. Ce lien à la nature et aux connaissances ancestrales m’a reconnecté à moi-même, à une époque de grand changement personnel et intime. »

Une cérémonie à Paris

Tous les deux mois, Marion Sebih orchestre un rituel autour du cacao dans un lieu où se croisent de nombreuses cultures des peuples premiers. « Je veux créer des espaces d’enchantement pour le collectif, créer du lien pour se reconnecter à la simplicité. Le déroulement du rituel suit un certain ordre, même si le rythme de chacun sera différent pour l’intégrer. Dans l’odeur incomparable du cacao, un gong ouvre la cérémonie et je raconte la légende de la déesse Cacao, envoyée sur Terre, car les hommes ont perdu la connexion à la puissance du cœur et le lien avec la magie du monde.

Chacun reçoit la fève puis je sers la boisson chaude au cacao. Les effets sont multiples : ce peut être un état méditatif, certains s’allongent et lâchent prise. Cela ouvre un espace collectif de joie, de méditation, d’émotions et de liberté. Chacun laisse Cacao faire, et on part pour deux heures de partage dans un esprit de célébration. Avant la fin de la cérémonie, je fais un chant de transition pour un retour au calme et un remerciement collectif. »

La cérémonie vise aussi à nous rappeler que nous ne sommes pas si éloignés du monde chamanique, puisque des plantes sacrées comme le café sont déjà parmi nous au quotidien ! Ainsi, ce rituel est-il une façon de s’ouvrir à l’intelligence de la nature et de nous inciter aussi à nous interroger sur ce que nous consommons.

Les nouveaux rituels et ce « néochamanisme » reflètent souvent notre fascination pour les pratiques magiques. Il n’empêche, lorsqu’ils sont menés de façon éthique et sincère, ils font perdurer une culture ancestrale. Et ils peuvent nous livrer des clés pour mieux comprendre notre interaction avec le monde végétal, en nous apprenant que l’intelligence organique de notre corps sait recevoir la magie des plantes.

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