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Le millet, histoire d'une graine abandonnée

Millet

Avec l'industrialisation de notre agriculture, un grand nombre de légumes, de fruits et de céréales sont tombés en désuétude. Parmi eux, le millet qui était autrefois considéré comme une céréale de premier plan aux côtés du blé et du seigle.

il existe mille types de millets. En France, le terme désigne une céréale vivrière, à très petites graines et longue tige, que l'on peut croiser assez souvent aux abords des champs et des routes de la côte atlantique. Appartenant à la grande famille cosmopolite des graminées, le millet se divise en de nombreux genres : millet japonais (Echinochloa spp), millet commun (Panicum miliaceum), herbe à épée (Paspalum scrobiculatum), Millet perlé (Pennisetum glaucum), ou encore le millet des oiseaux (Setaria italica).

L'origine des différents millets est difficile à déterminer. S'ils sont présents sur plusieurs continents (Asie, Afrique, et Europe), les documents historiques relèvent la première domestication du millet Setaria italica en Chine, il y a environ 6 000 à 7 000 ans. Il faisait même partie des cinq plantes sacrées que l'empereur semait tous les ans au cours d'une cérémonie prestigieuse. En France, « la première trace de millet dans les documents officiels apparaît il y a 2 000 ans », nous explique l'historien Hervé Goulaze, spécialiste de l'histoire du millet dans la région des Landes. Ainsi les deux principaux millets cultivés dans l'Hexagone étaient le millet des oiseaux (Setaria italica) et le millet commun (Panicum miliaceum).

Particulièrement adaptée au climat aride et aux terres pauvres, la culture du millet était parfaite pour les espaces sablonneux. Comme en Vendée ou encore dans les Landes où elle est rapidement devenue, jusqu'à la fin des années 1800, avec la culture du seigle, la principale ressource alimentaire. Riche en acides gras, en phosphore, magnésium, fer et vitamine B, les Landais ­l'utilisaient sous forme de farine avec laquelle ils confectionnaient des plats tels que le millas ou le millassou, sa version sucrée. Hervé Goulaze précise : « Le...

millet privilégié par les habitants a été le millet commun aux propriétés gustatives plus intéressantes que le millet des oiseaux ».

Une spécialité rustique

Le millas est une spécialité du sud-ouest de la France, appelée différemment selon la région (escauton, broye, millade, millassou, cruchade ou encore mioque). Sorte de polenta, le millas est, à l'origine, à base de farine de millet, d'où son nom. Après l'abandon de la culture du millet, il a été cuisiné avec de la farine de maïs. Aujourd'hui, il subit une nouvelle évolution, car sa farine est souvent mélangée ou remplacée par de la farine de froment afin de le rendre plus léger.

Une économmie spécifique

Sur le plan économique, la céréale a aussi fortement marqué la région. Utilisé comme impôt en nature, le millet était aussi exploité pour ses feuilles et ses tiges « que l'on coupait très bas pour les avoir entières comme fourrage », raconte l'historien Jean-Marc Moriceau dans son livre : Les couleurs de nos campagnes. Le fourrage du millet est, en effet, excellent pour les bovins et les volailles mais aussi pour les chevaux. « L'exportation vers les haras anglais constituait la majeure partie des revenus des agriculteurs », complète à son tour Hervé Goulaze. La culture du millet devient centrale grâce à la sélection des variétés effectuées alors par les membres de l'Église. Que ce soit le millet des oiseaux ou le millet commun, ils deviennent de plus en plus résistants aux sécheresses, et adaptés à une pousse rapide. Ces millets deviennent ainsi des céréales « sûres » tant pour nourrir la population que pour assurer sa survie économique.

Un véritable coup de frein

Au XIXe siècle, ce type de céréale était encore retrouvé dans trente départements sur près de 35 000 hectares. Mais plusieurs événements vont amener son déclin. D'abord, la loi napoléonienne de 1857 impose la plantation de pins maritimes dans les zones de parcours des moutons dans les Landes. La conséquence principale est que le fumier, indispensable à la culture du millet, n'est plus disponible. Un véritable coup de frein pour cette agriculture déjà menacée par l'arrivée du maïs au XVIIIe siècle. Bien que ce dernier mette du temps à s'imposer dans les régions côtières, la simplicité de sa culture, et son rendement plus important, auront finalement raison du millet. « Un paysan ne va pas hésiter longtemps à diminuer sa charge et son temps de travail de moitié pour une récolte équivalente », commente Hervé Goulaze. De plus, le millet commun « ne bénéficie pas de l'attention des techniciens agricoles et sa culture n'est pas mécanisée », explique l'ethnobotaniste Michel Chauvet dans son Encyclopédie des plantes alimentaires. Accompagnant ce changement majeur dans l'agriculture, l'embourgeoisement des paysans, qui deviennent pour la plupart des propriétaires terriens rentiers, modifie également profondément les mœurs et donc la consommation. Le millet devient peu à peu une céréale de pauvres et perd de sa superbe.

Aujourd'hui, il a quasiment disparu de notre paysage agricole. Quelques cultures dédiées à la production de nourriture de luxe pour oiseaux subsistent. Toutefois des exploitations familiales cherchent à le relancer comme céréale sans gluten destinée à l'alimentation humaine. D'ailleurs, l'association Terra Millet compte bien faire renaître cette céréale déchue. En collaboration avec l'Inra de Rennes, une étude pour la réintroduction du millet a obtenu les subventions nécessaires en 2020. Alors à quand le retour du millet ? Ce serait une bonne nouvelle pour la diversification de notre alimentation, et de notre agriculture.

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