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Faut-il avoir peur des sprays aux huiles essentielles ?

Les sprays aux huiles essentielles à pulvériser à l’intérieur sont régulièrement l’objet de critiques. Dans son numéro du mois de juin 2018, le magazine 60 millions de consommateurs alerte sur leur effet « polluants et allergisants ». Ce n’est pas la première fois qu’ils sont dans le collimateur des associations de consommateurs (Que choisir en 2014, 60 Millions de consommateurs en 2017 et 2018). Pour faire la part des choses entre les risques supposés et réels, nous avons choisi de donner la parole au Dr Jean-Marc Giroux, expert toxicologue-pharmacologue. Selon lui, il n’y a pas lieu de s’alarmer dès lors qu’on est attentif aux précautions d’usage indiquées sur les produits.


P&S. L’article de 60 Millions de consommateurs qualifie certains sprays aux huiles essentielles de « polluants » en raison de leur forte teneur en COV ? Qu’en pensez-vous ?

J.-M. Giroux. C’est pour moi un non-sens. Cette qualification montre une mauvaise connaissance de ce que sont les COV. Car il existe deux sortes de COV. Les COV naturels, qui sont issus des plantes, des fruits et que l’on retrouve dans la nature. On sait maintenant que ces COV sont émis par les plantes en réponse à des agresseurs. Ils leurs permettent de détecter précocement des attaques et ainsi élaborer des stratégies de lutte adaptées. Les COV naturels sont indispensables dans le fonctionnement de la nature. Il existe par contre des COV anthropiques pour lesquels les premières règlementations ont été élaborées dès les années 1970, alors que la multiplication des produits chimiques laissait craindre des pollutions. Comment les fabricants ont-ils réagi ? En réduisant les COV de synthèse et en ajoutant des COV naturels avec pour objectif de limiter les potentielles nuisances sur l’environnement et la santé des consommateurs !

Il est également fait référence dans l’article à « la présence d’ingrédients allergisants classés dans la liste règlementaires des 26 substances parfumantes allergisantes ».

Certains composants des huiles essentielles sont connus comme potentiellement allergisants, comme le limonène par exemple, que l’on trouve dans les huiles essentielles de citron ou d’orange douce. Mais ils sont obligatoirement mentionnés sur les étiquettes, permettant aux personnes se sachant allergiques de les tester (une goutte au creux du coude) et/ou de les éviter. Il semble toutefois qu’il y ait une confusion dans l’article car il ne faut pas confondre allergie cutanée et allergie respiratoire. Je précise qu’il n’a jamais été décrit d’allergies cutanées suite à l’emploi d’un spray aux huiles essentielles. Lorsqu’il est utilisé dans le respect des précautions d’usage et que les huiles essentielles sont de bonne qualité, il n’y a pas, ou très peu, de retombées sur la peau, car les huiles essentielles sont volatiles, elles s’évaporent et ne laissent pas de particules. Évidement, un spray n’est pas destiné à être appliqué sur la peau. Concernant l’allergie respiratoire, elle est rare chez les sujets en bonne santé et d’autant plus si les huiles essentielles sont de qualité. Car dans le cas du limonène par exemple, il devient allergisant lorsqu’il s’oxyde. C’est pour cela que les huiles essentielles sont conservées dans des contenants en verre opaque et foncé. Les personnes asthmatiques doivent bien évidemment éviter les substances irritantes pour les voies respiratoires. Mais paradoxalement, il a été réalisé un essai clinique sur l’usage de sprays aux huiles essentielles en présence de sujets asthmatiques (léger à modéré). En suivant bien les précautions d’emploi cela n’a pas posé de problème. Au contraire, certains d’entre eux, allergiques aux acariens, ont ressenti un mieux-être.

Avez-vous des recommandations à formuler pour éviter le mésusage et rassurer les consommateurs ?

L’article de 60 Millions de consommateurs n’aide pas à mieux comprendre ces produits. Pour preuve, ils mettent dans la catégorie « désodorisant » des sprays « assainissants ». S’ils peuvent bien sûr être utilisés pour lutter contre les mauvaises odeurs, ceux-ci ont surtout pour vocation à assainir l’air grâce à leur action anti-acarien et/ou antifongique. Il est évidemment recommandé de bien lire les précautions d’usage, notamment en présence d’enfants et de femmes enceintes.  En général, on recommande de vaporiser le produit dans une pièce, d’en sortir au moins 30 minutes afin de laisser agir, puis d’aérer.

Une chose sur laquelle je suis d’accord avec 60 Millions de consommateurs : la première démarche à faire pour désodoriser ou assainir l’air d’une pièce, c’est d’ouvrir les fenêtres pour aérer. C’est indispensable, on n’est pas faits pour vivre dans des boites !

Biographie : Jean-Marc Giroux est le président de Cosmed et coordinateur pour le Consortium huiles essentielles qui regroupe 9 entreprises du marché de l’aromathérapie (Arkopharma, Aromazone, Pierre Fabre, Florame, Groupe Gilbert, Léa Nature, Oméga pharma, Puressentiel, Weleda). Sa vocation est d’œuvrer pour une information exacte et transparente sur les huiles essentielles afin d’assurer leur sécurité d’emploi et de promouvoir leurs effets thérapeutiques.


Ces conseils ne vous dispensent pas de consulter en premier lieu un médecin pour établir un diagnostic. Vous pouvez également vous faire accompagner par un thérapeute en médecine complémentaire. Pour en trouver un près de chez vous, rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com