• Médecine conventionnelle et médecine alternative devraient travailler ensemble

Dr Olivier Abossolo :  Le recours aux thérapies alternatives accélère la guérison 

Médecin anesthésiste depuis vingt ans, Olivier Abossolo n’a eu de cesse de s’ouvrir à la médecine intégrative. En quelques années, aromathérapie, luminothérapie et autres thérapies douces sont entrés par la grande porte d’un centre chirurgical privé d’Avignon et font désormais pleinement partie des soins prodigués. Il nous livre ce qui l’a poussé à diversifier ses approches thérapeutiques.


Plantes & SantéComment avez-vous été amené à vous intéresser aux thérapies alternatives ?

Dr Olivier Abossolo J’ai commencé ma spécialisation d’anesthésiste au CHU de Liège, en Belgique, où, sous l’impulsion du professeur Marie-Élisabeth Faymonville, on utilisait couramment l’hypnose. C’est là, dans les années 1990, que j’ai compris que l’on pouvait s’intéresser sérieusement à d’autres façons de soigner. Je me suis formé à la naturopathie, j’ai découvert l’aromathérapie qui est devenue l’une de mes passions, ainsi que divers soins énergétiques. Mais dans mon travail, j’étais confronté à une opposition entretenue entre les médecines conventionnelle et alternative. Cela ne me convenait pas, d’autant que j’ai très vite été convaincu que la conjugaison des deux est bénéfique non seulement pour le patient, mais aussi pour le soignant.

P. & S. Désormais, cette double approche est celle qui prévaut officiellement au centre chirurgical Montagard d’Avignon. Avez-vous eu du mal à convaincre ?

Dr O. A.Je n’ai jamais cherché à convaincre. Quand je me suis installé à la clinique Montagard, j’avais déjà dix ans de pratique. Je leur ai donc proposé ma manière de travailler. Petit à petit, tout le personnel, de l’aide soignante au chirurgien, a constaté les effets positifs : meilleur vécu de l’opération, réveil plus agréable, moindre recours aux analgésiques.

P. & S. De quoi s’agit-il plus précisément ?

Dr O. A.Avant l’opération, le patient bénéficie d’une médication homéopathique à visée anxiolytique. On lui fournit aussi un stick inhalateur d’huiles essentielles relaxantes qu’il peut utiliser à sa guise. On a recours à des séances d’hypnose, à de la musicothérapie afin de favoriser la détente. En postopératoire, des huiles essentielles sont diffusées dans la salle de réveil, tandis que des images apaisantes sont projetées, et on passe de la musique. Les personnes opérées sous anesthésie générale bénéficient de séances de Bol d’air Jacquier. Cette technique limite les nausées, les vomissements et favorise un réveil plus rapide. Enfin, pour apaiser les douleurs postopératoires, on utilise la photobiomodulation (sources lumineuses froides, ndlr). Précisons qu’à chaque fois, ces « traitements » qui nous permettent d’utiliser moins de médicaments chimiques sont d’abord testés, puis validés par une étude et des données bibliographiques avant d’être mis en place.

P. & S. Ces approches sont donc systématisées ?

Dr O. A.La bonne appréciation de la Haute autorité de la santé en 2013 nous a permis de passer une nouvelle étape. Cela signifiait une validation officielle de ce type de démarche aussi bien vis-à-vis des confrères médecins que de la direction. Désormais, tous les soins réalisés avec des thérapies alternatives à la clinique Montagard font partie intégrante du dossier médical.

P. & S. Alors qu’il est surtout question de gestion financière de la santé, comment expliquer cette reconnaissance ?

Dr O. A. En fait, si ce type d’approches nécessite de faire quelques investissements (matériel adapté, produits d’aromathérapie, formation aux médecines douces…), les coûts globaux s’équilibrent rapidement. Par exemple, on a dû acheter les appareils Bol d’air Jacquier, mais désormais, on a moins recours à un antivomitif chimique, qui est très coûteux. Par ailleurs, en remettant plus vite le patient sur pieds, ce dernier peut sortir plus rapidement de la clinique. On développe ainsi la prise en charge ambulatoire (le patient rentre plus vite à son domicile après l’intervention) ce qui, du point de vue de la gestion des coûts de santé, revient moins cher. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le travail du personnel est facilité. Par exemple, en remplaçant la médication chimique par de l’homéopathie et le stick aroma, les infirmières font beaucoup moins d’allées et venues. Si ces soins n’avaient pas été compatibles avec les contraintes médicales et budgétaires, ils n’auraient pas été validés par la direction pour être étendus aux autres cliniques du groupe.

P. & S. Pensez-vous, à l’avenir, avoir recours à d’autres thérapies alternatives de soins ?

Bien sûr, car notre démarche visant à améliorer le bien-être du patient est dynamique. Par exemple, on teste actuellement pour l’opération de l’hallux valgus (déformation du pied, ndlr) des patchs d’huiles essentielles anti-inflammatoires et anti-infectieuses. Pour la chirurgie de l’épaule, on est parvenu, en utilisant l’appareil Miltaled, à réduire de 25 % la dose de morphine. Beaucoup d’évolutions sont encore possibles, il faut continuer pas à pas. Sans oublier de proposer des solutions qui sont toujours en adéquation avec l’environnement global dans lequel on évolue.

P. & S. Est-ce cela qui explique le succès de votre démarche ?

Dr O. A.La première réussite est d’avoir mis un terme à ce préjugé affirmant que tout oppose médecine conventionnelle et médecine alternative. Finalement, la nouvelle prise en charge du patient s’est mise en place de façon assez naturelle : un peu à l’image de ce que doit être la médecine intégrative. Une façon d’appréhender l’individu sous tous ses plans, pas seulement physique mais aussi mental, social, culturel, jusqu’à l’aspect spirituel.

P. & S. Votre projet reste très ambitieux…

Dr O. A.Non, pour moi il ne s’agit pas d’ambition. C’est là que réside la nouvelle médecine, celle qui doit s’orienter vers le travailler ensemble et le respect du patient. On retrouve ainsi une médecine plus coopérative, qui ne doit pas sa légitimité à sa spécialisation.