• Aromathérapie : Huiles essentielles, faut-il redouter leur toxicité ?

Huiles essentielles : faut-il redouter leur toxicité ?

Les huiles essentielles suscitent, depuis quelques années, un engouement grandissant chez les thérapeutes mais aussi dans le grand public. Leur accessibilité fait oublier qu’il s’agit de produits très puissants et que leur utilisation implique quelques règles de prudence.

 Huile essentielle de litsée citronnée, de cannelle de Chine, d’origan compact, de lavande aspic et autres thym… dans les rayons, l’offre en huile essentielle est abondante et chacun est libre de se servir. En France, ces actifs aromatiques bénéficient d’un espace de liberté rare dans un pays, où l’on a l’habitude de réglementer. Notamment dans le domaine de la santé, peu de produits échappent au monopole pharmaceutique. Pour l’aromathérapie, seule une quinzaine d’huiles essentielles (HE) sont régies par une réglementation particulière obligeant la vente en officine. Pour autant, il ne faut pas non plus que cette tolérance donne l’impression que les huiles essentielles ne nécessitent pas certaines précautions.

Il ne faut pas le nier : une mauvaise utilisation peut causer des dermites de contact, liées à une intolérance des composants sur la peau. Au-delà de la toxicité, ce problème peut être lié à un facteur de réponse individuel. Les personnes développant facilement un terrain allergique doivent rester prudentes dès lors qu’elles appliquent un produit sur la peau. Par voie orale, un surdosage ou une fragilité particulière des voies digestives pourront amener des gastralgies plus ou moins importantes qui s’amélioreront avec la prise d’huile végétale en quantité importante. À des doses subtoxiques par voie orale, le risque vital peut être en jeu (hémorragie digestive, atteinte hépatique ou altération du système nerveux) et un lavage d’estomac en centre hospitalier est obligatoire.

 N’oublions pas que les HE représentent un concentré des principes actifs des plantes et qu’à ce titre il convient de les utiliser en toute connaissance de cause. C’est pourquoi une première règle de prudence s’impose : dans le doute, mieux vaut les utiliser diluées.

Dans le passé, les accidents les plus graves ont pourtant été dus à des produits élaborés par des laboratoires. 
Par exemple deux spécialités recommandées dans les premiers refroidissements – Esculape, des laboratoires Phytosun, et Vickx Baby Balm, des laboratoires Procter & Gamble – ont provoqué des convulsions chez des bébés de moins d’un an. Les mélanges concernés contiennent effectivement plusieurs composants qui, mis en synergie, peuvent se révéler fortement épileptogènes. Depuis, le fabricant à l’obligation de porter la mention « Ne pas administrer aux enfants de moins de 3 ans », et le Vicks Baby Balm a été retiré du marché.

Suite à ces accidents, l’AFSSAPS a émis un ensemble de recommandations destinées à attirer l’attention des acteurs de la filière (producteurs d’HE et fabricants de produits cosmétiques et médicinaux) sur le fait que ces produits ne doivent pas être considérés comme des ingrédients courants. Plus précisément, elle a publié des recommandations concernant l’utilisation de camphre, d’eucalyptol (ou 1,8 cinéole) et de menthol dans la fabrication de produits cosmétiques destinés aux enfants, trois dérivés terpéniques dont les risques toxiques sont importants. Par cette mise en garde appuyée, l’AFSSAPS a aussi quelque peu effrayé les utilisateurs peu expérimentés. Sans pour autant que ces mises en garde s’accompagnent de véritables conseils pour sensibiliser les utilisateurs aux véritables risques et leur faire connaître les précautions à prendre. Or, aujourd’hui, on connaît bien les lignes de prudence à adopter. Voici les principales.

Intoxication aux huiles essentielles

Tout d’abord, il faut avoir conscience qu’en matière d’huile essentielle, les mélanges peuvent se révéler redoutables. Une synergie d’huiles essentielles possède une activité décuplée par rapport aux huiles essentielles prises seules. Efficacité mais aussi risque toxique sont donc augmentés. Toute synergie aromatique destinée à l’adulte n’est sûrement pas la plus adaptée aux bébés de moins d’un an. On retrouve par exemple dans le mélange Esculape une association d’huiles essentielles potentiellement neurotoxiques qui contiennent du camphre et de l’eucalyptol (ou 1,8 cinéole).
Le camphre (ou bornéone), aux propriétés antiseptique, stimulante respiratoire et antalgique, est une cétone des plus neurotoxiques. Elle provoque des convulsions chez le nourrisson de moins de 30 mois et chez le sujet épileptique. Son utilisation est donc contre-indiquée avant 30 mois et déconseillée avant 6 ans, même dans les produits cosmétiques.
L’effet toxique peut également s’exprimer dès lors que le composé dangereux est utilisé quotidiennement au-delà de plusieurs semaines
. Voilà pourquoi il faut toujours instaurer une « fenêtre thérapeutique », c’est-à-dire une période de quelques jours pendant lesquels on ne prend pas d’huiles essentielles pour laisser le corps se purger des actifs aromatiques. Suivant le cas, on optera pour un rythme de 5 jours sur 7, ou de 3 semaines sur 4. Ce risque est réel, notamment en cas d’insuffisance hépatique ou rénale. En tout état de cause il faudra adapter les doses. En prise continue, il y a accumulation et risque de dépassement des doses autorisées.

Différents types de toxicité

De façon isolée, certaines huiles essentielles présentent un danger potentiel. Toutefois leur effet délétère provient en général d’un usage ou d’une dose non adapté au sujet. Il convient d’ailleurs de relativiser ce risque car il concerne essentiellement les personnes fragiles, notamment les bébés et les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes ou allaitantes. La toxicité provient de la présence de certaines molécules aromatiques pour lesquelles des risques ont été identifiés suite à des tests. Une famille biochimique particulière, celle des cétones, est ici particulièrement visée : elle présente une neurotoxicité et un risque abortif.

Pour une autre famille, celle des phénols, sa causticité sera particulièrement tournée vers la peau (dermocausticité) et le foie (hépatotoxicité). Ces huiles essentielles à phénols ne s’utiliseront donc pas ni par voie cutanée ni par voie rectale, seule la prise orale sera possible. En cas de traitement long, pour éviter tout risque hépatotoxique, il faudra observer une fenêtre thérapeutique.
Une autre toxicité provient des HE contenant des furocoumarines et pyrocoumarines. Leur application cutanée, ou même leur prise par voie orale, peut provoquer, sous l’effet prolongé du soleil, des réactions érythémateuses susceptibles de favoriser la carcinogénèse et l’accélération de la mélanogenèse.
Enfin, l’absorption orale d’huiles essentielles riches en monoterpènes (toutes les espèces de pins et de sapins, de genévriers et même le santal blanc) sur de longues périodes peut enflammer et détériorer à terme, les néphrons (les unités fonctionnelles du rein). C’est ce que l’on nomme une néphrotoxicité.
Lorsque tous ces effets toxiques sont présents à l’esprit, avoir recours aux huiles essentielles en parfaite innocuité n’est qu’une question de choix : celui de l’huile, de la dose, de la durée et de la voie d’administration. Comme pour un médicament, il existe pour chaque huile essentielle un équilibre entre le bénéfice et le risque qui doit aussi être envisagé en fonction du sujet.

  • L’Eucalyptus globulus contient de l’eucalyptol (1,8 cinéole). Cette molécule est présente à une concentration importante (70 à 75 %) dans ce type d’eucalyptus. C’est pourquoi son huile essentielle est déconseillée pour les enfants.
  • Dans l’huile essentielle d’aneth sont présents en quantité importante des composants aromatiques cétoniques (carvone). Si l’HE est indiquée pour ses propriétés digestives apaisantes, elle peut entraîner chez un bébé des convulsions et de l’hypotonie.
  • L’eucalyptol, une molécule neurotoxique, est présent dans l’huile essentielle de ravintsara, de niaouli, d’eucalyptus, etc. mais à des concentrations différentes. Par exemple, l’Eucalyptus radiata en contient 60 à 70 % et l’Eucalyptus globulus en affiche 70 à 75 %. Même si elle est moyennement toxique, on choisira l’eucalyptus radié pour les enfants de moins de 6 ans.
  • Les huiles essentielles d’angélique, de khella et, dans une moindre mesure, d’estragon, lavande, cannelle de Chine et de Ceylan sont photosensibilisantes. C’est la même chose avec les essences d’agrumes. On évitera donc toute exposition solaire prolongée dans les quatre heures suivant la prise de l’huile essentielle.
  • En cas de terrain allergique avec intolérance importante, on sera prudent notamment avec les huiles essentielles de laurier noble, de cannelle de Chine et de Ceylan, d’inule odorante, de pin maritime, de menthe poivrée, des lavandes et sauges, ainsi que le baume de Tolu et du Pérou.

Pour avoir le dossier complet, vous pouvez commander le numéro Plantes & Santé n° 107 en cliquant ici.