• Soutenir le foie fragile

Soutenir le foie fragile

Doté de capacités exceptionnelles, le foie, organe le plus volumineux du corps, doit faire l’objet d’une attention particulière, tant en prévention qu’en cas de troubles hépatiques. Huiles essentielles, macérats ou décoctions, les plantes comme le desmodium ou le chardon-Marie offrent un large spectre d’actions pour le soutenir.


Le foie, clé de voûte de la santé

« Une sorte de labyrinthe remarquablement ordonné qui ressemble à une ruche avec ses agencements géométriques de lobules hépatiques […], chacun ressemblant à un livre où sont disposés le long de ses “pages” les hépatocytes (cellules hépatiques). » C’est ainsi que le Dr Clara Naudi présente l’anatomie du foie dans un livre* dédié à la beauté et à l’intelligence de l’anatomie humaine. Cet organe imposant, le plus gros du corps humain (2% du poids corporel, soit 1 500 grammes en moyenne), assure jour et nuit plus de cinq cents fonctions en parallèle. Un vrai laboratoire dont on peut regrouper les actions en trois grandes catégories : épuration, synthèse et stockage.

Clé de voûte de notre santé, le foie a d’abord un rôle de filtre : il épure, nettoie et détoxique le sang des polluants qui ont franchi la barrière intestinale. Il a la capacité de transformer les déchets pour les rendre moins toxiques et facilite leur élimination, aussi bien ceux produits par l’organisme, du type ammoniac, que ceux ingérés, comme l’alcool ou les médicaments. Cette action d’élimination se fait surtout la nuit, d’où l’importance de manger léger le soir.

Le foie est aussi une usine organique, qui synthétise ou rend de nombreux composés physiologiques actifs. Il participe à la production des acides gras, du cholestérol, des sels biliaires, des protéines et des facteurs de la coagulation sanguine, tout en régulant le taux d’hormones. Mais c’est la bile qu’il produit en plus grande quantité – entre un demi-litre et un litre par jour – et en continu. Bile qu’il stocke ensuite dans la vésicule biliaire. Car le foie est aussi un organe de stockage. Il emmagasine le fer, certaines vitamines (A, D, B12), des graisses qu’il utilise pour fabriquer le cholestérol et des sucres sous forme de glycogène.

Pour accomplir toutes ces tâches et être efficient dans les nombreux processus dans lesquels il est impliqué, le foie doit jouir d’une très grande vitalité.  Si on le surcharge, il va vite donner des signes de fatigue, induisant nombre de pathologies ou de déséquilibres. Pour le préserver, les plantes offrent une large palette de possibilités: action drainante, détoxifiante, protectrice, cholagogue, les traitements en phytothérapie peuvent véritablement soutenir et restaurer la fonction hépatique. N’attendez pas le verdict d’une analyse sanguine pour agir : mauvaise haleine, langue pâteuse, maux de tête et fatigue, notamment après les repas, sont des symptômes classiques d’un foie engorgé et doivent vous alerter. Par ailleurs, la phytothérapie est aussi très utile en traitements préventifs.

Le don de régénération

Quotidiennement, les cellules hépatiques doivent faire face à des agressions : tabac, alcool, pesticides et médicaments qui abîment et détruisent les hépatocytes. Le danger peut aussi venir de certains virus, en cas d’hépatites ou de maladies génétiques comme l’hémochromatose. Mais le foie a un secret : une extraordinaire capacité à se régénérer. Un seul hépatocyte, cellule hépatique de base, peut se diviser à l’envi pour reformer un foie entier.

Comme pour tous les organes, les cellules hépatiques ont une durée de vie limitée, même sans agression extérieure : elles se renouvellent naturellement tous les 300 à 500 jours environ. Certes, le foie peut se « dé-brouiller » seul pour se maintenir, mais un coup de pouce pour soutenir ses capacités de régénération sera tout de même le bienvenu. Aux changements de saison, faites une cure détox pour éliminer les toxines accumulées dans l’organisme. Pendant cette période, limitez la consommation de viande, de laitages, de graisses et optez pour une alimentation hypotoxique (suppression de l’alcool, du tabac, du café). Les repas doivent être agrémentés de salades sauvages (pissenlit au printemps, chicorée en hiver), dépuratives et riches en vitamines et minéraux. Complétez avec une tisane composée de plantes hépato drainantes comme la racine de pissenlit ou la feuille d’artichaut, auxquelles s’ajoutent d’autres dépuratifs en fonction des besoins de chacun : pensée sauvage pour la peau, mauve pour les intestins, frêne ou aubier de tilleul pour les reins. 

En cas d’agression plus violente due à un traitement médicamenteux, un vaccin ou un changement hormonal (ménopause, accouchement), les plantes détoxifiantes ne sont plus suffisantes. Il faut alors se tourner vers celles qui vont protéger et relancer la régénération naturelle du foie en augmentant la division des hépatocytes sains. Historiquement, la plante la plus connue pour cette vertu est le chardon-Marie (Silybum marianum). Ce grand chardon, qui possède des feuilles épineuses et veinées de blanc, favorise la régénération du tissu hépatique et protège le foie des agents cancérogènes ou des poisons. Ses graines contiennent un principe actif, la silymarine, hépatoprotecteur puissant. On l’utilise aussi traditionnellement lors de la prise de médicaments reconnus pour entraîner des troubles hépatiques. Pour autant, son action n’altère pas leurs effets bénéfiques. Certains médecins estiment qu’on peut l’employer pendant une chimiothérapie afin de limiter son impact sur le foie. Notez enfin que la plante est reconnue par l’OMS comme étant efficace dans le cadre de la prise en charge des intoxications hépatiques et des hépatites.

Autre plante intéressante : le chrysanthellum (Chrysanthellum americanum). Également puissant hépatoprotecteur, il accélère la formation de nouveaux hépatocytes en cas d’agression. Les flavonoïdes et la chrysanthelline qu’il contient sont à l’origine de ses propriétés protectrices et régénérantes. Par ailleurs, il multiplie par cinq l’élimination de l’alcool, substance particulièrement délétère pour le foie. À noter que le desmodium pris en décoction possède des propriétés similaires.

Originaire des zones équatoriales d’Afrique et d’Amérique du Sud, Desmodium adscendens est une plante de la famille des Fabacées. Outre la mise en évidence des principes actifs qui agissent en synergie (alcaloïdes, anthocyanes, saponines et flavonoïdes), le mécanisme d’action du desmodium a été expliqué : il agit comme protecteur de la cellule hépatique car il restaure, régularise et renforce la fonction hépatocytaire. L’absence de toxicité a également été démontrée. La plante a ainsi toute sa place dans la prise en charge des hépatites virales, en complément du traitement conventionnel. Les personnes souffrant d’autres atteintes hépatiques (alcoolisme) ou suivant un traitement par chimiothérapie ont aussi tout intérêt à en prendre sous forme de cure régulière. Avec une diminution des nausées et des vomissements, la chimio est mieux tolérée.

MODE D’EMPLOI DU DESMODIUM En décoction : 10 g de plante sèche (tiges et feuilles) dans 1 litre d’eau froide à laisser bouillir 15 minutes. Filtrez et buvez au cours de la journée. En cas de chimio, débutez 2 jours avant et poursuivez pendant 1 semaine. Geneviève Bourdy, pharmacienne chargée de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), recommande aussi la prise d’extrait sec en poudre ou en gélules (1 350 mg par jour d’extrait sec aqueux atomisé ou lyophilisé). Pour les enfants, la dose est de 225 mg d’extrait sec aqueux par jour et par 10 kg de poids corporel.

 

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