• Phytothérapie : Faire front commun

Faire front commun

Huiles essentielles par-ci, plantes médicinales par-là... entre un dossier de magazines et un reportage télévisé, la phyto gagne les faveurs des médias d’information générale. Bon nombre d’articles présentent désormais des remèdes à base de plantes, que ce soit pour les maux courants ou des affections plus délicates... Dans une approche globale de la santé, elle marque des points et s’affiche « aussi efficace que les médicaments tout en étant dépourvue d’effets secondaires » (sic). Bref, elle est devenue tendance tandis que sa clientèle s’est considérablement élargie. Pourtant les chroniques de ce succès sonnent un peu faux. 

En effet, est-il vrai que la phytothérapie se porte aussi bien que cela ? Vous qui, comme moi, êtes des passionnés des plantes et de leurs vertus, vous savez bien que la réalité est nettement plus contrastée. Aussi ce satisfecit, tel qu’il s’exprime, y compris dans les manifestations et autres salons dédiés à la santé naturelle, a quelque chose de dérangeant. Cela équivaut à nier purement et simplement tous les freins qui sont mis à des niveaux divers et qui empêchent le développement de toute la filière. Citons dans le désordre: déremboursement, disparition de produits (comme les teintures mères en ce moment), contrôles réitérés, amendes, etc. Comme l’explique courageusement le Syndicat des simples sur son site internet, « Notre situation est extrêmement périlleuse et vivre dans la peur constante d’une loi inadaptée devient insupportable. » Bref, sont niées purement et simplement toutes les vraies difficultés de ce secteur qui, à l’exception de quelques grandes entreprises, est surtout constitué de nombreux petits opérateurs, porteurs d’une belle image de marque.

Mais alors pourquoi n’entend-on pas parler de ces difficultés ? Sans doute est-il plus facile d’encenser la phyto qui, comme avec la canneberge aux États-Unis, peut annoncer des millions en barres, jus, extraits, poudre et en prime se targuer d’une recommandation des autorités de santé. On peut comprendre que certains s’enthousiasment pour ce type de miracle de la phyto ! Mais il est étonnant que ceux qui y consacrent toute leur énergie dans notre pays ne s’élèvent pas contre cette vision des choses.

Certes se mobiliser pour dénoncer les incohérences du système n’est pas aisé. Emmanuel Giboulot (lire son interview), qui défend une viticulture bio exigeante, en fait l’expérience devant les tribunaux. Pas facile il est vrai de réunir sous un même drapeau des profils très différents: ceux qui viennent de la médecine, ceux qui sont plutôt issus de la terre, sans parler de ceux à la jonction de différents univers (naturopathes et autres thérapeutes...). Pourtant, présenter un front commun me semble nécessaire. Car si tout développement se joue dans la singularité de chaque acteur, il doit aussi s’appuyer sur une capacité collective à se construire, en dépassant clivages et querelles de chapelle. Sans plan commun, la cause de la phytothérapie ne peut que se fragiliser... Il faut donc qu’un autre souffle se lève. Avec cet objectif, nous pouvons nous inspirer de la capacité des plantes à agir en coopération, en interaction avec leur environnement. N’est-ce pas aussi pour cela que nous défendons la phytothérapie ?