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Sur les chemins du peyotl

Indigènes

Vénéré depuis des millénaires par plusieurs peuples indigènes mexicains, le peyotl est utilisé pour ses propriétés hallucinogènes et médicinales. Chaque année, de petits groupes effectuent un long pèlerinage à Wirikuta, leur terre sacrée située au centre du pays, pour cueillir la plante et accomplir des rites de purification. Reportage.

Un vent d’automne souffle sur les terres huicholes de la Sierra Madre occidentale, dans le nord-ouest du Mexique. La pluie a fait place à la sécheresse, et le temps des récoltes, de la chasse et de la pérégrination peut commencer. Chaque année, le peuple huichol, ou wixárika, comme il se nomme lui-même, parcourt plus de 450 kilomètres à la rencontre de son territoire sacré, Wirikuta. Lieu légendaire de la création du monde, c’est aussi là que pousse le hikuli, le peyotl, ce cactus divin aux mille propriétés. Selon la mythologie huichole, les ancêtres-animaux sont sortis de la mer, guidés par le grand-père feu, pour entreprendre un voyage vers Wirikuta « à la recherche de leur vie ». C’est ici que le soleil se serait levé pour la première fois, et avec lui les hommes, la loi et la trilogie la plus importante des Wixárika : le cerf, le maïs et le peyotl.

Sur les traces du peyotl

D’octobre à mai, de petits groupes d’une quinzaine de fidèles, guidés par un líder en relation avec le dieu feu, effectuent le trajet mythique et partent à la recherche du cactus. Ce rituel, l’un des plus importants de la culture huichole, permet de renforcer l’alliance avec les divinités pour assurer la prospérité de la communauté. C’est aussi une manière de réaffirmer son identité culturelle, de créer des liens entre les membres et de renaître individuellement.

Le voyage, très codifié, débute par le sacrifice d’un taureau et la purification des pèlerins à travers la confession collective des fautes sexuelles. L’objectif : retrouver une innocence originelle pour pouvoir endosser l’identité des ancêtres déifiés qu’ils devront incarner durant le pèlerinage. Le parcours est rythmé par plusieurs étapes symboliques et rites de passage, et les pèlerins déposent des offrandes destinées à s’attirer les faveurs divines : jarres, tabac, maïs, flèches, bougies, etc.
À l’arrivée sur la terre sacrée du peyotl, l’émotion est à son comble. On allume un feu et le líder donne le signal de la récolte du cactus, véritable chasse symbolique accompagnée de danses, de chants, de prières, d’offrandes et...

d’ingestion de la plante. Le soir même, les Huichols pratiquent toute une série de rites qu’ils effectueront jusqu’à la fin du cycle cérémoniel, en mai, lors du hikuli neixa, la grande fête du peyotl qui marque la fin des semailles. Les Wixáricas repartiront une fois les paniers remplis de cactus, prêts à être consommés au cours des mois suivants.

Plante fondamentale de la spiritualité huichole, le hikuli est aussi intimement lié à leur vie sociale. « On ne peut pas comprendre les Huichols sans avoir mangé de peyotl » affirme Katuza, guérisseur wixárica appelé mara’ákame. « Nous fondons nos vies sur les rêves que génère la plante et nous nous guidons grâce à ses enseignements. » Il permet de renforcer les croyances partagées par le groupe, notamment à travers les récits cosmogoniques contés par le mara’ákame.

Le cactus est en effet présent dans la majorité des rituels religieux, curatifs, divinatoires et agricoles. Toujours consommé en groupe, il est l’allié du guérisseur. Il lui donne le pouvoir de communiquer avec les esprits, de prédire l’avenir, de connaître les causes des maladies et de les soigner : « Le peyotl te permet d’identifier et d’extraire l’esprit qui a rendu la personne malade », poursuit le mara’ákame. « Pour le faire partir, tu peux chanter, prier ou l’aspirer par la bouche et le recracher. Lorsque l’esprit bouge beaucoup, tu peux l’orienter avec tes plumes en un point du corps pour le retirer ensuite avec ta main. C’est cela, le pouvoir que te donne le peyotl. Tout cela est réel si tu y crois. »

Chez les Huichols, qui ont sans doute élaboré le culte le plus complexe à l’égard du peyotl, mais aussi chez les Coras, les Tepehuanes ou encore les Tarahumaras, le cactus sert à soulager un certain nombre d’affections, comme les douleurs articulaires et musculaires, les morsures de scorpions et de serpents, les contusions, les fractures, les névralgies, les plaies ou encore la fièvre. Il aide aussi à supporter la fatigue, la faim ou la soif et à se prémunir des maladies. On le consomme frais ou sec, mastiqué ou macéré dans de l’eau. Par voie externe, il est utilisé sous forme de macérat alcoolique, de poudre ou de cataplasme.

Une plante menacée

Voyant dans le cactus une « racine diabolique » provoquant de « terribles visions », les conquistadors en ont interdit l’emploi de 1620 jusqu’au xviiie siècle. Malgré les tentatives d’éradication, l’utilisation du peyotl a perduré dans de nombreuses communautés, obligeant certaines autorités ecclésiastiques à faire un compromis. Aujourd’hui, la plante est classée comme drogue psychotrope et sa collecte, possession et consommation sont interdites au Mexique. Seule une autorisation est accordée aux populations indigènes qui l’utilisent traditionnellement. Comme elle pousse lentement et sur un territoire exigu, son approvisionnement est naturellement limité. Depuis quelques années, l’existence du peyotl est mise en péril par sa récolte intensive liée au tourisme psychédélique et au narcotrafic ainsi que par le développement de l’activité agricole et les projets miniers. En 2005, le gouvernement mexicain a vendu des concessions minières à des entreprises canadiennes sur le site de Wirikuta, provoquant de vives réactions dans le pays qui ont abouti à la suspension du projet. Cependant, comme le dénonce Roberto Tunuary, de l’organisation Salvemos Wirikuta, « il y a eu suspension, mais pas annulation, ce qui est différent. Il faut donc rester vigilant. De plus, des mines fonctionnant autour de Wirikuta polluent ses terres. »

Autant de dangers qui ont poussé l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) à inscrire le peyotl sur sa liste rouge des espèces « vulnérables ». Mais en l’absence de solution pérenne pour protéger la plante et son milieu, ce n’est pas seulement le peyotl qui est menacé, mais la culture de nombreux peuples indigènes qui y est rattachée.

Un cactus stupéfiant

Le peyotl (Lophophora williamsii) est un petit cactus globuleux, dépourvu d’épines qui pousse dans les zones désertiques du Texas et du plateau mexicain. La plante contient plus d’une cinquantaine d’alcaloïdes qui confèrent à la plante ses propriétés psychoactives et thérapeutiques. La mescaline est son composant le plus important. Les indigènes l’utilisent aussi pour combattre la fièvre ou les douleurs articulaires.

La trilogie sacrée

Le cerf, le maïs et le peyotl sont les divinités fondamentales de la culture huichole. Ces trois termes représentent une seule et même chose pour le peuple wixárica : l’aliment qui nourrit le corps et l’esprit et, à travers lui, la vie. Cette identification se retrouve dans les différents mythes originels selon lesquels le peyotl serait né de la chute des cornes du cerf ou de ses empreintes avant de devenir épi de maïs. Ainsi, il n’est pas rare d’appeler le peyotl « cerf divin » et de comparer l’ingestion de la plante à celle de la chair animale. Ce lien étroit apparaît aussi lors de la collecte de la plante à Wirikuta, qui prend la forme d’une chasse symbolique.  

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