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La transition énergétique passe par la biomasse

biomasse

À l’heure où changer de modèle énergétique devient une urgence, la biomasse, ensemble de la matière organique d’origine végétale ou animale, pourrait être une des solutions pour faire évoluer notre consommation d’énergie vers un système plus respectueux de l’environnement et des hommes.

On ne peut pas se passer d’énergie. Que l’on en soit conscient ou non, on chauffe sa maison, sa nourriture, on se déplace, on travaille avec un ordinateur... L’enjeu énergétique reste omniprésent dans l’actualité. On le sait, l’urgence d’une plus grande maîtrise des émissions de gaz à effet de serre passe par les énergies renouvelables. La loi sur la transition énergétique votée en août 2015 définit ainsi de nouveaux objectifs : en 2030, elles devraient représenter 32 % de notre consommation d’énergie, contre 10 % actuellement. Un sacré bond.

Quand on s’interroge sur les alternatives aux énergies polluantes, on découvre très vite le terme de « biomasse ». Cette dernière, issue en majorité du bois, représente la moitié des énergies renouvelables. Parmi elles, le biogaz et les biocarburants, dont on a cru qu’ils allaient pouvoir remplacer le pétrole dans les transports. La biomasse a un bel avenir, si toutefois on y a recours dans de bonnes conditions.

Un bon feu de cheminée quand le froid sévit ... Le cliché fonctionne toujours. Et il est vrai que le bois, dit bois-énergie, est surtout utilisé pour le chauffage. Attention cependant, « brûler le bois a un mauvais rendement en tant que tel », prévient Paul Mathis, ancien directeur du laboratoire de Bioénergétique à Saclay et auteur d’un livre sur la biomasse pour l’association Sauvons le climat. Pour éviter cela, « il faut des poêles à hautes performances énergétiques ou des chaudières pour les collectivités. Plus les chaudières sont puissantes, plus le rendement est élevé : 70 % pour les particuliers, 90 % pour les grosses installations dans les collectivités », poursuit-il. La polémique sur l’interdiction des feux de cheminée non équipée d’insert (système de fermeture) en Île- de-France illustre bien cette problématique.

Une filière bois à la peine

De nombreuses villes comme Lyon, Caen, Dijon, Chambéry, Alençon ou encore Besançon ont ainsi mis en place des réseaux de chaleur, ces systèmes de distribution de chauffage urbain. Depuis 2009, grâce à un fond chaleur mis en place par le gouvernement, le nombre de ces installations a nettement augmenté. « Les moyens alloués – 792 millions d’euros entre 2009 et 2014 – ont donné le coup de pouce nécessaire, y compris chez les industriels comme Nestlé, Candia, Airbus », détaille Jean-Christophe Pouët de l’Ademe. Mais cela n’avance pas assez vite selon lui : « Les objectifs à 2020 sont très ambitieux. Il faudrait cinq fois plus de chaudières pour les atteindre. Nous en sommes loin.»

Pour cet expert, cela coince surtout du côté de la filière bois, pas assez organisée. « En Île-de-France par exemple, il y a très peu de scierie et rien pour transformer le bois. Partout en France, il faut aussi sensibiliser les propriétaires, car de nombreux massifs sont isolés et peu entretenus », indique Louise Vaisman en charge du pôle bois-énergie pour l’ARENE Île-de-France. De plus, le bois n’est une ressource renouvelable que s’il a le temps de se renouveler. Il faut donc des plans de gestions adaptés. L’ARENE se réjouit toutefois que l’interprofession du bois commence à...

; s’organiser.

Des alternatives à optimiser

Par ailleurs, à vouloir trop en demander à cette ressource, on ne s’oriente pas forcément vers un cercle vertueux. Attention par exemple aux projets titanesques aux effets dévastateurs. Comme le répètent les spécialistes en biomasse, produire de l’électricité avec le bois n’est pas intéressant. Les centrales électriques qui ont vu le jour dévorent des quantités énormes de bois et une grande partie de la chaleur générée est tout simplement perdue. C’est l’écueil rencontré avec la centrale de la Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, qui nécessite de 800000 à un million de tonnes de bois... Des quantités que les forêts de la région ne peuvent pas fournir sans en pâtir. Et pour des rendements de 30 % à 50 %, maximum.

Heureusement, d’autres technologies se profilent. « Aujourd’hui, la cogénération est intéressante. Quand c’est bien fait, tout est valorisé et on obtient des rendements de 110 % », affirme Jean-Christophe Poüet. Mais cette option, consistant à produire de la chaleur puis à fabriquer de l’électricité avec la vapeur restante, est gourmande en investissement et s’avère compliquée à gérer. Pour le moment, ce sont surtout des industriels qui s’y collent, suivis par quelques collectivités. Angers, par exemple, possède cinq réseaux de chaleur pour l’équivalent de 14 000 logements et revend le surplus d’électricité à EDF.

Utiliser nos déchets

Pour diversifier les ressources de la filière biomasse, les experts regardent aussi du côté des rebuts générés par notre mode de vie. « Une partie des déchets de produits en bois va dans des centres d’enfouissement d’ordures ménagères. On ne sait quoi en faire car ils sont sou- vent souillés et les nettoyer coûte cher », explique Jean-Christophe Pouët. La SNCF envisage justement de « transformer » ses traverses de chemins de fer polluées à la créosote. « Il existe un projet pour les réutiliser. Cela représente 30 000 à 40 000 tonnes par an. Deux autres gros sites pourraient traiter le bois des maisons d’ici 2018 », détaille ce chargé de l’Ademe. L’utilisation des déchets est aussi à l’origine de la filière du biogaz, issue de la décomposition de déchets agricoles et d’industries, ou encore des décharges de déchets non dangereux. Le gaz produit par méthanisation est soit purifié pour être utilisé dans le réseau de gaz ou par des véhicules, soit brûlé pour produire de la chaleur ou de l’électricité. Pour l’instant, ce sont surtout les agriculteurs qui rentrent dans la course. Sur les 390 méthaniseurs installés en France, 182 le sont dans des fermes et transforment certains de leurs résidus de culture. Si la paille et le bois ne se méthanisent pas bien, les restes des céréales peuvent faire l’affaire. Les fermes utilisent souvent directement le gaz produit pour se chauffer, mais il est parfois plus intéressant que les agriculteurs se regroupent pour utiliser toute la chaleur produite.

Pour ce qui est du biogaz utilisé par les véhicules, plusieurs flottes de bus ou de camions existent déjà : Lille et Bordeaux s’y sont mis. Cependant, purifier le gaz et le vendre sur les réseaux ou comme carburant nécessite des moyens importants. Qui plus est, le tarif de rachat du gaz n’est pas forcément intéressant. « Il sera difficile de tenir les objectifs. Il faudrait aller plus vite et de manière plus importante», conclut Lionel Guy, chargé du dossier méthanisation à l’ARENE Île-de-France.

Des solutions à échelle humaine

En matière d’énergie, difficile de contourner la question des rendements et celle de la taille des installations. Pour autant, ces critères doivent-ils être les seuls ? Et doit-on toujours mesurer le rendement en le comparant au pétrole, qui reste la référence ? C’est aussi la question que se posent certains, alors que, depuis l’été 2014, le prix du baril s’est effondré. Car dès qu’il diminue, les autres énergies ont du mal à être compétitives. « Si le coût du baril baisse, on voudrait que le prix du bois fasse de même, explique Jean-Christophe Poüet. Or le bois n’est déjà pas très cher. Il faut bien le payer, quand même. »

Dans la réalité, des petites communes et des agriculteurs utilisent la biomasse en quantité raisonnable avec des technologies efficaces. Contrairement aux projets gigantesques justifiés par une rentabilité et une performance technique souvent illusoires, ces solutions à échelle humaine permettent un système plus viable. Elles s’avèrent plus à même d’optimiser notre production d’énergie et notre cycle de consommation. Et il est grand temps de les soutenir. Vraiment.

Des forêts encore mal exploitées

La France possède l’une  des plus grandes surfaces  de forêts d’Europe, mais  qui ne serait utilisées  qu’à 60 % de sa capacité.  Les forêts sont réparties  entre de très nombreux  propriétaires : 10 millions  environ qui, en majorité, possèdent chacun moins  de 4 hectares. Pour  mieux gérer leur bois, ces  propriétaires peuvent se rapprocher d’un organisme de gestion forestière tel que les Centres régionaux de  la propriété forestière (CRPF). « Les CRPF font un gros travail de mobilisation et incitent à travailler ensemble », explique Louise Vaisman de l’ARENE Île-de-France.  Ces centres aident les particuliers à obtenir des aides en contrepartie d’une gestion  durable de leur forêt. Les propriétaires peuvent aussi rejoindre des coopératives ou  groupements de gestion pour faciliter les démarches. www.crpf.fr

Une nouvelle génération de biocarburants ?

Remplacer le pétrole directement par des combustibles issus de plantes, voilà l’objectif des biocarburants. Fabriqués à partir d’oléagineuses, ils représentent aujourd’hui 5  à 7 % de l’ensemble des carburants. Mais ils ont aussi apporté de nombreux problèmes  car ils sont plutôt coûteux, polluants et concurrencent l’agriculture destinée à notre  alimentation. Tant et si bien que l’Union européenne a décidé de les plafonner à  7 % du marché des carburants. La France, elle, voudrait atteindre les 15 % en 2030 en  misant sur la deuxième et troisième génération de biocarburant. « Le projet Futurol,  une unité de démonstration en phase finale, devrait produire quelques milliers de  tonnes par an en transformant tous les résidus des plantes cultivées », déclare Jean-François Gruson de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN).  Ainsi, en principe, cela ne devrait plus concurrencer l’agriculture alimentaire. La troisième génération mise sur la culture d’algues. Mais pour l’instant, elles sont au banc  d’essai et ne sont pas encore rentables comme carburant pour nos voitures. 

Lexique

Biomasse : Ensemble de la matière organique d’origine végétale ou animale.
Biogaz : Gaz issu de la dégradation biologique de matière organique en l’absence d’oxygène.
Cogénération : Technologie qui produit en même temps de l’énergie thermique et de l’électricité à partir d’un même combustible.
Biocarburant : Carburant issu de la transformation de matières organiques.

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