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Montagne de Lure : Un biotope en cinémascope

Montagne de Lure

S’étendant sur une cinquantaine de kilomètres et culminant à 1827 mètres, la montagne de Lure séparait autrefois la Provence du Dauphiné. Au carrefour de différents climats et biotopes, elle est connue de longue date comme un haut lieu de biodiversité, parcourue aussi bien par les bergers que par les herboristes.

Du haut de Lure, on voit se déployer toute la Haute-Provence magique : tout ce pays de lavande, de ronceraies et de vieux usages, fume, ronfle, gronde, s’aplatit dans le vent », écrit Jean Giono pour rendre compte de son caractère grandiose, rude et mystérieux. C’est d’ailleurs à Redortiers, dans les Alpes de Haute-Provence, où l’écrivain séjourna de 1935 à 1939, que débute, au lieu-dit de la Tinette, notre itinéraire. Ce chemin a été emprunté depuis le XVIe siècle par nombre de colporteurs de plantes médicinales – appelés ici marchands droguistes –, habitant des villages comme Lardiers ou Valensole en contrebas, qui approvisionnaient en simples les apothicaires et épiciers de Marseille. Ces derniers vendaient à leur tour les plantes dans la France entière, et même jusqu’à Constantinople, la qualité autochtone donnant lieu à des spécialités réputées comme la Gentiane de Lure ou le dépuratif de Notre-Dame de Lure de l’abbé Clovis Preyre.

« Espace naturel sensible »

La première étape du parcours vous mènera, après trente minutes de montée en pente douce, au Jas des Terres du Roux. Elle traverse d’abord quelques prés où se côtoient lavande fine, genêts cendrés ou sauge sclarée avant de serpenter dans des sous-bois plantés de hêtres, de pins sylvestres ou de pins noirs d’Autriche implantés lors des reboisements. À leur ombre se prélassent quelques euphorbes à feuille d’amandier et autres véroniques officinales. Arrivé sur la première crête, vous pourrez admirer, sur votre gauche, le plateau d’Albion. Le Jas des Terres du Roux est un des nombreux édifices en pierres sèches ponctuant votre parcours. Construits au XIXe, ces édifices composés de plusieurs pièces voûtées correspondent littéralement au lieu où le troupeau « gît », ou jasse, en provençal. La montagne de Lure en possède un des plus beaux ensembles de Haute-Provence. Vous pouvez choisir de dormir dans certains d’entre eux, avec l’autorisation préalable des...

propriétaires de la ferme de la Tinette. Après le Jas, prenez la piste montante indiquée par un balisage rouge et jaune en bifurquant à gauche.

Après une légère descente, vous déboucherez sur une grande prairie arborée sur ses côtés où vous découvrirez la bergerie tunnel des Fraches : moins chanceux que le jas précédent, admirablement rénové et classé monument historique depuis 1993, le jas des Fraches est quelque peu envahi par les chardons, cynorhodons et carlines.

Les pelouses d’altitude que vous serez amené à traverser, autres témoins de l’ancienne activité pastorale de la montagne, ainsi que la diversité de ses biotopes expliquent pourquoi le lieu est classé Espace naturel sensible (ENS) par le réseau Natura 2000, et pourquoi les règles de cueillette y sont si strictes. Cette diversité se dévoile à mesure de la marche, une flore supra-méditerranéenne laissant peu à peu la place à une flore subalpine dans les parties les plus hautes, le serpolet cédant du terrain au genévrier nain, le chêne pédonculé au sapin blanc.

La muse de Giono

De la bergerie des Fraches, vous pouvez emprunter un petit sentier balisé descendant qui vous mènera à la plaine des Fraches, une grande prairie aux hautes herbes battues par les vents. En son centre, un hêtre multicentenaire, le grand fayard (Fagus sylvatica), que l’on peut voir aussi dans le film « Le hussard sur le toit » (1995), trône majestueusement. Autre source d’inspiration cinématographique, le Jas des Agneaux, filmé par Giono dans le film « Crésus » qu’il tourna avec Fernandel. Vous le rejoindrez en prenant le chemin montant passant près d’une borie (cabane en pierres). Du Jas des Agneaux, orientez-vous en direction du col de la Roche à droite en suivant la ligne de la Crête de Lure. Prenez le temps d’admirer la vue panoramique sur le mont Ventoux, tandis qu’au sol des colchiques disséminés entre les mélèzes et les épicéas accompagnent votre ascension. Avec de la chance, vous apercevrez également quelques ancolies de Bertoloni violettes ou des tulipes sylvestres jaunes, deux espèces endémiques protégées, parmi les vingt-sept espèces végétales classées comme « déterminantes » qu’abrite le site.

L’arrivée au Pape, un cairn de pierres dressé comme un guetteur sur la ligne de crête, annonce la proximité du point culminant de la balade, à 1 400 mètres. Pour une pause abritée du vent, orientez-vous à droite sur le plateau, un peu après le « sous Pape », petit frère du cairn précédent. Entamez alors le chemin du retour, soit en achevant la boucle par le Jas de la Bouscarle, soit en rebroussant chemin. « On arrive au sommet pour se voir contenu dans un paysage qui ne peut que pousser au bonheur », disait Giono de la montagne de Lure, qui captiva tant son imaginaire. Devant la beauté mystérieuse des paysages qui s’offrent au regard, on comprend qu’elle se soit imposée à son territoire romanesque.

Vipérine (Echium vulgare)

Autrefois utilisée en emplâtre sur les panaris, la vipérine est aujourd’hui classée dans la liste B de la pharmacopée française du fait de ses alcaloïdes dangereux. La plante contient en effet de l’échiine, un paralysant du système nerveux fonctionnant comme le curare, tandis que son dérivé peut encourager le cancer hépatique.

Véronique officinale (Veronica officinalis)

Plante rampante des sous-bois entrant dans la composition du « thé suisse », elle donne une teinture mère traditionnellement utilisée pour ses propriétés stomachique, anti-ulcéreuse,
diurétique et expectorante. 

En pratique

S’y rendre
De Banon (04150), prendre la route de Saut (D900) puis en haut de la côte, tourner à droite direction Contadour par la D5. Parvenu au Contadour, prendre la petite route qui indique « Tinette 2,5 km ». 700 mètres avant Tinette, garer son véhicule à droite. De Tinette, prendre la piste montant à gauche, qui mène au premier Jas. Carte IGN recommandée : 3440ET (Digne-les-Bains/La Javie).
Pour une balade guidée : www.compagniedesgrandsespaces.com Tél. : 04 92 73 15 98
Hébergement
Mas de Fontefiguières : cet « hôtel universitaire du mieux-être », situé près de Forcalquier (04300), vous accueille dans un cadre magnifique pour deux jours minimum. Il propose toute la journée des activités bien-être à la carte (sophrologie, yoga, gym posturale, sauna aromatique…) ainsi qu’une nutrition saine et savoureuse. www.mas-de-fontefiguieres.com Tél. : 04 92 74 04 04 

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