Plantes et Santé Plantes et santé : le site de la phytothérapie

Balade dans les jardins
de l’abbaye Saint-André

jardins abbaye Saint-André

À Villeneuve-lès-Avignon, dominant le Rhône, l’abbaye Saint-André possède deux hectares classés « jardins remarquables ». Entre vestiges historiques, espèces rares et paysages bucoliques, les visiteurs s’offrent ici une parenthèse hors du temps.

Il faut d’abord pénétrer dans l’enceinte du fort Saint-André et franchir le porche de l’ancienne abbaye royale pour découvrir sa cour d’honneur à l’ombre des arbres de Judée. Longeant la façade du palais abbatial (XVIIIe siècle) s’étend le jardin romantique à l’italienne, créé par la poétesse Elsa Koberlé au début des années 1920.

Autour de deux bassins en pierre où flottent des nénuphars, entourés de vasques et de sculptures de muses, quatre parterres de rosiers anciens Old blush sont disposés en éventail et cintrés de cyprès majestueux. Longeant le pied de la terrasse, une grande pergola aux colonnades de pierre se couvre, au printemps, de glycine et de roses de Banks. Un véritable décor de Toscane.

Entretenir et faire évoluer un jardin historique

« Ce jardin repose sur un sol calcaire, explique Olivier Rimini, son jardinier. À l’époque, il a fallu apporter de la terre faite de limon depuis la plaine du Rhône. Mais, un siècle plus tard, elle ne valait plus rien, et les rosiers étaient mal en point. » Pour leur redonner vie, le sol a été amendé avec du guano et du lombricompostage déposé au pied de chaque rosier, puis recouvert de broyat de peuplier. Un système d’arrosage au goutte-à-goutte enterré aide désormais les rosiers à supporter l’excessive chaleur de la région pendant la nuit.

« Ce jardin historique interroge l’avenir, car un jardin est un organisme vivant qui ne cesse d’évoluer », confie Olivier Rimini. Faudra-t-il donc faire perdurer les rosiers, ou continuer avec d’autres plantes dans la même palette de couleur pour respecter le choix esthétique de sa créatrice ? Le débat est ouvert, en concertation avec les Monuments historiques.

Du jardin italien, le sentier qui mène au jardin méditerranéen passe sous d’imposantes voûtes à flanc de colline, elles-mêmes soutenant une terrasse construite au XVIIe siècle. Le visiteur découvre alors « le grand paysage » une vue grandiose sur le Palais des papes, les dentelles de Montmirail et le mont Ventoux émergeant par-dessus des nuages comme dans un tableau...

japonais.

Méditerranée de toute beauté

Après cet arrêt sur image, on pénètre depuis la terrasse dans l’univers du jardin méditerranéen. Ici, le sentier est bordé de massifs de nepetas bleues qui rappellent la lavande. Ces dernières, avec le romarin et le thym, embaument l’air et donnent la sensation de se promener dans une garrigue jardinée. Des gauras apportent leur légèreté buissonnante auprès des alysons maritimes aux petites fleurs blanches odorantes qui se sont invitées au jardin.

« Le parti pris est à la fois de combiner le jardin avec des végétaux d’horticulture, mais aussi de laisser la place à ce qui arrive spontanément », précise le jardinier. Les lavandes du Caucase s’accommodent bien du climat sec et venteux, tout comme les grandes acanthes qui profilent leurs silhouettes ici et là. Les santolines aux fleurs jaunes, également appelées petits cyprès, et les cistes roses ou blancs s’égaillent au pied d’un arbrisseau au feuillage argenté et persistant. C’est une barbe de Jupiter, un bel arbuste de la famille des fabacées.

Autre espèce endémique de la région présente ici : le lentisque pistachier (Pistacia lentiscus), feuillu toute l’année, qui donne des fruits d’abord rouges puis noirs. L’arbre à mastic est utilisé depuis la nuit des temps dans le bassin méditerranéen, pour la cuisine comme pour ses bienfaits thérapeutiques. Au départ, sa résine était employée pour protéger les gencives ou contre les maux d’estomac. Aujourd’hui, l’huile essentielle issue des graines du lentisque sert d’antispasmodique et de décongestionnant veineux. Elle aide à lutter contre lestroubles cardiovasculaires, les ulcères et les colites.

Cheminer entre pierres et vent

Le sentier grimpe ensuite vers les oliveraies aux arbres centenaires, devant lesquels s’allonge une prairie fleurie. La fauche tardive permet aux insectes de polliniser les fleurs. Ainsi, les graminées peuvent se ressemer et font partie du décor. Un pin d’Alep, pratiquement à l’horizontale, indique le sens du vent… « Ici, bien que le climat soit propre à la Provence, les hivers peuvent-être rigoureux, renforcés par le mistral qui souffle parfois à 100 km/h », commente Olivier Rimini.

La chapelle de Sainte-Casarie domine le sommet du mont Andaon, point culminant du jardin. Le sol devient de plus en plus rocailleux. Fenouil, fumeterre, euphorbe, ainsi qu’une colonie d’immortelles corses s’épanouissent malgré tout. Sur les talus, on distingue la robe violette et pourpre des vipérines et des silènes à la fragile beauté. Le buplevre ligneux, un arbuste à la floraison en ombrelles jaunes et vertes, côtoie des espèces plus exotiques comme les yuccas, les figuiers de barbarie ou les grandes agaves bleues.

L’année prochaine, les visiteurs pourront identifier les plantes méditerranéennes à travers un cheminement conçu par la botaniste Véronique Murre : une raison de plus de découvrir ce superbe lieu riche en couleurs et en odeurs, dont la floraison s’épanouit au printemps puis se réactive à l’automne, avant d’entrer en dormance pour l’hiver.

Une histoire de femmes

C’est une ermite vénérée au VIe siècle, sainte Casarie, qui serait à l’origine de la création de l’abbaye Saint-André par des moines bénédictins quatre siècles plus tard. Après la Révolution française, le site (sauf le palais abbatial) est démantelé par un marchand de biens. Mais au début du XXe siècle, la poétesse alsacienne Elsa Koeberlé tombe amoureuse du lieu. Son ami, le peintre, céramiste et mécène Gustave Fayet, le lui offrira en 1916.

Avec l’artiste-peintre Génia Lioubow, Elsa Koeberlé va rénover le parc, créer le jardin italien et en terrasse. À sa mort, en 1950, elle lègue le site à la petite fille d’Auguste Fayet, Roseline Bacou, devenue historienne d’art. Celle-ci crée à son tour le jardin méditerranéen, et ouvre le domaine au public en 1990.

En 2012, Roseline Bacou passe le relais à Marie et Stéphane Viarney, qui continuent la rénovation. En 2014, l’espace est classé « jardin remarquable » tandis qu’ils développent de nombreuses animations culturelles : expositions, conférences, manifestations grand public, ateliers pour les enfants, etc.

 

Plus d’infos et agenda complet : www.abbayesaintandre.fr

Se loger :  Maison d’hôte Orsini à Villeneuve-lès-Avignon. Tél. : 06 82 27 65 94, www.maison orisini.com

Se restaurer:

• L’Hortus Café, dans les jardins de l’abbaye. Tél. : 04 90 25 55 95

• La table de Léna et Saïd Allaline. Tél. : 09 50 76 05 97, https://naturabsolu.fr

Cet article est reservé aux abonnés.
Pour lire les 78% restants de cet article,
Inscrivez vous gratuitement à la newsletter Plantes et Santé
Recevez chaque semaine nos conseils de bien-être par les plantes, astuces et recettes à faire vous même pour retrouver Equilibre et Santé
Votre inscription a bien été prise en compte 
Politique de confidentialité