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La saponaire se fait mousser

Saponaria officinalis

Si beaucoup d'entre nous connaissent la saponaire (Saponaria officinalis), la fameuse plante à savon qui mousse quand on la frotte entre ses mains avec un peu d'eau, nous ne pensons pas vraiment à elle pour orner nos jardins. Et pourtant ! Cette plante vivace, robuste et rustique (elle résiste jusqu'à – 25 °C), nous fait profiter, en plus de ses vertus domestiques, d'une longue floraison rose pâle au parfum délicat.

Mentionnée par Hippocrate quatre cents ans avant notre ère, la saponaire est connue des Anciens pour dessuinter la laine et pour ses propriétés médicinales. À cette époque, elle est utilisée comme diurétique et dépuratif profond, en cas de toux, d’engorgements en tout genre (insuffisance hépatique, calculs urinaires, troubles intestinaux) et d’affections cutanées (dartres, eczéma, démangeaisons et autres dermatoses) qu’un bon drainage améliore. Hildegarde de Bingen la considère chaude et humide et préconise son suc le plus souvent en usage externe. On imbibait alors un linge de couleur différente selon la pathologie à guérir : soie rouge pour éclaircir la vue, soie blanche ou verte contre les bourdonnements d’oreille. Une chromathérapie avant l’heure ! Au cours des siècles suivants, on l’emploie aussi dans le traitement de la jaunisse ou de la syphilis. De nos jours, son usage interne s’est restreint à cause de sa teneur en ­saponosides : en grande quantité, ils peuvent provoquer l’hémolyse des globules rouges. Pourtant, leurs propriétés tensioactives permettent un nettoyage et un drainage des déchets métaboliques et ­fluidifient les mucosités.

La saponaire au jardin

Dans la nature, la saponaire pousse dans les fossés ou au bord de l’eau et des sous-bois. Au jardin, ­réservez-lui un endroit où le sol reste frais, riche en humus et bien drainé. La ­saponaire aime les ­situations ­ensoleillées, mais supporte bien les zones en partie ombragées.

Les graines devront ­idéalement être ­trempées dans de l’eau deux à trois jours avant la mise en terre. Le semis se réalise en place au printemps ou à l’automne ; sachant que si vous optez pour le premier, les graines ayant besoin de subir le froid, il faudra les entreposer dans le ­réfrigérateur pendant la période hivernale. Déposez-les dans le fond de sillons peu ­profonds ­espacés de 25 cm, avant de les ­recouvrir d’un mélange de fin ­terreau et de terre. Tassez puis arrosez.

Là aussi, deux périodes sont ­possibles : de mars à juin ou de septembre à novembre. ­Prévoyez six à sept pieds au mètre carré. ­Plantez suivant les consignes ­habituelles, en ­trempant les plants avant de les mettre en terre. Vous pouvez également ­prélever des sujets dans la nature ; ­surveillez l’arrosage, qui doit être ­suffisant pour assurer à la ­saponaire de belles racines. ­Vérifiez...

que vous lui octroyez la place ­nécessaire à son ­développement, car elle peut atteindre 80 cm à 1 m de haut et s’étale ­facilement. Une fois installée, elle ne demande pas d’­entretien particulier. Pour éviter les semis spontanés, coupez les fleurs avant qu’elles ne forment leurs graines. À l’automne, couvrez les pieds avec un peu de compost. Lors des grands froids, le feuillage devient caduc, mais réapparaît au ­printemps !

C’est principalement la racine (la plus riche en principes actifs) qui est récoltée à des fins ­médicinales ou domestiques, sur des plantes âgées de 2 à 3 ans. La ­cueillette s’­effectue en octobre-novembre ou en mars (avant le cycle végétatif). Les ­sommités ­fleuries se récoltent de juin à août.

La Saponaria officinalis à l’atelier : faites votre shampoing doux et écologique

Les saponines contenues dans la racine de saponaire sont des agents tensioactifs. C’est-à-dire qu’au contact de l’eau, leurs propriétés physico-chimiques provoquent plusieurs effets : d’abord, en empêchant les molécules d’eau de s’agglomérer, les tensioactifs les conduisent à mieux se répartir sur la zone à nettoyer – les cheveux –, ou à imbiber davantage le tissu à laver (pouvoir mouillant). Ensuite, en entourant les salissures, ils forment des petites sphères autorisant l’émulsion de deux phases au départ non miscibles entre elles (l’eau et le gras des saletés), puis leur élimination vers la surface de l’eau (pouvoir émulsifiant). Enfin, quand les bulles d’air se dispersent dans un faible volume de liquide, de la mousse se forme, bon piège pour les salissures (pouvoir moussant).

Mode d'emploi :

  1. Après un nettoyage rapide des racines de saponaire fraîchement récoltées, éliminez les parties vertes restantes. Coupez les racines en menus morceaux (2 cm de long) afin d’obtenir l’équivalent d’une belle poignée, agrémentée ou non de morceaux de tiges feuillées fleuries de la plante.
  2. Préparez un peu plus d’un litre d’eau de source ou peu minéralisée et versez sur la saponaire, dans une casserole.
  3. Portez à l’ébullition et faire frémir environ dix minutes ; couvrez et laissez infuser hors du feu, le temps du refroidissement. Filtrez. C’est prêt ! Pour le plaisir, ajoutez cinq à six gouttes d’huile essentielle de lavande ou de géranium rosat. La préparation se conserve quinze jours au réfrigérateur.
  4. Mouillez vos cheveux puis versez dessus, petit à petit, la décoction de saponaire (agitez-la avant l’emploi) en frottant bien la tête. Rincez une première fois puis recommencez l’opération. Rincez de nouveau.

À savoir : le shampoing à la saponaire mousse évidemment beaucoup moins qu’un produit du commerce. Si, psychologiquement, la qualité du lavage vous semble moins bonne, rassurez-vous, il n’en est rien ! Les cheveux seront souples et doux au toucher après le séchage. Toutefois, pour un moussage plus important, il est possible d’ajouter un peu de bicarbonate de sodium. Avec un litre de préparation, on réalisera entre quatre et six lavages.

Remarque : si vous utilisez des morceaux séchés de racine, il faut les faire tremper toute une nuit dans l’eau avant de les porter à ébullition. Par ailleurs, ce mode d’emploi permet de préparer une lessive maison, à partir d’environ 100 g de racine pour 1 l d’eau.

Autres préparations

  • Décoction de racine pour les bronches

Comptez une cuillère à café de ­morceaux de racine pour 200 ml d’eau froide. Portez à l’ébullition pendant cinq à dix minutes puis filtrez juste après. Ne laissez en aucun cas les morceaux macérer dans l’eau afin d’­éliminer tout risque de ­toxicité. Buvez deux à trois tasses par jour.

Boisson ­préconisée en cas de toux, d’­encombrement bronchique, d’engorgement hépatique (après un excès de table) ou de douleurs rhumatismales. Ne pas dépasser cinq jours de traitement.

  • Décoction pour gargarismes

Elle se réalise à ­concentration importante : deux à trois ­cuillères à café de ­morceaux de racine (le plus souvent séchée), en ­décoction de cinq à dix minutes, sans oublier de filtrer. Laissez tiédir puis procédez à des ­gargarismes, deux à trois fois par jour, contre les maux de gorge.

  • Lotion pour le visage

La racine peut être ­remplacée par les tiges feuillées fraîches ou sèches, il faut juste en mettre plus (une grosse poignée contre une petite, par exemple). Pour une lotion ­nettoyante du visage, prévoir une poignée de fleurs et tiges fraîches (un peu moins si sèches) pour 250 ml d’eau de source ou d’eau ­déminéralisée, avec le même mode ­opératoire que pour le shampoing. Après avoir nettoyé la peau avec un linge démaquillant, rincer à l’eau claire (ou avec un hydrolat).

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