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Plantes toxiques, les doux remèdes empoisonnés

Conium maculatum

[Mis à jour le 09/04/2018]   Sauge officinale, grande ciguë ou chélidoine : découvrez quelques plantes partiellement ou totalement toxiques. On les emploie avec prudence et pour certaines, seulement en homéopathie.

Sans le savoir, nous consommons des plantes toxiques quotidiennement. Les tâches vertes de la pomme de terre ou encore les tiges et les feuilles de la tomate sont toxiques. Qui s’en inquiète ? En revanche, on enseigne aux enfants dès le plus jeune âge à se méfier des baies rouges de l’if ou des fruits du gui - à raison -  et l'on craint la belladone...

Le célèbre physiologiste Claude Bernard disait «tout est poison rien n’est poison.Tout est dans la dose». Un aphorisme qui s’applique parfaitement à l’univers des plantes toxiques. Quand on les connaît mieux, on découvre en effet que la plante la plus banale et la moins redoutée peut être un terrible poison et que le poison végétal le plus connu est parfois un remède souverain. Le monde des plantes toxiques ne peut être abordé sans précautions et nous ne vous invitons y entrer qu’à cette condition, mais lorsqu’on le connaît mieux, on découvre qu’il compte quelques individus tout à fait fréquentables.

 

- Grande ciguë (Conium maculatum) :

La grande ciguë  est aussi surnommée faux persil, persil bâtard, mort-auxoies, ciguë de Socrate. Cette bisannuelle de 80 cm à 2 m de hauteur dégage au froissement une odeur désagréable. On la trouve sur le bord des chemins et dans les décombres. Le poison que renferme la ciguë a un effet curarisant (Socrate en a fait les frais), paralysant des muscles et des nerfs sensitifs. À fortes doses, elle abolit la respiration. Elle était utilisée autrefois pour éliminer rapidement les condamnés à mort. Elle est à proscrire en usage familial. En homéopathie, Conium Maculatum est indiqué en cas de vertiges, d'hypertrophie de la prostate et de traumatisme mammaire.

 

- Sauge officinale (Salvia officinalis) :

Ou sauge de Grèce, grande sauge, herbe sacrée, thé de France, thé de Grèce thé d'Europe. La récolte des feuilles se fait au printemps et à l'automne, plusieurs coupes peuvent être réalisées. L'huile essentielle de sauge peut provoquer des convulsions de type épileptique et pourrait être toxique pour le système nerveux en raison de sa haute teneur en thuyone, un composé aromatique présent notamment dans l'absinthe. En automédication, on s’en servira donc seulement en tisane, contre la transpiration, la ménopause, les bronchites, l’asthme, les troubles digestifs mais en petite quantité et sur une courte durée. En infusion : 10 à 15 g par jour sur cinq à dix jours maximum.

 

- Actée en épi (Actaea spicata) :

Également appelée herbe de saint Christophe, raisin de loup, herbe aux poux, c’est une plante vivace à rhizome noir que l’on trouve dans les bois ombragés. Les fleurs blanches en grappe sont petites, régulières et les fruits sont noirs, à maturité, brillants, ovales. On récolte la racine en toute saison pour l'employer fraîche contre les rhumatismes, l’asthme, la nervosité. On ne touchera pas aux baies et aux graines qui produisent des inflammations cutanées, et absorbées, provoquent des nausées, des vomissements. Elle est facile d’usage en homéopathie pour les tendinites du poignet : Actaea spicata 5 CH, 5 granules trois fois par jour si l’oedème est inflammatoire et aggravé par le toucher ou le mouvement.

 

-Alkékenge (Physalis alkekengi) :

Ce coqueret, cerise d'hiver, cerise des juifs, ou encore coccigrole, lanterne, amour-en-cage, groseille du Cap, mirabelle de Corse, herbe à cloque est une plante vivace reconnaissable à son fruit enfermée dans le calice rouge orangé, formant un lampion. L'alkékenge se cultive dans les jardins, pour sa beauté à l'automne. Seuls les fruits se récoltent à maturité, en septembre. Immatures les fruits sont toxiques, tandis que séchés ils soigneront les calculs rénaux, l’albuminurie, les affections urinaires, les rhumatismes, la goutte.

En interne, utilisez les baies fraîches : de 5 à 6 crues le matin à jeun, mais attention à la diarrhée.

En infusion : 50 g de baies sèches pour un litre d’eau, laisser infuser dix minutes et boire trois à quatre tasses par jour.

En extrait : de 0,2 à 0,4 g par jour (à associer à des teintures mères)

En teinture mère (baies) : 40 à 80 gouttes par jour, c’est le plus efficace pour son effet diurétique.

En externe : faites un cataplasme avec les fleurs fraîches pour calmer les furoncles et les douleurs.

 

- Chélidoine (Chelidonium majus) :

Appelée aussi herbe aux boucs, herbe aux cors, herbe aux verrues, herbe d’hirondelles car la chélidoine fleurie au moment de leur arrivée. Ce sont ses racines, ses feuilles et son suc laiteux (et caustique) que l’on utilise comme draineur hépatique. C’est une grande dépurative des voies biliaires. Elle est aussi cholagogue, cholérétique – car stimule la paresse vésiculaire – et antispasmodique, notamment sur les spasmes (digestifs et cardio-vasculaires). Elle est recommandée dans l’asthme et l’artériosclérose. En infusion, fraîches, les feuilles seront prises à la dose d’une cuillère à café pour une tasse et sèche à la dose d’une cuillère à café pour un litre d’eau. Pour les verrues, il suffit de frotter le latex de la tige sur la partie à traiter. Mais attention, il est dangereux pour les yeux.

 

-Belladone (Atropa belladonna) :

De la famille des solanées, cette belle dame s’appelle encore herbe empoisonnée ou morelle furieuse. C’est dire si elle est fortement toxique dans toutes ses parties, et surtout ses baies juteuses présentes de juin à août. Les homéopathes préconisent la belladone pour l'agitation, les rougeurs, les sensations de chaleur, la grippe, le mal de gorge, la fièvre, la céphalée, les otites, surtout de l'oreille droite, après que la tête ait été exposée au froid ou à l'humidité.

 

- Renoncule bulbeuse (Ranunculus bulbosus) :

Le bouton-d’or ou pied-de-coq est une plante vivace poussant dans les prairies sèches. Cette plante toxique est aussi un remède homéopathique contre les névralgies intercostales et le zona.

 

- Bryone (Bryonia dioica) :

Ses noms communs sont engageants : navet du diable, vigne blanche, rave de serpent, fausse coloquinte. Cette herbacée a une racine pivotante en forme de navet (d'où le nom de navet du diable). La tige est carrée et poilue. Les feuilles sont palmatilobées (forme de la feuille de courge) et également poilues. Le fruit orange, puis rouge à maturité est juteux. Attention, ce jus provoque rougeur, irritation, formation de vésicules. On évitera d’ingérer le fruit sous peine de vomissements, diarrhées, troubles respiratoires. Sa racine fraîche est également vénéneuse : elle peut provoquer par simple contact des dermites. C'est pourtant elle qui est utilisée en phytothérapie comme purgatif et pour l’hypertension, les oedèmes, les rhumatismes, l’épanchement de synovie . En infusion (poudre sèche de racine) : 8 g par litre pour les adultes et 3 g par litre pour les enfants maximum pour un effet purgatif. En cataplasme avec la pulpe fraîche de racine à appliquer en rondelles chaudes ou râpées sur l’articulation, prévoir une huile (calendula par exemple) pour apaiser la peau.

 

- Douce-amère (Solanum dulcamara) :

Ce bourreau des arbres, crève-chemin, herbe à la fièvre, morelle grimpante, réglisse sauvage, vigne de Judas, et crève-chien est une plante vivace. Ses fleurs sont perchées au sommet en grappe, se transformant en automne en petits fruits rouge vif. Ce sont les tiges d'au moins un an qui sont récoltées durant l'hiver et avant l'apparition des feuilles. On élimine les sommités et on les sèche en bottes. Elles serviront à traiter l’eczéma, le psoriasis, les refroidissements, l’asthme, les bronchites. Sa tige, diurétique, est conseillée dans les troubles de la nutrition, en cas de diabète de type II et d’obésité. C’est à forte dose que la plante est toxique. Les fruits sont mortels : dix baies vertes peuvent provoquer la mort d'un enfant. La prendre en infusion (20 g pour un litre d’eau) ou en teinture mère 20 ou 30 gouttes une à trois fois par jour, sur une courte durée.

 

- Gui (Viscum album) :

De la famille des loranthacées, il est aussi appelé aussi blondeau, bois de la sainte croix, bouchon, vert de pommier, gillon, verquet. Cet arbrisseau parasite s'implante sur l'écorce des arbres. Sa tige s'enfonce dans le bois de la branche qui le supporte, formant une sorte de suçoir. La touffe globuleuse est rude au toucher. Les baies sont toxiques pour le coeur, 10 à 20 baies suffisent pour intoxiquer un adulte. Ce sont les feuilles mondées, fraîches ou séchées (à récolter en août septembre avant la formation des fruits) que l’on utilise contre l’hypertension, l’albuminurie, l’artériosclérose, la goutte, les engelures.

En infusion : une cuillère à café pour une tasse par jour.

 

- Ricin (Ricinus communis) :

Le grand ricin, ou herbe saint Paul, ou encore palma-christi. Le ricin préfère les climats tempérés mais s'accommode aussi des lieux un peu frais. La capsule est récoltée toute l'année, juste avant sa maturation, qui se poursuit par une exposition au soleil. L'ingestion de trois graines entières peut entraîner la mort d'un enfant. L'huile est purgative : prendre une bonne cuillère à soupe pour purger les intestins, pas plus. Existe aussi en capsules.

 

- Tamier (Tamus communis ou Dioscorea communis) :

Aussi appelé herbe aux femmes battues, haut liseron, vigne noire ou vigne sauvage, cette fine tige s’enroule autour des arbres. Ses racines, espèce de gros navets, très charnues peuvent peser plusieurs kilos. Les fruits mûrs ou des rhizomes peut provoquer des dermatites de contact. Du point de vue médicinal, le rhizome peut cependant être utiliser en usage externe : broyé, malaxé, bouilli et appliqué en cataplasme sur les contusions, d’où son usage par les femmes battues. La teinture mère du tamier peut être prescrite contre les insolations.

 

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La légende de Mithridate : s’empoisonner doucement pour résister

Le mot mithridatisation vient de ce roi grec Mithridate VI qui craignant pour sa vie, a voulu acquérir une connaissance parfaite des poisons et de leurs antidotes dans le but de s'en préserver. Selon la légende, il serait parvenu à s'immuniser en absorbant régulièrement des petites doses. Si bien qu’il ne pût se donner la mort en s'empoisonnant. Née de cette légende, la mithridatisation consiste à ingérer des doses croissantes d'un produit toxique afin d'acquérir une insensibilité ou une résistance vis-à-vis de celui-ci. Cette méthode aura inspiré l'homéopathie qui a pour principe soigner le mal par le mal à des doses infinitésimales.

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